mercredi 31 janvier 2018

Le Cercle Pol Vandromme au coeur des réseaux de la droite dure



[RésistanceS.be – Mercredi 31 janvier 2018 - 15h02 - Motif. 18h56]



PROJECTEUR - Depuis sa création au printemps 2016, le Cercle Pol Vandromme a organisé à Bruxelles onze conférences. Point commun de la majorité de ses orateurs : ils sont quasi tous des anciens responsables d'organisations ou de publications d'extrême droite. Focus sur ce curieux cercle, très mondain et sélect, qui reçoit ce mercredi soir, Patrick Buisson, ex-spin doctor de Nicolas Sarkozy, stratège du siphonnage de l'électorat frontiste et qui reste actuellement l'un des idéologues préféré de la droite dure
- PAR CLAUDE DEMELENNE


Le Cercle Pol Vandromme porte le nom d'un journaliste-écrivain belge (1927-2009) qui fut chroniqueur à l'hebdomadaire Pourquoi Pas, éditorialiste, rédacteur en chef puis directeur du quotidien wallon Le Rappel, de tendance social-chrétienne. Brillant critique littéraire, Pol Vandromme est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, dont de nombreux essais consacrés à des « écrivains maudits » d'extrême droite : Louis-Ferdinand Céline, Robert Brasillach, Drieu la Rochelle, Charles Maurras.... Leur style littéraire fascinait le publiciste belge. Mais pas leurs idées politiques qui les poussèrent après mai 1940 à s'impliquer profondément dans la collaboration pronazie.


Pol Vandromme a dénoncé par exemple « la passion antisémite, horrible et démentielle » qui habitait Céline, tout en restant néanmoins lié au Bulletin célinien, un mensuel confidentiel édité à Bruxelles par un ancien collaborateur de la presse d'extrême droite belge, du Nouvel Europe magazine au journal Polémique, en passant par Forces Nouvelles.


Pour le dédouaner, les amis de Vandromme affirmeront que c'est également en amoureux du style qu'il a consacré des essais à Françoise Sagan, Michel Déon, Roger Nimier, Georges Brassens, Jacques Brel...




Quelles « idées nouvelles » ?

Sur son mur facebook, le Cercle Pol Vandromme se définit comme « un cercle franco-belge ouvrant une fenêtre sur les idées nouvelles qui commencent peu à peu à animer les débats, en France ». De quelles « idées nouvelles » s'agit-il ?

En l'absence, à ce jour, de toute publication du Cercle, deux pistes permettent de lever un coin du voile. La personnalité de son principal fondateur, d'une part. La carte de visite des conférenciers invités mensuellement, dans un grand hôtel bruxellois, par le Cercle, d'autre part. Alain Lefebvre, son cofondateur, est un homme d'affaires français qui s'est « exilé » en Belgique il y a douze ans, pour des raisons fiscales. Il édite le magazine Victor&Juliette (V&J), destiné aux Français de Belgique, à qui il prodigue notamment des conseils fiscaux.

Dans les médias, Alain Lefebvre s'exprime peu à propos du Cercle Pol Vandromme, qu'il administre avec un autre « exilé » français, Jean-François Michaud. Le 4 mars 2017, il a cependant accordé une interview au site internet « EuroLibertés ».

Rien d'étonnant : ce média en ligne relate les conférences bruxelloises de son cercle, sous la plume du journaliste d'extrême droite liégeois Lionel Baland. EuroLibertés fait donc partie du dispositif médiatique au service du Cercle Pol Vandromme Celui-ci se présente comme un site de « réinformation européenne ». Il fait partie du groupe de presse français « Libertés », qui comprend également « RadioLibertés »  et « TVLibertés ». Cette dernière a été créée en 2014 par Philippe Millau, un ancien partisan de l'ex-frontiste français Bruno Mégret, longtemps numéro deux du parti de Jean-Marie Le Pen.

Déjà objet, il y a juste dix ans, d'une enquête d'investigation du journal RésistanceS.be, le directeur d'EuroLibertés est Philippe Randa, un ancien du Front national, resté proche de cette formation. Il écrit des billets dans le magazine Présent, issu de l'ancien courant « national-catholique » du mouvement lepéniste aujourd'hui rallié au Parti de la France, une dissidence anti-mariniste du FN. Le correspondant d'EuroLibertés pour la Belgique est également une vieille connaissance de RésistanceS.be, l'ancien député régional Patrick Sessler,un cadre multipliant les aller et retour - de 1989 à nos jours - entre l'extrême droite francophone et néerlandophone : Parti des Forces nouvelles (lié au Bulletin célinien, ici déjà cité), FN belge de Daniel Féret, Vlaams Blok, FN de l'avocat Michel Delacroix et retour au Vlaams Belang pour y animer sa section bruxelloise francophone.




Alain de Benoist superstar

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre explique que le Cercle Pol Vandromme a pour but de « propager la pensée subversive ». Il donne la parole à des personnalités qui « ont peu d'accès aux grands médias ». Le premier invité du Cercle a été, le 18 mai 2016, le philosophe et essayiste Alain de Benoist qui fut l'idéologue de ladite « Nouvelle Droite », apparue outre-Quiévrain comme réaction conservatrice à Mai 68. Militant d'extrême droite dans sa jeunesse, Alain de Benoist est, à partir de 1969, le fer de lance du Groupement de recherche et d'études pour la Civilisation européenne (GRECE) qui vise à dédiaboliser les idées du mouvement nationaliste pro-européen, peu ou prou proche de la droite extrême.

En 2018, Alain de Benoist reste le pilier central d'Eléments, lancée en 1973, dont le sous-titre « Pour la civilisation européenne » sert de marqueur d'appartenance idéologique. Longtemps bulletin officiel du GRECE, cette revue a officiellement coupé tout lien organique avec l'extrême droite d'antan. Alain de Benoist reste un partisan du dialogue avec toutes les droites, en ce compris les plus radicales. Ainsi, lors de sa conférence, le 18 mai 2016, au Cercle Pol Vandromme, sur le thème « Les droits de l'homme en question », plusieurs cadres historiques du Vlaams Belang et de l'ex-FN belge étaient présents dans la salle, comme le dévoile l'article de RésistanceS.be du 30 mai 2016 consacré à cette conférence.

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre ne tarit pas d'éloges envers Alain de Benoist, soulignant que « ce qu'il dit depuis cinquante ans s'avère juste ». Le fait qu'il y a un demi-siècle, le leader incontesté du GRECE défendait ouvertement les idées de la droite extrême ne semble guère perturber le fondateur du Cercle Pol Vandromme.


Une curieuse Avant-Garde

Un mois après Alain de Benoist, le Cercle Pol Vandromme invite à sa tribune le géopolitologue Pascal Gauchon sur le thème « Demain, la guerre civile ?». Universitaire, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, celui-ci a créé, en 2014, la revue de géopolitique Conflits. Il a abandonné toute action politique au début des années 1980, après avoir milité à l'extrême droite : il fut membre d'Ordre Nouveau (ON), à la base de la création du FN, puis, jusqu'en 1981, dirigeant du Parti des forces nouvelles, fondé après le départ d'ON du FN. Dans ses écrits, Gauchon ne témoigne plus d'aucune proximité avec l'extrême droite. Il est fréquemment interviewé par Radio Courtoisie, qui prône l'union de toutes les droites et est réputée proche de la diplomatie russe.

Le 29 septembre 2016, le Cercle Pol Vandromme met à l'honneur l'entrepreneur et homme politique français, Charles Beigbeder, qui flirtera un temps avec l'extrême droite. L'an dernier, il s'est déclaré prêt à voter Marine Le Pen, avant de se rétracter, face au tollé suscité par ses déclarations dans les milieux patronaux qu'il fréquente. Finalement, il soutiendra la candidature de François Fillon. Beigbeder a créé le mouvement « l'Avant-Garde », situé à la droite de la droite. Militent notamment dans ce mouvement, Charles Millon, ex-président de la région Rhône-Alpes qui, en 1998, avait accepté les voix du FN pour conserver son siège, et l'ex-député Christian Vanneste, exclu de l'UMP française pour ses propos visant les homosexuels. Lors des élections présidentielles de 2017, Vanneste a voté Fillon au premier tour, et Le Pen au second.

L'invité suivant du Cercle Pol Vandromme, le 23 novembre 2016, est Hervé Juvin, homme d'affaires français et auteur de plusieurs essais essentiellement dans le domaine de l'économie et de la géopolitique. Il collabore avec la revue Eléments d'Alain de Benoist, tout en étant chroniqueur à « TVLibertés » et à « Realpolitik-TV », site  de géopolitique créé en 2010 par l'ancien député européen FN Aymeric Chauprade.


Des conférenciers très typés

Le profil des sept conférenciers accueillis en 2017 par le Cercle Pol Vandromme est fort semblable. Ils sont tous extrêmement typés, appartenant à une droite très activiste : Robert Ménard a été élu maire de Béziers avec le soutien du FN (sur celui-ci lire le dossier de RésistanceS.be ici). François Bousquet, le biographe de Patrick Buisson (voir plus loin), est le rédacteur en chef-adjoint d'Eléments. Le journaliste Michel Marmin est l'une des figures historiques du GRECE. Le journaliste Eric Branca a été, jusqu'en 2016, le directeur de la rédaction du très droitier hebdo Valeurs Actuelles . L'historien africaniste Bernard Lugan fut membre de l'Action française dans sa jeunesse. Il a abandonné tout militantisme d'extrême droite. Jusqu'en 2005, il a animé une émission mensuelle sur Radio Courtoisie. Il accorde des interviews à Minute et Présent, classés à l'extrême droite. Xavier Raufer, essayiste spécialisé dans les questions de sécurité et de terrorisme, a milité dans sa jeunesse au sein du mouvement d'extrême droite « Occident ». Et fut l'orateur d'une conférence du Valais Belang, comme l'avait révélé en 2010 RésistanceS.be. L'essayiste François Rouvillois fut l'un des activistes du mouvement nationaliste « Action française ». Depuis septembre 2017, il est membre du comité éditorial de L'Incorrect, nouvelle revue « à droite toute », selon le Figaro.




Vieux fonds de marmite

Ce mercredi soir, le Cercle Pol Vandromme accueille son douzième conférencier, Patrick Buisson. Comme la plupart de ses prédécesseurs à la tribune de ce cercle sélect, Buisson a un passé très fourni à l'extrême droite (il fut l'un des boss du journal Minute).

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, il a officiellement coupé tout lien organique avec cette dernière (notamment avec le FN, dont il fut l'un des conseillers de son président-fondateur, Jean-Marie Le Pen). Comme la plupart de ses prédécesseurs, il véhicule des idées le classant à la droite de la droite (véritable spin doctor de Nicolas Sarkozy, il est le stratège du siphonnage de l'électorat frontiste pour son compte et reste actuellement l'un des idéologues - de l'ombre - préféré de la droite « républicaine », dans sa version « pure et dure »).« Des idées nouvelles », promettait Alain Lefebvre, le fondateur du Cercle Pol Vandromme. Et s'il s'agissait, ni plus, ni moins, des vieux fonds de marmite de la droite radicale la plus classique ? Qui a fait de Bruxelles, son nouveau bastion ...


CLAUDE DEMELENNE

Journal RésistanceS.be




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lundi 15 janvier 2018

Pourquoi le Parti populaire ne décolle pas (DOSSIER 1/3)



[RésistanceS.be – Lundi 15 janvier 2018]




ANALYSE – Huit ans après sa création, le Parti Populaire (PP) de l'avocat d'affaires Mischaël Modrikamen fait toujours du rase-motte. Malgré un essor de la droite pure et dure ailleurs en Europe, le PP ne décolle même plus. Ses dirigeants mettent en cause le « boycott » des médias. C'est un peu court. De nombreux facteurs expliquent sa stagnation PAR CLAUDE DEMELENNE


Ce mercredi, aura lieu le conseil des cadres du Parti populaire. L'ambiance devra être morose. L'année 2017 n'a pas été une bonne année pour la formation de Michaël Modrikamen. Malgré une réelle présence sur le net - notamment via son journal en ligne Le Peuple.be - le PP vivote. Il peine à convaincre l'opinion. Les sondages confirment les scores insuffisants des élections de mai 2014, bien en dessous du seuil des 5%, le sésame permettant d'avoir au moins un élu.

A première vue, le rase-motte dans les sondages du PP peut surprendre. Un peu partout en Europe, la droite dure prospère sur les scandales politico-financiers, l'exclusion sociale et le terrorisme islamique. Un peu partout... sauf en Belgique francophone, où le Parti populaire semble voué à une relative marginalité, loin des ambitions de son président-fondateur, Mischaël Modrikamen.

En fait, le sur-place du PP n'est pas vraiment étonnant. Ce parti s'est plus d'une fois tiré une balle dans le pied. Il a multiplié les mauvais choix. Depuis son apparition dans le paysage politique, à l'automne 2009, il a connu un état de crise existentielle pratiquement permanent. Analyse en quinze points des raisons d'un échec.



Raison 1 - Rudy Aernoudt, le péché originel
Premiers pas, premiers couacs. Le 26 novembre 2009, Mischaël Modrikamen fonde le Parti populaire (PP), avec Rudy Aernoudt, économiste et intellectuel flamand de renom, qui devient coprésident. Très vite, il apparaît que les deux dirigeants ne sont d'accord sur presque rien. Rudy Aernoudt se dit « choqué » par les propos anti-roms de Laurent Louis, unique député du PP élu lors du scrutin de juin 2010. Modrikamen, pour sa part, soutient Louis. Par ailleurs, Aernoudt dénonce le « projet séparatiste » de Modrikamen, qu'il accuse de vouloir transformer le PP en version francophone de la N-VA. Les portes claquent.

A la fin de l'été 2010, moins d'un an après le lancement du PP, Rudy Aerrnoudt est exclu du parti pour « déloyauté ».


Raison 2 - « Votez Ecolo ! »
Avant son exclusion, Rudy Aernoudt avait été l'auteur d'un véritable gag, donnant de son parti une image folklorique. En avril 2010, à l'époque toujours coprésident du PP, il avait appellé l'électeur à « voter pour Ecolo, Groen ou le PP », parce que ces trois partis défendent la création d'une circonscription fédérale.

Un président de parti faisant campagne pour des formations concurrentes, c'est du jamais vu !


Raison 3 - Aldo-Michel Mungo, le départ du stratège
Dans la foulée de ce curieux appel à voter Ecolo, le PP perd l'un de ses pions essentiels, Aldo-Michel Mungo, en fait le principal stratège politique du parti. Mungo, coordinateur du PP pour Bruxelles, démissionne... avant d'en être officiellement exclu. Il compare le PP à « un bateau ivre, immature et irresponsable ».

Par la suite, Mungo lancera « La Droite », parti concurrent du PP. Aujourd'hui actif sur ses terres sous le nom de « La Droite citoyenne ».



Raison 4 - Laurent Louis, un premier élu repoussoir
Aux élections fédérales de juin 2010, le PP compte un seul élu, Laurent Louis. D'emblée, celui-ci se comporte en cheval fou. Il multiplie les déclarations à l'emporte-pièce, sur les roms, tous assimilés à des voleurs, la peine de mort, la création d'un permis à points pour la nationalité belge. Laurent Louis n'accepte aucune discipline de parti, il est incontrôlable. Il sera exclu du PP en janvier 2011, moins d'un an après son adhésion. Modrikamen s'excusera auprès des électeurs d' « avoir mis sur les listes une personne qui n'a pas la carrure et est indigne d'être élu ». Pour le PP, les dommages collatéraux de la « saga Louis » sont considérables.

Privé de son seul élu – Louis siège désormais comme indépendant – le PP perd sa dotation publique. Et sa réputation de parti radicalement à droite mais sérieux en prend un fameux coup.


Raison 5 - L'hémorragie des cadres
En février 2013, après Aernoudt, Mungo et Louis, le PP perd à nouveau un pion important. L'avocat Philippe Chansay-Wilmotte, vice-président du parti, démissionne. Il entraîne avec lui plusieurs militants. Parmi eux, Jean-Pierre Larose, l'un des trois élus du PP lors du scrutin communal d'octobre 2012 (Larose siège au conseil communal de Trooz). Fin 2015, le PP perd son unique élu au parlement wallon, Pierre-André Puget, qui démissionne d'un parti dont il critique la place trop importante qu'il accorde au discours anti-immigration.

Trois petits tours et puis s'en vont, tel est souvent le parcours des cadres et des élus du Parti populaire.

Raison 6 - Des « coups politiques » sans lendemain
Le PP a souvent tenté d'attirer à lui des personnalités atypiques, non issue du sérail politique. Rarement avec bonheur. Ce fut le cas avec Rudy Aernoudt, qui sera un éphémère coprésident d'un parti dont il sera exclu. C'est le cas également du météorologue Luc Trullemans, présentateur vedette du bulletin météo de RTL-TVi. En novembre 2013, il adhère au PP et, un an plus tard, se présente comme tête de liste au scrutin européen. Malgré un bon score personnel (près de 80.000 voix), il ne sera pas élu. En juin 2016, il quitte le PP en déclarant « ne pas être fait pour la politique ». Autre coup  médiatique sans lendemain du PP : il a convaincu l'ancien joueur de foot et diable rouge, Michel Renquin, d'être tête de liste pour le PP, aux élections de mai 2014 dans la province de Luxembourg. Renquin ne sera pas élu et ne poussera pas plus loin son engagement au PP.

Raison 7 - Des erreurs de casting en série.
C'est presque devenu une marque de fabrique du PP : ce parti ne met jamais la bonne personne à la bonne place. Les erreurs de casting se sont succédées. Elles étaient évitables. Pas besoin d'être un grand stratège pour deviner que Rudy Aernoudt, sorte de professeur Nimbus égaré en politique, ne ferait pas de vieux os au PP et retournerait rapidement à ses chères études. Il en va de même de Luc Trullemans bon scientifique mais dépourvu de toute culture politique. Quant à Laurent Louis, il était peu raisonnable de placer cet ancien militant MR sans aucune expérience, à une position éligible en Brabant wallon.

Ces erreurs de casting se sont payées cash. Elles ont brouillé le positionnement du PP.





Raison 8 - Aucun élu MR ne rejoint le PP
Partisan d'une « droite décomplexée », Mischaël Modrikamen rêve depuis toujours d'attirer au PP l'un ou l'autre élu MR appartenant à l'aile droite de ce parti. Espoir déçu. Jamais le plus petit poisson libéral n'a été pris dans les filets du PP.

C'est un revers pour son ambitieux président qui, lorsqu'il s'est lancé en politique, imaginait pouvoir rapidement jouer dans la cour des grands, notamment en phagocytant une partie du MR.



Raison 9 - La tentation Marine Le Pen
Le flirt de Mischaël Modrikamen avec la patronne du Front national français exclut pour l'avenir tout transfert d'élus ou de cadres déçus du MR vers le PP. La radicalisation de Modrikamen – qui a appelé à voter Le Pen au second tour des présidentielles – condamne le PP à l'isolement.

Sans lui faire miroiter un potentiel apport en voix aux prochains scrutin de 2018 et 2019, car Marine Le Pen traîne désormais l'image d'une loser, après sa campagne ratée du printemps dernier.



Raison 10 - La droitisation du MR nuit au Parti populaire
La route aurait sans doute été un peu moins ardue pour le PP si le MR avait continué à gouverner avec le PS à l'échelon fédéral. L'actuelle alliance avec la N-VA, par contre, ne lui permet guère de briller. Et pour cause, le MR applique en matière de sécurité et d'immigration – deux priorités du PP -, un programme plutôt musclé, dicté par la formation nationaliste flamande de Bart De Wever.

Difficile pour le PP de reprocher une quelconque mollesse au MR, désormais scotché à Théo Francken et Jan Jambon... probablement les deux hommes politiques les plus admirés par la base du PP.


Raison 11 - La guerre des chapelles
Le PP subit la concurrence de la Droite citoyenne, parti fondé par Aldo-Michel Mungo, un ancien dirigeant du parti de Modrikamen. En 2016, un cartel avait été envisagé par les deux partis, mais les négociations ont échoué. Pareil cartel aurait permis au PP et à la Droite – sous le sigle « La Droite Populaire », bien plus porteur auprès de l'électorat protestataire – d'envisager franchir la barre des 5% aux prochaines élections. Au contraire, la guerre des chapelles a repris. Elle a même monté en intensité, La Droite condamnant la radicalisation du PP, comparé au « parti Rex, créé par Léon Degrelle dans les années 30 ».

Lors des prochains scrutins de 2018 et 2019, la Droite citoyenne concurrencera la formation de Modrikamen



Raison 12 - L'ogre PTB
Une grande partie de l'électorat populaire déçu du PS visé par le PP s'est tourné vers le Parti du Travail de Belgique (PTB). En Belgique francophone, c'est ce parti de gauche radicale qui incarne désormais le vote anti-système, pas le PP. Sur le marché du vote alternatif, le PTB est devenu un ogre, d'autant plus glouton que contrairement au PP, il ne doit pas faire face à une guerre des chapelles.

A la gauche de la gauche, l'unité est faite autour du PTB, seuls subsistant, à l'écart de la mouvance ptbiste, quelques groupuscules trotskistes pesant tout au plus quelques centaines de voix aux élections.



Raison 13 - Le profil Calimero
Le PP adopte une attitude victimaire globalement contre-productive. C'est un leitmotiv dans le discours de Mischaël Modrikamen : il se plaint d'être « l'homme à abattre » et d'être « boycotté par les médias ».

L'homme à abattre ? On en doute. A vrai dire, le patron du Parti populaire ne gêne pas grand monde. Il ne représente plus un concurrent – en fait, il ne l'a jamais été - pour le MR, parti qui aurait eu a priori le plus à craindre d'une spectaculaire percée du PP.

Boycotté par les médias ? Il est exact que le PP est de moins en moins présent sur les plateaux télé, mais qu'a-t-il encore à mettre en vitrine ? Après la valse des démissions-exclusions et bisbrouilles internes, le PP ne compte plus dans ses rangs qu'un parlementaire à la Chambre et deux conseillers communaux. A titre de comparaison, le PTB aligne huit parlementaires et quinze conseillers communaux.



Raison 14 - Un sigle peu porteur ?
Là n'est certainement pas l'essentiel, mais après moins de dix ans d'âge, le sigle « Parti Populaire » paraît déjà usé. « La Droite Populaire » – un temps envisagé comme nouveau nom – serait sans doute plus porteur.

Les dirigeants du PP devraient se pencher très vite sur la question, mais à dix mois des élections communales, il est déjà bien tard pour choisir une nouvelle appellation.


Raison 15 - Le cas ModrikamenOrateur brillant parait-il dans son métier d'avocat, Mischaël Modrikamen n'a pas le charisme de l'homme politique « proche du peuple ». Il n'a ni la gouaille, ni l'humour de Raoul Hedebouw, son rival PTB à l'autre bout de l'échiquier politique. Il n'a pas davantage la truculence d'un Louis Michel, ou le sourire charmeur d'un Elio Di Rupo. Maladroit dans ses rapports avec les journalistes, le président du PP, semble perpétuellement évoluer dans le registre « moi contre le reste du monde » qu'affectionnait également Yvan Mayeur, bourgmestre déchu de Bruxelles.

L'alchimie Modrikamen n'a jamais vraiment pris sur la scène politique francophone. C'est peut-être cela aussi, la cause de l'échec populaire du Parti populaire.


Claude DEMELENNE
Membre de la rédaction de RésistanceS.be




Qui est l'auteur de cet article ?

Claude Demelenne est licencié en Information et Arts de diffusion de l'Université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, principalement sur la vie politique belge et l'évolution de la gauche : « Le socialisme du possible » aux éditions Labor, « Le cas Happart. La tentation nationaliste » avec Bénédicte Vaes, chez Luc Pire, « Pour un socialisme rebelle » aux éditions Vista, « Dictionnaire du PS de A à Z » chez Labor, « Pour ou contre la Belgique française » aux éditions parisiennes Le Cherche midi...
Il a également été le rédacteur en chef du Journal du Mardi. Il intervient régulièrement dans le débat politique, notamment via des cartes blanches publiées dans les colonnes de différents médias : Le Vif, Le Soir, La Libre Belgique, le Standaard... Membre du comité de soutien du journal RésistanceS.be dès sa création, il vient désormais de rejoindre officiellement son comité de rédaction.



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Un courant d'extrême droite au Parti populaire ? (2/3)



[RésistanceS.be – Lundi 15 janvier 2018]


TRANSFUGES – Certes de manière « ultra », son programme politique se rattache plutôt au libéralisme. Le Parti populaire ne se revendique pas officiellement du Front national. Mais depuis sa création, sur le plan idéologique et stratégique, il en est fort proche. Rien d'étonnant dès lors de repérer parmi ses responsables l'un ou l'autre ancien du FN de Daniel Féret. Et plusieurs fans de Marine Le Pen. Comme à la N-VA, existe-t-il au PP un courant d'extrême droite interne ? – REVELATIONS



Le président et fondateur du Parti populaire (PP), Mischaël Modrikamen, l'affirme haut et fort : sa formation n'est pas d'extrême droite, mais appartient à la nouvelle droite nationale populiste qui émerge un peu partout en Europe. Néanmoins, depuis la naissance du PP, il y a bientôt huit ans, des liens réguliers existent avec la patronne du Front national français, l'actuelle députée Marine Le Pen.

Pour s'accaparer en Wallonie et à Bruxelles, l'électorat protestataire anti-immigrés et développant des phobies à l'égard des musulmans, les slogans du parti de l'avocat d'affaires carolo-bruxellois se sont aussi lepénisés depuis 2009. Mais ce phénomène touche également d'autres sphères politiques, comme nous l'ont montré par exemple les campagnes présidentielles de 2007 et 2012 de Nicolas Sarkozy (sur ce phénomène voir nos articles par ce lien ici).


Empêcher l'infiltration d'anciens du FN

Après l'implosion totale et définitive, en 2012, de la mouvance FN en Belgique, alors composée de plusieurs fractions frontistes concurrentes et ennemies, Modrikamen a toujours tout fait pour empêcher une infiltration de ses rangs par des transfuges de celle-ci. Des tentatives ont eu lieu, notamment par les derniers « cadres » du FN de Charles Pire, rassemblés ensuite au sein du parti-mort né « Nouvelle Wallonie Alternative » (NWA).. Mais à chaque fois, ces tentatives grossières ont été avortées.

Force est aujourd'hui de constater que malgré les déclarations de principe, des ex-FN se retrouvent pourtant au coeur du Parti populaire. Y compris dans son appareil dirigeant. Il faut le reconnaitre, ils n'y représentent qu'une minorité, mais, les idées lepénistes sont d'un autre côté de plus en plus partagées dans les rangs du PP. Il suffit de collationner les prises de parole de son président pour en être convaincu et les commentaires de ses lieutenants sur les réseaux sociaux.

Droite catholique intégriste

Le premier transfuge frontiste que nous avons découvert dans la hiérarchie structurelle de cette formation de droite populiste est Luc Eykerman. Il a été, jusqu'à son décès survenu en avril dernier à l'âge de 76 ans, le responsable officiel de quatre de sections locales bruxelloises du PP : celles d'Anderlecht, de Molenbeek-Saint-Jean, de Saint-Gilles et de Forest. Cette personnalité politique de petite envergure fut à plusieurs reprises candidat aux élections. Il est issu du
CEPIC, l'aile conservatrice du Parti social-chrétien (PSC), dont les activistes du Front de la jeunesse (FJ) servaient d'hommes de main.

Après la dissolution du CEPIC par le président de l'époque du PSC, au début des années quatre-vingt, Luc Eykerman est l'un des meneurs de son pseudopode, le
Parti libéral chrétien (PLC), dont l'influence lepéniste ne pouvait être niée. Après les premiers succès du Front national de Daniel Féret, le PLC et Luc Eykerman vont - par opportunisme électoral et convergence doctrinale – s'intégrer en 1989 au premier. La lune de miel sera cependant de courte durée. Six ans plus tard, Eykerman participe à la création du Front nouveau de Belgique (FNB), une scission conduite par la députée fédérale FN Marguerite Bastien.

Ex-Front national 

Luc Eyckerman n'est pas le seul transfuge d'extrême droite qui a adhéré au PP. C'est le cas aussi du baron Emanuele Licari di Cat
sel Mola. Selon le site du Parti populaire, celui-ci est son responsable officiel à Schaerbeek. Cette commune bruxelloise a toujours été un des « Eldorado » de la droite radicale. Rappelons-nous des dérivés populistes de l'un de ses anciens bourgmestres, Roger Nols, passé en quelques années du libéralisme au lepénisme. C'est le cas également de son ex-chef de la police, le commissaire Johan Demol, qui deviendra la tête de gondole du Vlaams Belang à Bruxelles.

Pour sa part, c'est à la fin des années nonante qu'Emanuele Licari apparaît au coeur de la droite extrême. Son nom figure dans l'organigramme du Front national belge, alors toujours aux mains de son président-fondateur, le docteur en médecine Daniel Féret. Le jeune aristocrate d'origine italienne n'est pas un simple petit encarté sans relief. Il est un des « hommes du président ». Ce qui lui permet de se retrouver candidat de la formation d'extrême droite belgicaine aux élections européennes de 1999. Avec quelques autres frontistes, il va même recevoir le soutien médiatique de
Polémique, dont le directeur, Alain Escada, est également le président de l'association Belgique & Chrétienté. Ce journal est directement lié au FN. Il est édité par une nébuleuse se revendiquant du journal le Nouvel Europe magazine et du national-catholicisme belge, liée aux intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Dans Polémique, les « écrivains maudits », ceux qui prêtèrent leur plume pour vanter les mérites de l'occupation allemande durant la Deuxième Guerre mondiale, sont des références idéologiques, comme l'antisémite Henry Coston (1910-2001).Comité de soutien à Le Pen

Après le scrutin européen, Emanuele Licari restera encore quelques années au FN. Avec d'autres de ses dirigeants, il participe même à la création du CBSJMLP, soit le Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen à la Présidentielle de 2007. Après la tentative ratée de putsch au FN pour mettre dehors Daniel Féret, l'arist
ocrate le quitte, d'abord pour rejoindre l'éphémère « Union pour un mouvement populaire » (UMP), une dissidence de Force nationale, lui-même scission du FN, puis pour le mouvement Nation. Pour un laps de temps bien plus court qu'au Front nat'. Licari permettra néanmoins la mise en relation de ce mouvement issu d'une dissidence radicale du Front nouveau de Belgique (FNB), conduite par le dirigeant-fondateur du groupe néonazi L'Assaut, avec le député européen néofasciste italien Roberto Fiori. Mais comme beaucoup d'autres, Licari ne restera que quelques temps au sein de Nation où le turn over est l'une des caractéristiques.




Retour dès lors pour le « baron noir » à la maison-mère. Il participe à la recomposition en 2012 du FN belge via son « canal historique » que fait survivre, tant bien que mal, son ami belgo-italien Salvatore Nicotra, retiré dans son fief de Fleurus, près de Charleroi. Suite aux déboires devant les tribunaux de ce FN - qui y est poursuivi par Marine Le Pen qui ne veut plus aucune trace de celui-ci dans le paysage électoral de notre pays -, Licari prend à nouveau la route de la migration politique. Depuis, il a été promu responsable de la section schaerbeekoise du Parti Populaire. Sans pour autant en émettre le souhait !

Contacté par téléphone, ce lundi, Emanuele Licari nous a affirmé qu'il figurait bien comme responsable du PP à Schaerbeek, mais cela totalement indépendamment de sa volonté. « 
C'est Jérôme Munier, le responsable du parti pour l'arrondissement de Bruxelles-Capitale qui m'avait demandé d'adhérer. Pour ma part, je ne souhaite pas y déposer une liste pour les prochaines élections communales. Je vais d'ailleurs déménager dans une autre commune et prévenir les instances du PP », nous dira-t-il d'ailleurs. Une évidence, le passé politique de M. Licari n'a semble-t-il posé aucun souci au « recruteur » en question du parti de Mischaël Modrikamen, qui en matière de Front national s'y connait, comme nous le verrons plus loin dans notre article.

« La (pseudo) gauche des banquiers juifs »

Contrairement au baron Licari, la tête de liste du PP pour la circonscription de Bruxelles aux dernières élections législatives, Tatiana Hachimi, ne provient pas du sérail de l'extrême droite – elle a milité au Mouvement réformateur (MR) – mais partage souvent certains de ses combats sur les réseaux sociaux. Elle y est même une militante numérique acharnée. Elle aime en général les activités du
Cercle Pol Vandromme, en particulier lorsqu'il invite le leader du Groupement de recherche et d'étude pour la civilisation européenne (GRECE), un cercle de réflexion au service de l'extrême droite plurielle depuis sa création à la fin des années soixante en France.

La même Hachami sur Facebook interviendra en juin 2011 - capture d'écran en notre possession – dans une conversation d'un de ses amis à propos de « la (pseudo) gauche des banquiers juifs et du showbiz ». Elle manifestait alors sans rougir sa sympathie avec le secrétaire national du FN jusqu'en 2012 et néanmoins toujours membre de la direction de l'association de Financement du Front national (AFFN) jusqu'en décembre 2016.


Rassembler la droite populaire sous un seul drapeau

D'autres membres des instances du Parti populaire expriment encore leurs liens avec la droite nationaliste pure et dure, dont la xénophobie est systématique et le racisme jamais très loin, camouflé le plus souvent derrière l'épouvantail de l'islamisme.

C'est le cas de Grégory Vanden Bruel. Ayant « un peu milité au cdH » durant la présidence de ce parti par Joëlle Milquet, il dénoncera le « politiquement correct » qui y régnait alors. Affirmant être favorable au « débat d'idées », les siennes se limitent à celles de la droite musclée. Ce diplômé de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), haut lieu du libre examen, va les exprimer dans des articles qu'il fait publier sur le site « Boulevard Voltaire ». Ce média sur Internet est une plate-forme de rencontre et de synergie d'idées véhiculées par la droite conservatrice et celles d'auteurs liés à l'extrême droite.

En 2014, après les élections régionales, Grégory Vanden Bruel obtient le poste d'attaché parlementaire au Parlement wallon pour le compte d'André-Pierre Puget, le député régional du Parti populaire. Depuis, ce dernier a fait scission de la formation de Modrikamen et a fondé son propre mouvement « J-Existe ». Son attaché parlementaire poursuit quant à lui, avec d'autres du PP ou d'anciens de ce parti, son idée de rassembler les forces de la droite populaire sous l'égide d'un seul drapeau pour la sauvegarde de « notre civilisation ».

A son sujet, Vanden Bruel écrit en juillet dernier sur le mur de son profil Facebook : « Pour relever les défis qui se présentent à elle, notre civilisation aura besoin d'hommes et de femmes capables de prendre leur destin, individuel et collectif, en main. Il faudra donc rompre avec les grandes utopies actuelles et renouer avec l'héroïsme passé. ».

Un modèle pour y parvenir ? Pour Vanden Bruel, c'est le
parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan qui trace la voie. Au deuxième tour de la Présidentielle 2017, en accord avec son programme politique pour la France, Dupont-Aignan s'était rallié au FN de Marine Le Pen. En espérant, en cas de victoire, devenir le premier ministre de la présidente frontiste française.


Le PP avec le
Front national de la jeunesse

Pour terminer notre tour d'horizon des pépéistes proches du lepénisme, il faut bien entendu reciter ici Jérôme Munier, que nous avait déjà évoqué le baron Emanuele Licari plus haut dans cet article.

Responsable pour la Région de Bruxelles-Capitale, il est aussi le président des jeunes du Parti populaire. En interne, et alors en très bon terme politique avec Grégory Vanden Bruel, Jérôme Munier y défend aussi une ligne radicale pour gouverner le PP. Rien d'étonnant alors d'apprendre qu'il y a tout juste un an, il participait pour le compte de son parti à un forum contre l'Union européenne. Son organisateur ? Le FNJ, c'est-à-dire le Front national de la jeunesse. Pour comprendre cet attelage politique, reprenons cet adage populaire : « dis-moi qui tu fréquentes, je te dirais qui tu es... ».


Courant d'extrême droite interne

A la lecture de son programme politique d'origine, il ne peut être affirmé que l'ADN idéologique du Parti populaire de Mischaël Modrikamen ait une souche d'extrême droite. Néanmoins, après cet état de lieu, il ne pourra être nié non plus qu'il existe, comme à la N-VA de Bart De Wever et Theo Francken, en interne au PP un véritable courant d'extrême droite.

Et ce ne sont pas leur président respectif qui iront débrancher la prise de ces deux courants. Que du contraire. Nous savons fort bien pourquoi.



MANUEL ABRAMOWICZ
Journal RésistanceS.be
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