samedi 20 octobre 2018

La « droite décomplexée » est-elle d'extrême droite ?



[RésistanceS.be – Vendredi 12 octobre 2018]

DOSSIER SPÉCIAL ÉLECTIONS 2018 (épisode 7/9) – Cette droite est constituée dans le nord du pays par la N-VA. Côté francophone, d'une myriade de petites formations politiques :Parti populaire, La Droite, Valeurs libérales citoyennes, Jexiste et dans une moindre mesure des listes locales Philippeville Demain et Chrétien. Le plus souvent d'essence ultra libérale, ces nouvelles formations électorales ne proviennent pas de l'« extrême droite de souche ». Cependant, comme dans les années '80 le libéral Roger Nols ou dans les années 2000 le républicain Nicolas Sarkozy, avec des slogans populistes faisant mouche avec les réflexes xénophobes ambiants, elles peuvent siphonner en Wallonie et à Bruxelles les voix de feu le Front national belge. Celles du Vlaams Belang en Flandre et dans la capitale. Alors, une question incontournable : Cette droite dite « décomplexée » est-elle d'extrême droite ? – DÉCRYPTAGE.




En 1978, un cartel électoral nationaliste est mis sur pied en Flandre et à Bruxelles, et prend le nom de Vlaams Blok (VB). Il est composé de deux minuscules formations nationalistes, le Vlaams volkspartij (VVP) et le Vlaams Nationale Partij (VNP). Le VVP et le VNP ont été créés par des adhérents de la Volksunie venant de sa tendance d'extrême droite. Opposés au courant social qui avait pris la direction de ce parti indépendantiste réformiste du nord du pays, apparu en 1954, ses radicaux nationaux-flamands avaient fait scission au début des années septante. Le cartel Vlaams Blok, après les élections législatives de 1978, se transforme en parti politique sous la conduite du VNP. Il reçoit l'appui de la plupart des groupes d'extrême droite nostalgiques de l'Ordre nouveau de l'époque : de la milice paramilitaire Vlaamse militanten orde (VMO), du groupe d'action nationaliste Voorpost, du cercle de réflexion « national-socialiste » Were Di, du Taal Aktie Komite (TAK), des amicales d'anciens combattants de la SS flamande Sint-Martensfonds (SMF) et Hertog Jan van Brabant (HJvB), des scouts nationalistes de la Vlaams Nationaal Jeugdverbond (VNJ), des étudiants du Nationalistisch studenten verbond (NSV) ...

Néorexistes et néonazis

Sept ans après l'apparition du Vlaams Blok, le Front national belge (FN) voit le jour à Bruxelles. Si son président-fondateur, le docteur Daniel Féret, provient du parti libéral wallon, ses piliers structurels sont clairement d'extrême droite, poujadistes et racistes.C'est le cas de l'Union pour une nouvelle démocratie (UND), néonazis, néorexistes et négationnistes, c'est le cas de l'Europese partij-Parti européen (EPE) et du Mouvement social nationaliste (MSN). Le premier député du FN, élu en 1991, Georges Matagne est un transfuge de la direction du Parti des forces nouvelles (PFN), une formation parrainée par Léon Degrelle en personne et alors engagée avec acharnement dans le « combat révisionniste ». L'origine politique de beaucoup de premiers cadres du Front national est d'extrême droite, tendance pure et dure. Certains ont jadis milité à Jeune Europe, au PFN, au Front de la jeunesse, à l'Association politique pour un Ordre nouveau, au Front nationaliste populaire, au GRECE-Belgique, à la revue néonazie
Volontés européennes...

Au niveau de leur manifeste de fondation, de leurs modèles historiques, de leur programme électoral, de leurs slogans et de la composition de leur personnel politique, il est aisé de qualifier le Front national et le Vlaams Blok comme étant des partis d'extrême droite à 100 %. Est-ce également le cas de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA), du 
Parti populaire (PP), de La Droite, de Valeurs libérales citoyennes (VLD), du mouvement Jexiste ou des listes locales groupusculaires Philippeville Demain et Chrétien, présents aux élections du 14 octobre 2018 ?




Du populisme libéral à l'extrême droite

Ces nouvelles formations électorales sont apparues dans les années 2000. Leur corpus doctrinal sur le plan économique est libéral, dans sa version hard.L'extrême droite historique rejette le libéralisme transfrontière, lui préférant – par autodéfense nationaliste souverainiste - un capitalisme d'Etat. Certes, avec des slogans populistes, ces nouveaux partis siphonnent les voix de l'ex-FN. Quant à la N-VA celles du VB. En France, pour gagner la présidentielle de 2007, le candidat de la droite républicaine, l'ex-Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, avait brandit la défense de l'identité française menacée par l'étranger, pour séduire l'électorat de Jean-Marie Le Pen (lire notre article La France sarkozyste au service de l'extrême droite).

Dans les années quatre-vingt, les affiches électorales du candidat libéral bruxellois du PRL - l'ancêtre du MR - Roger Nols, bourgmestre de la commune bruxelloise de Schaerbeek, scandaient : « Stop à l'invasion étrangère » (sur le courant populiste de droite du PRL et du MR lire les articles de RésistanceS.be « Le passé raciste du PRL, dans le texte…et Le retour populiste du parti libéral ? »).

Officiellement pas d'extrême droite, le Parti populaire de l'avocat d'affaires bruxellois Mischaël Modrikamen prend, depuis un certain temps, de plus en plus les allures d'un parti de droite radicale, populiste, xénophobe et nationaliste. Et le courant d'extrême droite au cœur de la formation de Bart De Wever subsiste toujours, plus que jamais.

Alors, cette droite qui s'affirme « décomplexée » par rapport à la droite libérale gouvernementale peut-elle être rangée dans le rayon d'extrême droite de la boutique politique ? Le journal RésistanceS.be vous propose pour y répondre un tour d'horizon, parti par parti.

NIEUW-VLAAMSE ALLIANTIE (N-VA)

Héritière directe du courant radical national-flamand de la Volksunie (VU), une formation nationaliste catholique fondée en 1954 qui revendique la fin de la Belgique et la création d'une Flandre indépendante, la Nouvelle alliance flamandeapparait en 2001. Ce « nouveau » parti reprend l'ADN idéologique et stratégique de la VU.

La N-VA veut le plus vite possible affronter les urnes. En 2003, elle se présente pour la première fois aux suffrages. Son résultat est maigre : elle n'obtient qu'un député fédéral, Geert Bourgeois. Ancien parlementaire de la Volksunie, celui-ci représente le courant de la droite-centriste de la N-VA. Craignant la barre fatidique des 5 % pour avoir d'autres élus, un cartel électoral est d'abord envisagé avec le Vlaams Belang, le nom depuis 2004 du Vlaams Blok après la condamnation pour racisme de ses trois asbl le structurant. Des négociations ont lieu entre les chefs du VB et Bart De Wever, un des jeunes dirigeants de la N-VA. Pour finir, retournement de situation, la Nouvelle alliance flamande va se présenter aux élections suivantes avec le Christen-democratisch en vlaams (CD&V). Des candidats de la N-VA sur les listes du « cartel flamand » sont élus à tous les niveaux de pouvoirs. Bénéficiant désormais d'une force de frappe représentative, la N-VA met fin à son pacte avec les chrétiens démocrates. Ayant les yeux plus gros que le ventre, les nationalistes prennent le large. Aux scrutins suivants, sous la conduite de son président Bart De Wever, elle affronte seule le combat électoral. Jusqu'à devenir le plus grand parti en Flandre, et même au parlement fédéral.

Pour asseoir son pouvoir à la direction du parti, son président a pu compter en interne sur d'autres cadres, tel que Jan Jambon. Une personnalité politique alors méconnue du grand public mais que croise, depuis les années nonante, Bart De Wever. A l'époque, ils fréquentaient ensemble les conférences organisées par le Vlaamse-Nationale Debatclub, un cercle d'extrême droite, dontJean-Marie Le Penou l'historien révisionniste anglais David Irving sont orateurs. Jambon fait même partie de la direction de ce club de débat National-flamand, dont le président est un dirigeant du Vlaams Blok, comme d'autres de ses administrateurs.

Au milieu des années deux mille, un groupe confidentiel interne s'occupe de la prise de contrôle de la N-VA pour le compte de Bart De Wever. Agissant entre initiés sous le surnom du « gang du gros », son véritable nom est le Vlaamse nationale vriendenkring (cercle des amis national-flamand). Son sigle est VNV, comme celui du Vlaamse nationale verbond, le plus grand et important parti d'extrême droite dans les années trente, puis axe central de la collaboration pro-nazie durant l'Occupation allemande. Les e-mails secrets de ce groupe interne dans la N-VA sont signés du « VNV-leider ». Ce dirigeant est un jeune cadre du parti du nom de Theo Francken.

Le VNV deuxième du nom a façonné le courant d'extrême droite interne agissant au cœur et au sommet de la N-VA. Y a-t-il dès lors une différence entre elle et le Vlaams Belang ? Poser la question est y répondre. Selon De Wever, le VB préconise une stratégie « révolutionnaire » (sic), son parti une méthode « réformiste » (re-sic) pour aboutir au même objectif : la prise du pouvoir pour proclamer enfin la fin de l'État belge et l'indépendance de la Flandre.

A l'occasion des élections du 14 octobre 2018, à l'observation et à l'analyse de la propagande électorale de la N-VA, force est de constater un rapprochement lexical manifeste avec celle du parti « révolutionnaire » d'extrême droite. « Après des années de politique laxiste, de favoritisme, de scandales, de taux très élevé de criminalité et de mobilité en panne, les Bruxellois aspirent au changement », peut-on lire dans les encarts publicitaires de la N-VA publiés dans les éditions bruxelloises de journaux populaires, La Dernière Heureet La Capitale. Et qui « donnent le ton » ? Theo Francken, le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, et Jan Jambon. Avant la mise en route en 2014 du gouvernement fédéral conduit par le libéral francophone Charles Michel (MR), il y avait un ministre de l'Intérieur. Avec Jambon, le titre changera pour lui permettre de devenir le « ministre de la Sécurité et de l'Intérieur » (sic). Un pur hasard ? Aucunement. Un tournant idéologique radicalement populiste avec le soutien de ses partenaires fédéraux : les chrétiens du CD&V, les libéraux flamands de l'Open VLD et les francophones du MR sous la conduite de Charles Michel et d'Olivier Chastel. Et le silence complice des « libéraux sociaux » : Christine Defraigne, la présidente du Sénat, Viviane Teitelbaum, une députée régionale connue pour son combat antiraciste, Richard Miller, le gardien du libéralisme philosophique et administrateur délégué du Centre d'études Jean Gol...

[Les liens de la N-VA avec l'extrême droite et le passé nazi de la Flandre feront l'objet d'un autre dossier du journal RésistanceS.be, programmé pour le mois de novembre de cette année.]





PARTI POPULAIRE (PP)

Le titre d'un article sur ce parti, paru en août 2013 dans le quotidienLa Dernière Heure, reprend une des phrases de son président, l'avocat d'affaires bruxellois Mischaël Modrikaman : « Nous ne sommes pas d'extrême droite ». Oui, mais...

Si aucun de ses 528 candidats pour les communales du 14 octobre 2018 – jusqu'à preuve du contraire - est un transfuge connu et direct venant de l'extrême droite, force est de constater que le PP, dès sa création en 2009, a attiré à lui l'attention de personnes ayant milité au sein du Front national ou de sa mouvance. En 2012, lors de l'autodissolution du FN conduit par Charles Pire, l'un de ses anciens députés régionaux wallons, des membres de sa direction contactent Mischaël Modrikamen. Ils ont l'objectif de rejoindre ses troupes. Informé qu'il s'agissait de « radicaux » mais aussi de « folkloriques » uniquement capables de créer la zizanie partout autour d'eux, le patron du Parti populaire leur refusera le droit d'entrée. Plus tard, dans l'organigramme de sa direction, il allait toutefois s'observer la présence de deux responsables de section communale qui auparavant avaient milité au Front national de Daniel Féret.

Outre ces cas, nous constatons que progressivement le PP s'est orienté sur une ligne politique de plus en plus proche de celles défendues en Europe par des leaders d'extrême droite, comme Geert Wilders du Volkspartij voor vrijheid en democratie (VVD) hollandais ou comme Marine Le Pen du Front national français, devenu depuis lors le Rassemblement national. Si, à ses débuts, la formation populiste belge se présentait comme une alternative de droite libérale au MR, alors au gouvernement fédéral avec les socialistes, elle prendra progressivement des positions la rapprochant des discours de la droite la plus musclée. A plusieurs reprises, Mischaël Modrikamen affirme alors, sans tabous ni complexes, ses nouvelles affinités idéologiques. En juillet 2011, dans le quotidien L'Echo, le président du Parti populaire déclare : « Un mouvement de retour vers les aspirations du peuple grandit en Europe, avec Wilders, avec Marine Le Pen. Elle est en train de transformer le Front national en un parti de gouvernement. Ce n'est plus une extrême droite, critiquable, mais une droite qui s'assume avec un côté populaire. Notre parti s'inscrit dans ce mouvement. Il va décoller».

Officiellement, le parti-frère en France du Parti populaire est Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Ce parti républicain, tendance souverainiste et populiste, va se rallier au deuxième tour de la Présidentielle de 2017 à la candidate du FN français. Dans le scénario de l'élection à l'Elysée de Le Pen, Dupont-Aignan en serait devenu son premier ministre. Des cadres du PP pour leur part ne cachent pas leur soutien au FN français. Avec parfois même des contacts directs. Le 18 janvier 2017, le responsable des « jeunes populaires », Jérôme Munier, participe ainsi à un forum à Paris du FNJ. Le FNJ ? Le Front national de la jeunesse, actif depuis cette année sous l'appellation de Génération Nation (GN), quand le FN a changé de nom pour devenir le Rassemblement national (RN).

Avec son slogan pour les élections communales et provinciales de 2018, « 
Nos citoyens d'abord !», fort proche de celui du FN belge de jadis « Les Belges d'abord ! », renforcé d'un programme s'axant sur les thématiques issues des fonds de commerce de l'extrême droite, il est évident que le Parti populaire s'adresse à un électorat identique. Considérant que ses résultats à ces élections locales lui seront décisifs pour son avenir immédiat, le PP met tout le paquet pour enfin percer sur l'échiquier électif. Et pour cela, tous les moyens sont bons.

Sa collaboration, annoncée cet été grâce à une couverture médiatique disproportionnée, avec l'américain Steve Bannon, démontre bien dans quel camp se range aujourd'hui le parti de Modrikamen. Sulfureux ancien conseiller de Donald Trump, Bannon est l'un des théoriciens de l'Alt-right. Cette mouvance alternative de la nouvelle extrême droite d'outre-Atlantique est animée par une avant-garde constituée de jeunes activistes aux allures de gendres idéaux. Quant à elles, ses troupes d'assaut rassemblent les pires groupuscules identitaires, néonazis, klanistes et autres partisans de l'« Amérique blanche ». Comme cela fut vu, en août 2017 à Charlottesville, lorsqu'un de ses nervis commit un attentat à la voiture bélier contre des manifestants antiracistes et antifascistes.

Pour les scrutins de ce 14 octobre, le Parti populaire est la formation de la droite décomplexée francophone qui aligne le plus de listes électorales et propose le nombre le plus élevé de candidats.





LA DROITE

Ce parti de droite libérale est d'abord apparu sous la forme d'un mouvement politique, en 2010. Ce n'est que deux ans plus tard qu'il se transforme en parti politique. Son fondateur, Aldo-Michel Mungo, provient en droite ligne du Parti populaire. En dissidence également, d'autres responsables du PP le rejoignent ensuite, dont trois « coordinateurs généraux » de sections provinciale (Namur) et régionale (Bruxelles et Charleroi). Des transfuges d'autres petits partis de droite, comme Vivant, rallieront encore La Droite.

Le nouveau parti est incarné par son président-fondateur. Dans les années septante, Aldo-Michel Mungo travaille pour le compte du Parti de la liberté et du progrès (PLP), la formation libérale de l'époque. Collaborateur d'un ministre libéral, il est notamment en charge des contacts avec le Centre politique des indépendants et cadres chrétiens (Cepic), l'aile conservatrice d'ultradroite du Parti social-chrétien (PSC). Puis il quitte la politique active. Après une carrière dans le secteur privé, Mungo réapparait en 2009 en politique, parmi les fondateurs du Parti populaire. Suite aux premiers conflits qui le secouent bien vite, il en est exclu ou démissionne, selon les versions.

Une fois dehors, Michel-Aldo Mungo se lance dans une croisade, obsessionnelle, contre Mischaël Modrikamen qu'il considère comme un usurpateur politique. Les liens du boss du PP avec Marine Le Pen sont dénoncés par Michel-Aldo Mungo. Ce qui ne va pas empêcher, en décembre 2015, un rapprochement en vue de la fusion des deux formations populistes pour en fonder une seule, sous le nom de « La Droite populaire ». Toujours porteur du virus de la division, le projet capote rapidement.

La lutte contre les partis traditionnels et « l'islamisation de l'Europe » est l'une des pierres d'achoppement du Parti populaire et de La Droite.Dès le milieu des années deux mille, Aldo-Michel Mungo avait orchestré les activités d'un petit lobby antimusulman, sous le nom des Résistants, puis à partir de 2009 sous celui du Collectif Vigilance citoyenne. Dans ce cadre, en décembre 2010, Mungo – pour remplacer celle qui était initialement prévue, la socialiste belge Anne-Marie Lizin ! - figure parmi les conférenciers des « Assises sur l’islamisationde nos pays » organisées, à Paris, par Riposte laïque et le Bloc identitaire. Le premier est un groupe constitué de fondamentalistes de la laïcité républicaine, le second est le mouvement d'extrême droite le plus dynamique en France. La vidéo de l'intervention de Michel-Aldo Mungo lors de cette grande messe antimusulmane sera diffusée en Belgique par Démocratie nationale, l'un des pseudopodes du FN belge. Aujourd'hui, la vidéo est toujours proposée sur le site de La Droite.

Cependant, La Droite se défend avec énergie d'être un parti proche de l'extrême droite. Son président menace d'ailleurs de procès tous ceux qui l'affirment. Pour maintenir ce cap, à la veille des élections communales du 14 octobre 2018, un communiqué de presse de La Droite s'est consacré à démentir tous liens possibles avec la droite extrême. On y lit : « Autant le dire tout de go : La Droite n’est pas et ne saurait être considérée comme un parti d’extrême droite. Et elle n’a pas vocation à le devenir. Son Manifeste adopté en 2010 est un plaidoyer libéral sans concession qui annonce la naissance d’un mouvement politique porté par des citoyens excédés de la politique politicienne. La brève histoire de La Droite, son insertion dans le paysage politique, les idées maitresses de son programme politique, le parcours de son président, les éléments de langage utilisés, le profil sociologique de ses membres, tout le corpus politique de ce parti atteste incontestablement l’idée que La Droite est un parti libéral certainement radical mais en aucun cas proche ou assimilable à l’extrême droite ».

Révélée par le journal RésistanceS.be, la présence parmi les responsables communaux de La Droite d'un ancien responsable du Front wallon(anciennement Fédération des nationalistes wallons), un groupuscule provenant du Front national, qui exprimait toujours sur les réseaux sociaux son appui au FN français, oblige la direction de La Droite de l'exclure manu militari. Après son départ contraint et forcé, aucunement démotivé par la politique, David Gemino, c'est son nom, a créé sa propre formation en vue des communales à venir, « Philippeville Demain » (voir sa notice plus loin).

Le 14 octobre 2018, seize listes ont été déposées en Wallonie aux élections communales par La Droite, avec un total de cent-soixante candidats. C'est sa liste à Charleroi qui est la plus nombreuse, avec quarante candidats. Sa tête de liste dans la capitale du Pays noir est Michel-Aldo Mungo. A Verviers, La Droite propose vingt-neuf candidats. A l'exception de Châtelet avec seize candidats, Farciennes avec quatorze candidats, 
Frameries avec neuf candidats, Mons avec huit, Sambreville avec sept, Hannut avec dix et Colfontaine avec six, partout ailleurs le nombre de candidats de La Droite est inférieur à cinq.




VALEURS LIBÉRALES CITOYENNES (VLC)

Les slogans de ce parti politique groupusculaire laissent supposer qu'il appartient à la grande famille du libéralisme belge : « Réduisons de 30 % vos Impôts ! », « Jean Gol [fondateur du parti libéral unitaire, le PRL]parlait déjà de rage taxatoire » ... D'autres éléments de langage démontrent que VLC s'est très vite déplacé sur l'échiquier politique vers l'extrême droite : « L'immigration mais pas n'importe qui », « Islam, le défi à la démocratie », « Neutraliser l'islam est possible » ...

Le parti VLC est fondé en avril 2013 par l'avocat hutois Philippe Chansay-Wilmotte, jusqu'alors vice-président du Parti populaire de Mischaël Modrikamen. VLC bénéficie au début de quelques militants à Huy, son fief, à Liège, à Waremme et aussi dans une moindre mesure à Bruxelles. Son objectif est de proposer une alternative électorale aux « 
autres partis politiques » qui représentent dans notre pays « le politiquement correct », selon cette nouvelle formation.

Malgré les effets d'annonce de sa direction, VLC n'a pour finir pas les capacités de se développer. Après sa première tentative électorale, aux régionales de 2014, où ses scores sont microscopiques dans les trois seules circonscriptions électorales où il dépose une liste (0,5 % à Huy-Waremme, 0,3 % à Verviers et 0,2 % à Liège), le parti de Chansay-Wilmotte se replie dans son bastion hutois.

Le président de VLC est caractérisé par son obsession du « péril islamique ». Bien avant la création de son parti. Chansay-Wilmotte est lié àOskar Freysinger, l'un des dirigeants de l’Union démocratique du centre (UDC), la formation politique suisse de droite populiste, xénophobe et anti-islamique. En 2010, Oskar Freysinger donnait une conférence à Bruxelles au Parlement flamand. Elle y avait été organisée avec le concours du Vlaams Belang, en présence de Philippe Chansay-Wilmotte, sur place officiellement comme l'avocat belge d'Oskar Freysinger.

Très vite, VLC va attirer des personnes provenant de l'extrême droite ou de sa mouvance sympathisante. En 2014, le parti Valeurs libérales citoyennes fusionne avec une autre petite formationactive dans la région de Charleroi, le Parti pour la Liberté́, l’Union et la Solidarité́ (Parti PLUS, P+).Le fondateur-président de P+ est Pierre Renversez, un autre activiste acharné de la « résistance à l'islamisation » qui militait déjà dans les années nonante dans les rangs du Front national. Philippe Chansay-Wilmotte, alias en interne « PCW », rassemble des purs et durs de la droite nationale. Dans son entourage, il est signalé, en octobre 2014, la présence de Jean deMarcken de Mercken, l'un des dirigeants des deux ailes conservatrices successives du Parti social-chrétien (PSC, l'ancêtre du CDH), le Centre politique des indépendants et cadres chrétiens (Cepic)dans les années septante, puis le PSC 2000 dans les années nonante. Ce de Marcken est un sympathisant « refoulé » connu de longue date du lepénisme. En 1996, comme l'avait révélé le journal RésistanceS.be, il a participé à un meeting du Front nouveau de Belgique (FNB), conduit par la députée fédérale Marguerite Bastien, dissidente du FN de Daniel Féret. Avec JeandeMarcken de Merckenà VLC se trouve encore un dénommé John Van Riebeke qui était dans les années septante un des plus ultra militant du Front de la Jeunesse (FJ)(1974-1982), la plus importante organisation de l'histoire de l'extrême droite belge francophone, après Jeune Europe(1962-1969). Avec d'autres du FJ, Van Riebeke assurait le service d'ordre aux réunions du Cepic. En 2014, il fait partie des membres du bureau politique de VLC.

A l'occasion des élections communales de cette année, le parti de PWC reçoit l'appui d'un petit entrepreneur wallon, Jean-Claude Goblet. Bien moins connu que son frère, l'ancien président de la FGTB, le nouveau militant de VLC ne cache pas ses accointances avec l'extrême droite. Comme l'avait révélé RésistanceS.be en juin 2016 quand il fut reconnu à une réunion de la direction du Front national« canal historique », tenue à Fleurus. Depuis, tout en agissant au sein de Valeurs libérales citoyennes, Goblet entretient des liaisons politiques avec Dimitri François de l'Alliance identitaire ardennaise (AIA), la nouvelle appellation de l'ANW, pour Alliance nationaliste wallonne (revoir l'épisode 5 de notre dossier Elections 2018). Goblet et François envisagent une alliance entre VLC et les identitaires ardennais pour les élections régionales et législatives du 26 mai 2019.

Libéral sur le papier, au niveau programmatique le parti VLC s'inscrit dans le courant national-libéral qui s'est développé, dans les années quatre-vingt, au sein du Front national de Jean-Marie Le Pen.


JEXISTE (mouvement)

A la lecture et à la prononciation du nom Mouvement Jexiste, certains peuvent entendre celui du Mouvement Rexiste. Si l'écriture et la phonétique sont bien proches du parti d'extrême droite de Léon Degrelle, actif en Belgique de 1936 à 1945, le président du premier évoquera, à ne pas en douter, le pur hasard.

Le mouvement Jexiste a été fondé l'année dernière. Son fondateur est le député régional André-Pierre Puget, élu au parlement wallon en 2014 sur la liste du Parti populaire. Un an et six mois après, désapprouvant officiellement la ligne anti-immigration de la formation de Modrikamen, Puget le quitte pour siéger comme député indépendant. Puis, l'année suivante, en décembre, il rallie le parti La Droite. Jusqu'à son exclusion en février 2017 au motif, notamment, de « 
collusions avec l'extrême droite » (sic). Ce que réfutera André-Pierre Puget, avant de créer sa propre formation, le Mouvement Jexiste.

A la lecture de ses propositions politiques, les accents violents habituels de la propagande de l'extrême droite classique sont absents. Si ce mouvement affirme condamner « tout acte de racisme, xénophobie, négationnisme, sexiste ou homophobe », il préconise toutefois des solutions qui ne peuvent que séduire l'électorat prolepéniste dans notre pays, comme l'« arrêt de la régularisation de masse des sans-papiers » ou l'« expulsion de la Belgique de toutes personnes ne partageant pas les valeurs démocratiques européennes et commettant des actes volontaires de haine envers ses habitants ».

Pour les élections communales, le Mouvement Jexiste a déposé deux listes communales. L'une à Dinant avec vingt-trois candidats conduits par André-Pierre Puget, l'autre à Boussu avec vingt-et-un candidats. Cette formation sera aussi présente dans deux districts pour le scrutin provincial, dans celui de Dinant avec cinq candidats et dans celui de Bossu avec sept candidats. Dans le premier district, Jexiste aura comme concurrent le Parti populaire, dans le second district, il fera face au PP, à La Droite et à AGIR (ex-FN).




PHILIPPEVILLE DEMAIN

Comme son appellation l'indique, il s'agit d'une liste électorale déposée aux communales de 2018 uniquement à Philippeville, une petite ville de 9.298 habitants située à une quarantaine de kilomètres de Namur. Incarnée par son fondateur et unique candidat, David Gemino, cette liste refuse de se positionner sur l'axe droite-gauche. Elle se définit comme étant « la formation politique indépendante philippevillaine ». Son initiateur précisait, le 2 mars dernier, sur la page Facebook de Philippeville demain qu'il s'agit d'« une formation locale, sans tangente politique, qui défend des idées et non des couleurs, démocratique, et dont les maîtres mots sont "Sécurité" et "Quiétude" ». Il insistait sur le fait que son « parti » « estégalement très attaché aux valeurs culturelles de notre région (monuments, chapelles rurales, lieux religieux), aux activités faisant vivre notre région (folklores, initiatives sportives et culturelles), met un point d'honneur à soutenir, encourager toute initiative citoyenne dans l'entité ». Bref, sa liste est un projet politique citoyen, démocratique et sans couleur idéologique.

Alors vraiment ni de gauche ni de droite Philippeville demain ? En se penchant sur le tout récent passé politique de David Gemino, les choses sont claires : nous avons affaire à une liste bien ancrée à droite, qui peut même être rangée à la droite de la droite. Pour le savoir, il suffit de s'intéresser à ce que faisait et écrivait David Gemino avant de mettre sur pied cette liste électorale dans sa commune.

Il y a deux ans, il est signalé comme étant un des jeunes militants recruté par le Front wallon (FW) que préside l'ancien député régional du Front national, Charles Petitjean. Ce dernier adoube directement Gemino au poste de président du FW pour la province de Namur. Il n'y reste que quelques temps, puis disparait des radars, pour réapparaitre dans l'organigramme, comme responsable de l'entité de Philippeville, des cadres du parti La Droite. En août 2017, David Gemino annonce à ses proches qu'il sera candidat pour cette formation - constituée par des dissidents du Parti populaire - aux communales et aux provinciales d'octobre 2018. Au même moment, il continue de manifester sa sympathie politique pour le Front national français. Il passe même la frontière pour y apporter son soutien, lors d'un meeting électoral, à une candidate ardennaise du parti d'extrême droite présidé par Marine Le Pen. Ce cadre de La Droite reconnait alors être membre d'une « droite patriote et conservatrice ». Pour lui, le Front national fait partie de la même « grand famille, unis ensemble vers l'avenir ». Aucun doute, David Gemino est un frontiste belge convaincu. Totalement décomplexé.

Cette identité idéologique révélée par le journal RésistanceS.be va obliger la direction du parti La Droite de pousser son responsable pro-FN vers la sortie. Isolé et désormais sans parti, il se voit néanmoins poussé des ailes et met sur pied sa propre formation dans sa commune. Lors de la campagne électorale, Gemino, qui affirme travailler au Ministère de la défense, va pour finir présenter Philippeville demain qu'il conduit comme étant « un parti local démocratique de droite populiste ». En prenant soin de supprimer sur son profil Facebook tous ses postes le liant, jusqu'il y a tout récemment, au Front national de Marine Le Pen. David Gemino s'est auto-dédiabolisé. Sa présence du côté de la force visible est-elle cependant sincère ? Nous le constaterons certainement très rapidement après les élections du 14 octobre.



CHRETIEN
Ce tout petit parti a d'abord déposé deux listes aux communales qui auront lieu ce mois-ci. L'une dans son fief, à Binche, l'autre dans la région bruxelloise, dans la commune de Forest. Mais en pleine campagne électorale, Emmanuel Colbrant, le président-fondateur du parti Chrétien, annonça que la tête de sa liste forestoise, 
Brandi Cecere (19 ans), en avait été exclu. Dès lors, cette formation politico-religieuse a réduit de moitié sa présence électorale.

Si Colbrant a milité jadis à gauche, puis fonda le Mouvement généraliste des jeunes et des ouvriers démunis (MGJOD), 0,05 % aux législatives de 2014, il s'est indéniablement déplacé vers la droite extrême de l'échiquier idéologique. Selon lui, en riposte à l'« islamisation du pays »,.La fondation toute récente de Chrétien est une réaction directe à l'apparition, en 2012, d'Islam, un petit parti religieux musulman revendiquant l'instauration de la charia et un État islamique en Belgique. « Chez CHRETIEN nous avons choisi de fonder nos politiques sur les valeurs du christianisme », précise sa présentation publiée sur son site internet. On y apprend encore que ce parti est constitué par « des hommes et des femmes de confession chrétienne provenant de l'église catholique, de l'église protestante unie de Belgique (EPUB), de l'église orthodoxe qui ont vécu dans des mouvements de jeunesse, qui ont animé des associations et communautés, ont participé parfois, de près ou de loin, à des partis politiques divers mais sans y rencontrer, naturellement, le sens du bien commun, la générosité, la fraternité entre les âges ou les milieux de vie, les valeurs chrétiennes d’égalité, de liberté, de fraternité et de progrès ».

N'affirmant pas être de droite, Chrétien met cependant en avant, dans son projet politique, les thématiques habituelles de celles qui se lisent dans les tracts électoraux de partis de la droite national-libérale populiste et de l'extrême droite. Il revendique que lesdits « 
immigrés » respectent « nos valeurs » et préconise un « contrôle de l'immigration ». Dans sa propagande, il est proclamé que « le parti politique CHRETIEN n'est pas, comme les autres partis, contrôlé par un lobby ou des lobbies », une vieille obsession de la droite radicale pure et dure nourrie par les théories du complot. Dans cette perspective, ce parti lutte contre « l'establishment », les « corporations financières, médiatiques », la « structure du pouvoir mondial », constitué d'« une petite poignée d'intérêts particuliers mondiaux » qui contrôle et manipule la démocratie. La seule solution possible pour s’en sortir proposée par Chrétien est que la Belgique devienne une « Nation libre ». Avec comme leitmotiv, comme hier le Front national, « Les Belges d'abord ! », un slogan repris sans complexe dans la propagande du parti Chrétien.



DES CANDIDATS D'EXTRÊME DROITE
DANS DES PARTIS DÉMOCRATIQUES ?

Durant la campagne électorale pour les élections du 14 octobre 2018, des révélations ont été faites sur la présence de sympathisants et de militants de l'extrême droite turque sur des listes de partis traditionnels. Il y a encore d'autres candidats défendant des positions contraires à celles de leur formation politique d'appartenance, sur l'avortement, la famille, l'homosexualité, la laïcité ... En Flandre, comme à Bruxelles. Chez les socialistes, les chrétiens, les libéraux et même les écologistes.

Le phénomène n'est pas une nouveauté. Il s'intègre dans le « communautarisme électoral » où l'origine ethnique – parfois l'orientation sexuelle, mais dans une moindre mesure - camoufle souvent l'absence d'une adhésion aux valeurs idéologiques et éthiques du parti accueillant. L'objectif politicien est de ratisser large. Cette tactique fait partie de la realpolitik.

Le journal RésistanceS.be, le démontre et le dénonce depuis toujours. En août 2006, Alexandre Vick signait ainsi, au nom de sa rédaction, une carte blanche dans le quotidien Le Soir, portant le titre : « Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques ». La même année, les lecteurs de RésistanceS.be pouvaient lire une interview de Mehmet Koksal, un journaliste spécialiste du « nomadisme électoral » et du « communautarisme électoral » : « Extrême droite chez les ''immigrés'' : une réalité tabouisé ».




UNE DROITE EXTRÊMEMENT DECOMPLEXÉE ?

Le tour d'horizon dans le paysage politique que vient de proposer le journal RésistanceS.be démontre le côté des forces obscures et des forces visibles de la Nieuw-Vlaamse Alliantie et de petits partis populistes francophones se situant bien à droite. Les thèmes tournant sur un axe précis – défini par la règle des trois « i » mis en avant, il y a déjà plusieurs années, par RésistanceS.be : insécurité – immigration - islamisation – sont omniprésents dans la propagande électorale de la N-VA, du Parti populaire, de La Droite, de Valeurs libérales citoyennes, du mouvement Jexiste, de Philippeville demain et de Chrétien. Comme ils le sont toujours dans celle du Vlaams Belang et auparavant dans celle du Front national belge. Pouvons-nous pour autant les classifier comme étant des partis d'extrême droite ? Répondre à cette question devra se faire avec quelques nuances.

A la lecture de leur programme, sur la base de la connaissance de leur histoire et de l'observation de la composition de leur personnel politique respectif, aucune de ces formations ne peuvent être assimilées à 100 % au VB ou au FN. Néanmoins, il a été prouvé dans le présent décryptage réalisé par RésistanceS.be qu'un courant pouvant être reconnu comme étant d'extrême droite contrôlait la direction de la N-VA, et ce, depuis le milieu des années 2000. Il a aussi été démontré que le Parti populaire de Mischaël Modrikamen prenait de plus en plus les allures de feu le Front national belge. Et que le FN français était l'un de ses modèles, avec le soutien de l'américain Steven Bannon. Certes, le mouvement Jexiste n'est pas le mouvement Rexiste. Mais certains de ses slogans peuvent attirer les regards de l'électorat prolepéniste qui existe toujours en Wallonie. Reprenant des slogans du libéralisme historique, le parti VLC reste néanmoins présidé par un proche de l'extrême droite suisse, qui collabora avec le Vlaams Belang. Le bureau politique de Valeurs libérales citoyennes abrite un ancien militant du Front de la jeunesse, une des principales organisations du patrimoine néofasciste belge. De plus, un de ses récents adhérents acharnés, le petit entrepreneur Jean-Claude Goblet, avait, juste avant son ralliement, fait un tour au sein du « canal historique » du Front national. Actuellement, il entretient des contacts suivis avec le chef d'un groupuscule identitaire ardennais pour sceller une alliance avec VLC en vue des élections régionales et législatives de mai 2019. La liste communale Philippeville demain est elle conduite par un frontiste belge décomplexé et le parti Chrétien, localisé uniquement à Binche, scande comme jadis le FN « Les Belges d'abord » pour bouter hors du territoire national les immigrés et les musulmans. Pour sa part, le parti La Droite a fait le ménage en excluant un de ses cadres qui affichait son admiration pour Marine Le Pen. Cette formation affirme tout de go qu'elle n'est pas d'extrême droite.

Avec des slogans populistes tournant autour de la règle des trois « i », l'intégration pour certains dans leurs rangs de transfuges d'extrême droite, force est de constater que les partis de la droite décomplexée s'adressent aussi - et surtout ? - à l'électorat d'extrême droite. Pendant que des partis traditionnels récupèrent, par la présence de nationalistes sur leurs listes, les votes d'électeurs partageant des valeurs non-démocratiques.


MANUEL ABRAMOWICZ
Journal RésistanceS.be





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samedi 13 octobre 2018

Des ex-frontistes belges se revendiquent toujours en octobre 2018 de Marine Le Pen



[RésistanceS.be – Jeudi 11 octobre 2018]



DOSSIER SPÉCIAL ÉLECTIONS 2018 (épisode 6/9) – Par décisions judiciaires, à la demande de sa patronne française, la « marque FN » est interdite d'utilisation en Belgique. Son nom de famille également. Pourtant, le mouvement Nation, constitué d'ex-frontistes, est derrière le groupe « Les Belges aiment Marine Le Pen ». Dans le but de récupérer les électeurs orphelins wallons et bruxellois du Front national – RÉVÉLATION SUR UNE USURPATION


Fin 2016, les derniers frontistes belges arrêtent le combat politique de leur parti, sous l'appellation du « Front national ». Cinq années auparavant, Marine Le Pen, la cadette des filles de Jean-Marie Le Pen, accède à la présidence du FN français. Elle hérite d'une formation électorale transformée, dès sa création en 1972, en petite entreprise familiale qui-ne-connaitra-pas-la-crise sur la scène politique et médiatique.

Membre d'une génération militante post-soixante-huitarde, la nouvelle patronne voit les choses bien différemment que son paternel, question stratégie, pour la prise du pouvoir. Pour y arriver, son objectif est d'ouvrir le FN aux leaders nationaux et régionaux de partis de droite qui partagent des visions identiques sur la sécurité, l'Europe, l'immigration, la défense impérative de l'identité française et de sa Nation millénaire. Pour aboutir au grand rassemblement national qu'elle projette, il faut d'abord dédiaboliser le parti que son père a rendu infréquentable par ses « détails » et autres points de vue bornés, sur l'occupation nazie de la France et la colonisation française de l'Algérie.

Bras levé et cas belge

En interne, des opérations de grands nettoyages sont lancées. Des membres de la vieille garde du parti lepéniste, restés de fidèles lieutenants de Jean-Marie, sont dirigés vers la trappe. Non loin des oubliettes de la forteresse frontiste. Les jeunes radicaux du FN qui s'expriment encore de façon visible – sur les réseaux sociaux notamment, avec des photos les montrant le bras droit se lever vers le ciel, à la manière hitlérienne – sont purgés. 

Informée de la situation de ses alliés à l'étranger, la big-boss du « nouveau » Front décide aussi de faire du tri sélectif, pour faire bonne figure auprès de la droite conservatrice et national-libérale qu'elle continue de séduire. Les rapports d'activités que Marine Le Pen reçoit sur le cas belge démontrent une réalité qui la rend folle : bénéficiant d'un potentiel électoral important, les frontistes du plat pays sont incapables de faire grossir les intérêts du business politique florissant que représente le sigle FN. Pour la raison qu'ils ne cessent pas de se diviser en clans rivaux. Celui avec lequel elle a signé une convention de collaboration transfrontière, le Front national belge dit « rénové », conduit par Charles Pire, un ex-notable local du Parti social-chrétien (l'ancêtre de l'actuel Centre humaniste démocrate, le CDH), ce qui fait bonne figure sur un CV politique, s'est pourtant adossé, sur le terrain, à Nation avec le projet de se présenter ensemble aux élections à venir. Or, ce mouvement d'extrême droite, version identitaire et national-solidariste, est le contact politique en Belgique des principaux opposants internes dans le « camp national » de Marine Le Pen. Une réalité des plus paradoxales.

La sanction est immédiate : la convention entre le FN français et ce FN belge est rompue en 2012. Marine Le Pen frappe encore plus fort en se lançant dans des actions judiciaires devant les tribunaux pour empêcher l'utilisation en Belgique de l'appellation et de l'emblème de son parti. Y compris même de son propre nom de famille qui, mis en avant dans la propagande électorale, rapporte des voix.



Une liquidation au profit du Vlaams Belang

Tour à tour, de 2012 à 2016, des frontistes belges passent devant des juges qui leur signifient, en brandissant de grosses menaces financières, l'arrêt de l'exploitation de la « marque FN ». Entamée en 1985, avec la création à Bruxelles du Front national belge, l'aventure frontiste cesse dans le pays qui a vu, dans les années trente, la montée vertigineuse - mais éphémère - du parti Rex de Léon Degrelle, un des modèles politico-stratégique de Jean-Marie Le Pen.

La liquidation du frontisme à la belge a également été orchestrée pour satisfaire le principal parti collaborateur du FN français chez nous et au Parlement européen, le Vlaams Belang. Née sous le nom de Vlaams Blok en 1978 à Anvers, cette formation nationaliste prône la fin de la Belgique et la création d'une Flandre indépendante, avec Bruxelles pour capitale. Pour y parvenir, la première étape est d'arriver en tête sur le podium des partis flamands aux élections régionales bruxelloises. Dès lors, il faut coûte que coûte éliminer toute concurrence. Le FN belge en est une. Pour le compte de ses amis flamands, Marine Le Pen va donc le trainer devant les pieds de Dame Justice. 

Exit donc le FN du paysage électoral à Bruxelles et en Wallonie. Pour assurer sa survie politique, son « canal historique » a fondé, en février 2017, un « nouveau » parti politique, AGIR (voir l'épisode 4 de notre dossier Elections 2018). Des anciens du FN « rénové » s'agitent encore dans la Nouvelle Wallonie alternative ou tentent de rester en vie politiquement derrière le Front wallon (comme cela est expliqué dans l'épisode 5).

Résultat : le nom « Front national » - et ses dérivés : FN-Belge, Front-Nat, Fédération des nationalistes wallons - FNW, LEPEN, FuN, Rassemblement Bleu Marine - RBM ... - n'apparaitra plus jamais sur les bulletins de vote, ni aux élections communales et provinciales du 14 octobre 2018, ni aux régionales et législatives du 26 mai 2019. Le coup judiciaire répressif ne semble néanmoins pas avoir été compris par tous les franco-fachos du pays. Un exemple, le nom « Marine Le Pen » continue à être mis en enseigne en Belgique pour attirer les voix de la clientèle électorale orpheline de feu le frontisme.



« I love Marine » en cadence accélérée

Sur Facebook, des fans belges de la cheffe du FN d'outre-Quiévrain s'expriment toujours. Il existe même un groupe dénommé « Les Belges aiment Marine Le Pen ». Dans la rubrique « 
À propos » de ce groupe, on lit : « Réveil patriotique en France : à quand en Belgique ? », précédé des coordonnées e-mail du mouvement Nation. Le 7 décembre 2015, un post de celui-ci proclamait : « Vous pensez que cette femme a raison ? Rejoignez-nous ! », suivi de l'adresse URL du site de Nation. Ce mouvement national-solidariste avait, en 2010, conclu un accord politique avec le Front national « rénové ». Deux membres de sa direction se retrouvèrent au sein de celle de ce FN bis. Des candidats solidaristes et identitaires de Nation devaient se retrouver en bonnes places sur les listes électorales de ce clan frontiste, avant que sa convention avec le parti de Marine Le Pen fut rompue.

Le mur du groupe numérique « Les Belges aiment Marine Le Pen » sert, toujours de nos jours, uniquement de promotion des produits de propagande du mouvement d'extrême droite Nation. En cette période de campagne électorale, l'animation de ce groupe est passée en cadence accélérée. Il permet aussi aux membres et sympathisants de Nation de s'exprimer en laissant des commentaires sans langue de bois. Florilège : « Oui Marine nous vous aimons » (Philippe O.), « Elle a plein de tord mais plein de bons sens aussi et surtout le courage de ses idées » (Pascaline N.), « J'adore marine domage quel n'est pas belge je voterais pour elle avec les 2 mains » (Josette J.), « Vive les frontières. Gouvernement européen de MERDE » (Alain J.) ...





Après le coup de balai, le karcher ? 

L'existence - toujours à la date de cet article - du groupe « Les Belges aiment Marine Le Pen » démontre que, question nettoyage, Marine le Pen n'est pas une femme de ménage efficace, comme le fut sa mère, le temps d'une séance photo dans le magazinePlayboy. Mise désormais au courant, elle chargera certainement, dans les jours qui viennent, un « domestique » judiciaire belge pour donner un nouveau bon coup de balai dans la ménagerie belge.

Comme en 1936, à la manière du chef du parti Rex, Léon Degrelle. Cette fois-ci, non pas contre les « politiciens corrompus » et les « banksters » (mot-valise inventé par ledit « Beau Léon »), mais contre ses derniers disciples du pays de la frite et de Tintin. Et si le balai ne suffit pas, devra-t-il utiliser à la manière sarkozyste un karcher ?


ALEXANDRE VICK

Journal RésistanceS.be













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