samedi 13 avril 2019

Malgré le « ménage », il y a encore des radicaux chez Destexhe

[RésistanceS.be – Samedi 13 avril 2019]


ARTICLE SOUMIS A REACTUALISATION



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vendredi 12 avril 2019

Premières défections et infiltration des Listes Destexhe



[RésistanceS.be – Vendredi 12 avril 2019]

COURT-CIRCUIT (VOLET 2) – Alain Destexhe veut proposer une alternative libérale au MR. En hiver dernier, des négociations discrètes se sont déroulées avec de petits partis membres de la « galaxie bleue » ou issus des rangs populistes. Certains se sont engagés avec lui. D'autres ont décliné son offre d'union électorale pour le scrutin du 26 mai prochain. C'est le cas du Parti libertarien. Pour sa part, après un premier ralliement, l'Alliance démocrate a quitté pour finir les Listes Destexhe. Confirmant une possible « infiltration » de ces dernières – MAUVAIS DÉPART.


En hiver dernier, entre les mois de décembre 2018 et janvier 2019, le toujours alors membre du MR Alain Destexhe entame, en toute discrétion, un tour de Bruxelles et de Wallonie, comme cela a été évoqué en détail dans le volet 1  de notre enquête sur ses « listes ». L'object de ce parcours du routard de la politique : sonder les micro-partis de droite, libéraux ou provenant de dissidences du Parti populaire (PP). Le parlementaire libéral - dans son opposition à la ligne idéologique et stratégique du Mouvement réformateur (MR) - entame des négociations ou des discussions, au coin d'une table, avec les responsables de La Droite, de l'Union des démocrates (UDD), de l'association Vox Populi Belgica (active de 2012 à 2016 et issue de l'Union pour le Progrès et la Liberté, UPL), de l'Alliance démocrate et du Parti libertarien. Les trois premiers ont été fondés par des anciens du PP, déçus des tendances autocratiques de son fondateur, l'avocat d'affaires carolo-bruxellois Mischaël Modrikamen.


PARTI LIBERTARIEN


Contrairement aux premières informations diffusées à propos du « parti » d'Alain Destexhe et ses premiers ralliements, le Parti libertarien ne l'a pas rejoint pour finir, comme les autres formations évoquées.

Mis en relation 
comme elles de manière discrète, durant l'hiver dernier, pour se lancer dans l'aventure de la création d'une nouvelle force alternative au MR, devenu « trop à gauche », le Parti libertarien a décliné cette offre d'« union de la droite » proposée par Destexhe. Le leader de ce parti, Pierre Yves Novalet, a contacté le 30 mars dernier la rédaction de « RésistanceS.be ». Confirmant les premiers pourparlers avec Destexhe, Novalet affirme que le Parti libertarien finira par « décliner sa proposition d'alliance pour des raisons d'incompatibilité de son "programme" avec le nôtre en matière d'immigration ». Ne souhaitant pas être assimilé ni à l'extrême droite ni aux Listes Destexhe, ce parti libéral libertaire sera présent désormais en Brabant wallon sous la bannière « Turquoise », « afin de porter un programme de défense des libertés civiles et économiques, fidèles à notre programme de toujours », précisera Pierre Yves Novalet.

Le Parti libertarien (P-Lib) est une petite formation politique belge qui a vu le jour à Namur en novembre 2012. Pi-Lib refuse d'être rangé à la droite de la droite. Son corpus idéologique provient des États-Unis. Il prône la domination des libertés individuelles sur les libertés collectives et se caractérise par son rejet total du rôle des autorités publiques dans la gestion de la société. C'est pour cette raison que le libertarisme est considéré comme ultra libéral. Rien d'étonnant : le P-Lib se revendique du « libéralisme radical en économie ». Après l'appel lancé par le parti La Droite en 2013 pour le regroupement des petites partis de droite, le P-Lib lui exprime clairement son refus. Tout en invitant le porte-parole de La Droite à se présenter aux élections de l'année suivante sur une de ses listes électorales. Le Parti libertarien contrairement aux autres micro-formations de droite n'axe pas ses thématiques politiques sur celles chères à l'ultra droite politique. Il se positionne même pour que soit garanti, dans un esprit de liberté absolue, « la dépénalisation des drogues, la liberté d’immigration et, bien sûr, (la) liberté religieuse inconditionnelle ». Des revendications diamétralement opposées de celles scandées par l'extrême droite et par Alain Destexhe.


ALLIANCE DÉMOCRATE

L'autre défection de taille qui s'est observée chez Destexhe est celle de l'Alliance démocrate. Au début du mois de mars, le désormais tout jeune ancien du MR pouvait pourtant être content de lui. Dans sa besace, il a réussi d'y mettre des « modérés » de la politique. C'est le cas par exemple de Vincent Granville. Elu conseiller provincial, il vient en droite ligne de DéFI. Après avoir claqué la porte du parti du libéral social Olivier Maingain (ex-compagnon de route de Louis Michel au MR), Granville lance un nouveau parti, totalement local, dans sa commune brabançonne de Braine-l'Alleud. Cette microscopique formation porte le nom d’Alliance démocrate. Son objectif est de carrément « regrouper toutes les personnes qui souhaitent que notre société retrouve sa Prospérité et qui sont attachées aux valeurs de Liberté et de Solidarité qui caractérisent si bien notre modèle Européen et Occidental », comme le proclame son site.

Au début du mois de mars, Vincent Granville annonce officiellement qu'il rejoint les Listes Destexhe et sera l'un de ses candidats dans le Brabant wallon. Les fiançailles seront cependant de très courte durée. Le 15 mars en effet, le chef de l'Alliance démocrate brainoise annonce qu'il se sépare de Destexhe. Dans un communiqué de rupture, il précise : « Même si je garde mon entier respect pour Alain Destexhe, une personne humaine et attentive aux autres bien éloignée de l’image perçue, j’ai eu la désagréable impression que la direction réelle du mouvement qu’il avait initié lui échappait. Et que l’orientation prise s’éloignait fortement de l’objectif initial auquel nous avions cru. ».


LES LISTES DESTEXHE INFILTRÉES ?


Le communiqué de rupture de 
Granville avec Destexhe laisse supposer que les listes de ce dernier ont été investies - pour ne pas dire infiltrées - par des individus aux motivations politiques contraire au libéralisme de centre-droit. Force est de constater, après enquête, que le passé frontiste et pro-lepéniste de candidats devait être connu de responsables locaux des Listes Destexhe, surtout de ceux de la région liégeoise. Pourtant, ils ne lui ont pas donné l'information.

Pour quelle raison donc ? Y constituer une tendance interne pouvant en prendre le contrôle ? Dans les marécages de la petite politique politicienne tout est possible. L'histoire récente de la lézardisation de la droite populiste le démontre à plus d'un titre. Nous y reviendrons en détail dans le volet 3 de notre enquête sur le par(t)i de Destexhe.


MANUEL ABRAMOWICZ

web-journal  RésistanceS.be
Observatoire belge de l'extrême droite



Pour lire le volet 1de notre enquête sur les « Listes Destexhe » CLIQUEZ ICI





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jeudi 11 avril 2019

Le racisme tue toujours, pour finir

[RésistanceS.be – Jeudi 11 avril 2019]


DE HIER À AUJOURD'HUI – Lors de la manifestation « Stop racisme », en mars dernier, une jeune bruxelloise à dit à la tribune : « le racisme tue, je le sais, mes parents ont été assassinés par un raciste ».Kenza Isnasni survivante d'un acte terroriste anti-maghrébins et anti-musulmans, commis en 2002 à Bruxelles, se bat pour que cette idéologie politique criminogène soit combattue comme il le faut – SE SOUVENIR POUR POURSUIVRE LE COMBAT.

Un cri de colère. Kenza Isnasni lors de son discours le 24 mars à Bruxelles © RésistanceS.be – M. Abramowicz 


Dans une vidéo qui a été vue plus d'un demi million de fois sur Internet, Kenza Isnasni rappelle aux naïfs que l'idéologie raciste est un délit, mais aussi un crime. Un mal de société ravageur qui pour finir tue toujours. Kenza Isnasni le sait fort bien : ses parents, en mai 2002, furent assassinés, au petit matin, dans la commune bruxelloise de Schaerbeek.

L'auteur de ce double meurtre : Hendrik Vyt, était âgé 80 ans. Il était leur voisin et connu comme un vieux fasciste qui revendiquait sans détour son adhésion aux slogans de Jean-Marie Le Pen. Vyt était membre à l'époque du Vlaams Blok. Ce parti d'extrême droite flamand qui - diffuse depuis sa création en 1978 la haine des immigrés et des Belges d'origine étrangère - changera d'appellation, deux ans plus tard, pour devenir le Vlaams Belang (VB). Ce changement de nom intervient à la suite de la condamnation de trois de ses associations internes le structurant. Le motif : leur idéologie raciste.


De Schaerbeek à Christchurch, le racisme tue


Tué par une balle dans le dos au moment de la prière du matin, Ahmed Isnasni, le papa de Kenza Isnasni, avait 47 ans. Sa maman, Habiba El Hajji, avait 48 ans. Ils ont été abattus de sang froid. Leurs meurtres ont été commis sous le regard de leurs quatre enfants : Abdelmounaïm alors âgé de 17 ans, Yassine, 10 ans, Walid, 6 ans et Kenza. Les trois frères de la dernière ont été blessés par le tueur raciste d'extrême droite dans son raid criminel haineux. 

Ce massacre a été commis après un long moment de dérive et de harcèlement raciste de ce voisin sur une paisible famille belgo-marocaine de Schaerbeek. Un comportement inquiétant qu'elle avait signalé aux autorités compétentes. Pour qui, il n'y avait rien de particulier à relever, apparement. Pourtant, le vieux voisin était connu de la justice depuis plusieurs années pour des faits de coups et blessures. Àqui voulait l'entendre, Hendrik Vyt affirmait qu'il bénéficiait de protection au sein de la police. Il se revendiquait comme étant être un ami de l'ex-chef de la police schaerbeekoise, Johan Demol, qui était passé en 1999 dans les rangs du Vlaams Blok pour en devenir sa tête de gondole électorale dans la Région de Bruxelles-capitale pour séduire les francophones tentés par les sirènes de l'extrême droite.

A la tribune, à l'arrivée de la manifestation annuelle « Stop racisme », le dimanche 24 mars dernier, sur la place du Jeu de balle dans les Marolles, le vieux quartier populaire de Bruxelles ville, Kenza Isnasni a tenu un discours empreint d'émotion pour rappeler la mort de ses parents. Son propos était aussi un vibrant cri de colère contre le racisme ambiant qui frappe chaque jour d'honnêtes citoyens. Sur un ton combatif, elle n'a rien laissé passer. Kenza Isnasni a été droit au but, après une analyse claire et précise d'une idéologie politique qui se termine par des assassinats, comme venait encore de le prouver, quelques jours auparavant, l'attaque terroriste commise à Christchurch. Le vendredi 15 mars 2019, deux mosquées de cette petite ville de Nouvelle-Zélande furent la cible d'un extrémiste de droite anti-musulmans des plus déterminés et surarmés,Brenton Tarrant, un Australienâgé de 28 ans. Cette tuerie terroriste a couté la vie à cinquante hommes, femmes, de tout âge, et à de très jeunes enfants. La plus jeune victime n'avait que trois ans. Le tueur raciste avait lui aussi été influencé politiquement, après un voyage en France, notamment par la thèse conspirationniste du « Grand Remplacement » diffusée en partie par Marine Le Pen. Une influence identique à celle qu'avait exercé le père de l'actuelle présidente du Rassemblement national français, le nouveau nom depuis 2008 du Front national, sur Hendrik Vyt. Contrairement à Brenton Tarrant, le raciste belge ne sera jamais jugé pour ses crimes. Après les meurtres de Ahmed Isnasni et de Habiba El Hajji, ainsi que les coups de feu portés sur leurs enfants, le sympathisant du Vlaams Blok incendia leurs appartements et y mourra brûlé vif. Comme un djihadiste, il se fit martyr ici de la cause nationaliste européenne.


Pour une rue « Ahmed et Habiba »

« Le racisme tue, je le sais » a scandé à la tribune antiraciste Kenza Isnasni. Pour finir son discours de combat, elle demandera aux manifestants de citer, tous ensemble, les prénoms de ses parents assassinés pour se souvenir que le racisme tue toujours, pour finir. A plusieurs reprises, avec force, « Ahmed », « Habiba » se firent entendre par des voix solidaires et déterminées sur la place publique des Marolles.

Afin que la mémoire de ce couple de bruxellois assassiné par un nervis d'extrême droite soit honorée et que la dénonciation du racisme assassin soit reconnu, Kenza Isnasni, avec le soutien de plusieurs collectifs militants, demande officiellement aux autorités communales de Schaerbeek que la rue où le double meurtre de ses parents fut commis porte leurs prénoms.


Comme celui d'autres maghrébins, ce fut le cas par exemple du travailleur Ben Hamou en 1980 à Laeken (assassiné par des activistes du Front de la jeunesse), d'autres personnes issues de l'immigration, de juifs à Anvers et à Bruxelles dans des attentats terroristes, de femmes ou d'homosexuels, les meurtres de Ahmed Isnasni et de Habiba El Hajji sont des crimes au motif de l'origine de leurs victimes. Le double assassinat commis à Schaerbeek en mai 2002 était un acte terroriste anti-maghrébins et anti-musulmans commis par un « loup solitaire » radicalisé. Dont le passage à l'acte meurtrier ne put se faire qu'après le passage en boucle de discours politiques de haine. En 2019, cette vulgate nauséabonde continue à se diffuser abondamment sur des affiches politiques, dans des tracts électoraux, à la télévision et sur internet. La lutte continue.


MANUEL ABRAMOWICZ
web-journal Résistance
S.be
Observatoire belge de l'extrême droite



[Toutes les informations judiciaires sur le criminel belge raciste Hendrik Vyt et son appartenance politique à l'extrême droite proviennent de l'article « Meurtre raciste à Schaerbeek. Cinq enfants orphelins », d'Emmanuelle Praet, publié dans le quotidien « La Dernière Heure » du 8 mai 2002. En ligne : www.dhnet.be/actu/faits/meurtre-raciste-a-schaerbeek-cinq-enfants-orphelins-51b7d3d8e4b0de6db99086f9].


TOUS ENSEMBLE NOUS
STOPPERONS LE RACISME
Dimanche 24 mars à Bruxelles dans le cortège de RésistanceS à la manifestation annuelle « Stop racisme », Silvio Marra de l'association populaire Quartier sans racisme (QSR) et Mehdi Kassou de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés Bruxelles.
© Photo RésistanceS.be – M. Abramowicz 



DÉBAT & HOMMAGE


Un hommage à Ahmed Isnasni, Habiba El Hajjiaux et aux autres victimes assassinées en Belgique par l'idéologie raciste, au cours de ces dernières années, sera rendu lors du « Samedi de résistance(s) » qui aura lieu le samedi 25 mai prochain au Théâtre de Poche, après le débat-réflexion « Bilan critique de trente années de lutte contre l'extrême droite » où prendront la parole Anne Morelli, historienne spécialiste des mécanismes politiques du racisme (ULB) et ancienne vice-présidente du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX), Esther Kouablan, directrice actuelle du MRAX, Silvio Marra, ancien syndicaliste aux Forges de Clabecq et cofondateur de l'association populaire Quartier sans racisme (QSR), et Julien Dohet, historien spécialiste de l'extrême droite et membre du Front antifasciste 2.0 (Liège).

Plus d'infos bientôt ici



PLUS D'INFOS SUR LE TERRORISME D'EXTRÊME DROITE ?Via ce lien vous pourrez consulter le dossier complet du web-journal RésistanceS.be sur ce thème :


  • TERRORISME IDENTITAIRE   >
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  • L'auteur de la fusillade de Munich était bel et bien d'extrême droite



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vendredi 29 mars 2019

Les Listes Destexhe recyclent-elles des frontistes et autres lepénistes ?



[RésistanceS.be – Vendredi 29 mars 2019 – Modif. Dim. 31 mars 2019]

INFOS EXCLUSIVES 
(VOLET 1)  – Le dissident libéral Alain Destexhe a l'ambition de fonder un nouveau parti politique, officiellement de « centre-droit ». Le député et sénateur sortant - désormais ex-MR - se présente comme l'héritier de Jean Gol, l'unificateur du libéralisme francophone. Pour les élections du 26 mai prochain, il a lancé des « Listes Destexhe ». L'extrême droite est officiellement blacklistée. Pourtant, selon un screening effectué par le web-journal RésistanceS.be, des anciens du Front national belge et un dirigeant lepéniste du Parti populaire se retrouvent dans l'ombre d'Alain Destexhe. Le député régional et sénateur MR sortant serait-il devenu le nouveau Roger Nols, autre libéral qui passa jadis à l'ultra droite ? –  PREMIER VOLET DE NOTRE ENQUÊTE.


Alain Destexhe est un homme politique actif pour le compte
des libéraux depuis 1995. Aujourd'hui, il agira seul © Photo Tractothèque. 


Le 27 février dernier, le bruxellois Alain Destexhe franchit, enfin, le Rubicon. Après une énième menace de sécession, le parlementaire quitte le MR, le parti libéral francophone. L'élu s'était spécialisé dans les effets d'annonce en matière de clash, via des éléments de langage et autres punchlines envoyés comme des uppercutsen direction de ses collègues libéraux louchant, selon lui, vers le « centre-gauche » de l'échiquier idéologique. « Je t'aime moi non plus » aurait pu alors être son hymne, sans pour autant ranger le rebelle Gainsbourg dans le stock du juke-box musical libéral, made in Destexhe.

Alain Destexhe ? Un authentique produit de la maison bleue. Le Parti réformateur libéral (PRL), qui fondera ensuite le Mouvement réformateur (MR) avec les chrétiens libéraux du Mouvement des citoyens pour le changement (MCC) et le FDF, l'avait recueilli sous son épaule, il y a plus de vingt ans déjà, après une petite carrière chez Médecins sans frontières.

Au MR, Destexhe s'est toujours rendu incontrôlable par ses sorties médiatiques souvent à la limite du raisonnable. Le langage vrai est son leitmotiv dans le but de s'opposer au langage « politiquement correct » et à la « pensée unique » imposés, dans sa vision du monde idéologique, par la « gauche marxiste ». Le politicien n'y vas pas par Quatre Chemins pour s'attaquer aux maux de notre société que représentent, pour lui, les syndicats, les immigrés, le terrorisme, les « islamo-gauchistes », le pouvoir du PS en Wallonie... Qu'il met quasi tous dans le même sac.



ACTION DIRECTE 


Ami personnel et compagnon de route idéologique, depuis bien longtemps déjà, d'Eric Zemmour, le pamphlétaire identitaire français ultra médiatisé, Alain Destexhe est un adepte d'une forme de communication politique qui séduit l'électorat réactionnaire, rétrograde et conservateur du Mouvement réformateur. Ce qui évitera de le voir filer à l'extrême droite, « faute de mieux » pour reprendre la formule consacrée. Pour cela, il a toujours été soutenu par une quasi majorité de l'état-major libéral. Qui parfois fâché sur lui, lui excuse tout ensuite. Toutes ses dérives et polémiques, y compris xénophobes ne pouvant que séduire les racistes, lui ont été ainsi pardonnées. Parce que la voix Destexhe rapporte des voix venant de la droite de la droite. Fidèle à l'enseignement du stratège italien Machiavel, au MR - comme ailleurs – tous les moyens sont bons pour arriver au pouvoir. Et pour ensuite, le garder.


Alain Destexhe s'occupe depuis un certain temps de la promotion en Belgique de l'écrivain identitaire français Eric Zemmour. Document : RIDAF.
Alain Destexhe, dont l'acronyme, « AD », pourrait signifier, vu son agitation permanente, « Action Directe », est un politicien devenu « politicard » pour beaucoup. AD a été singularisé par ses ambitions arrogantes : devenir le leader des bleus bruxellois. Un plan de carrière s'arc-boutant sur un corpus doctrinal pur et dur, au niveau de la conception qu'il a du libéralisme : conservateur, bien ancré à droite, nationaliste belge, européïste, libre échangiste, au service indéfectiblement du monde de l'entreprise et des industries lourdes... Bien éloigné du « libéralisme social » imposé, exploité et cultivé par Louis Michel et son mentor politique, le montois Richard Miller, deux horribles « gauchistes », selon la grille de lecture idéologique destexheïnne.

Au début du mois de janvier, dans un entretien accordé au quotidien La Dernière Heure, Alain Destexhe « appelle à une droitisation du MR ». « Je souhaite que mon parti évolue vers un message plus proche de la N-VA sur les questions de l'intégration, de l'immigration non-maitrisée, du communautarisme et de la lutte contre l'islamisme », dira-t-il encore à la DH. Parce que « ce sont les premiers enjeux pour l'ensemble du pays ». Roger Nols, l'ex-bourgmestre de Schaerbeek, disait déjà cela, il y a plus de trente ans. Ce transfuge du FDF et candidat PRL aux élections législatives de 1991 finira dans les rangs du Front nouveau de Belgique, un parti s'affirmant également de la droite libérale, mais issu d'une scission du Front national, qui regroupaient pas mal d'anciens mandataires du parti libéral.



Affiche électorale d'un autre candidat libéral...
© Photo et archives : RIDAF 


Quand on écoute Destexhe, on a l'impression de lire la presse conservatrice et d'ultra droite d'outre-Quiévrain : Le Figaro, mais aussi Valeurs actuelles,Éléments pour la Civilisation européenne, Causeur, L'Incorrect ... Où de redescendre dans le passé de l'histoire politique belge, période 1970-1980, en particulier dans les colonnes du Nouvel Europe magazine, un mensuel d'extrême droite travaillant à l'émergence d'un parti d'union de toutes les droites : catholique, libérale, nationaliste belge, poujadiste, fasciste... qui soutenait à 100 % Roger Nols.

Las de ne pas devenir le calife à la place du calife - son ambition pour 2019 était de conduire la liste libérale au régionales bruxelloises -, Alain Destexhe a lâché les amarres pour voguer en solitaire sur les eaux tumultueuses de la politique. Depuis le 27 février, il agira seul. Avec sa pensée unique. Mais entouré de
groupies qui attendaient un « homme providentiel » pour recréer un « vrai parti de droite ». 

Connu pour ses capacités de recyclage, sous sa bannière, de petites vedettes de la politique, de la société civile ou du journalisme 
mainstream ont directement rallié sa cause. Fort déjà de plus de 1.500 membres, selon une interview accordée par Alain Destexhe au quotidien La Capitale le 18 mars dernier, dix jours plus tard, plus de 3.000 personnes avaient déjà pris contacts pour soutenir son initiative.






PREMIÈRES CONSULTATIONS

C'est la signature en décembre dernier du Pacte de Marrakech de l'Organisation des Nations unies (Onu) sur l'organisation de la migration, par Charles Michel (MR), comme premier ministre du gouvernement fédéral, qui sera l'acte de trop pour Destexhe. Suivant comme un petit chien, le départ des ministres de la N-VA. En stoemelings, comme on dit en bruxellois, l'homme de droite prend la décision de rompre définitivement avec ce libéralisme qu'il considère comme dérivant vers la gauche. AD va tâter le terrain en coulisses pour mesurer la faisabilité de se lancer seul aux élections fédérales et régionales du 26 mai 2019. Et de gagner des élus sous son égide. Avec une bande de potes, partageant la même vision politique, il lance des ballons d'essai en direction des uns et des autres qu'il croise sur son passage.

Lors d'une conférence qu'Alain Destexhe donne, il y a trois mois, chez ses nouveaux amis de la « Nouvelle Droite » réunis au Cercle Pol Vandromme (voir sur ce lieu de rencontre entre la droite ultra et l'extrême droite historique, l'article du web-journal RésistanceS.be « 
Le Cercle Pol Vandromme au coeur des réseaux de la droite dure »), il est mis en contact avec Aldo-Michel Mungo, un encore plus ancien que lui du parti libéral, qui cofonda en 2009 le Parti populaire (PP), puis fit scission pour fonder le parti La Droite. Au coin d'une table dans le salon mondain de l'hôtel chic bruxellois où les vandrommistes se réunissent quasi chaque mois,Mungoet Destexhe mettent en place un scénario précis pour le scrutin régional bruxellois : la petite formation du premier, malgré le recueil déjà effectué des signatures nécessaires, ne déposera de liste afin de favoriser le second. L'accord sera confirmé le lendemain dans un e-mail (que nous avons pu consulter).



Toujours dans le cadre des activités du Cercle Pol Vandromme, le bouillant parlementaire libéral a des contacts avec d'autres droitistes déçus du libéralisme sous la conduite du « clan michelien ».
Plusieurs minuscules formations, toutes locales ou groupusculaires à la droite de la droite, issues du MR, du PP ou appartenant à la mouvance libérale, sont alors consultées en toute discrétion. Alain Destexhe et ses premiers émissaires entre en relation avec l'Alliance démocrate agissant à Braine-l'Alleud autour d'un ancien conseiller provincial du parti DéFI, avec le Parti libertarien, avec l'ex-Vox Populi Belgica (VPB), issu en 2012 de l'Union pour le Progrès et la Liberté (UPL) qu'ont mis en place des dissidents du Parti populaire, et avec l'Union des démocrates (UDD), également fondée par un ancien du PP.

Après ses consultations discrètes en Wallonie et à Bruxelles chez les francophones libéraux bien à droite, il pense que le tour joué l'a été en sa faveur. Mais le plus gros reste à faire. Alain Destexhe doit résoudre un problème de taille : trouver une solution pour la Région bruxelloise où se sont bien implantés, depuis leur accessibilité au gouvernement fédéral, les nationalistes flamands de la N-VA.


NÉGOCIATION AVEC LA N-VA

Pour préparer son départ du Mouvement réformateur, les contacts confidentiels vont se poursuivre en décembre et en janvier, malgré l'échec de ses alliances proposées avec les opposants libéraux du libéralisme officielle. Des contacts se poursuivent vaille que vaille, y compris avec un parti dont l'objectif est au final la fin de la Belgique.

Toujours dans l'ombre, des négociations sont donc enclenchées avec plusieurs dirigeants de la Nieuw-Vlaamse Alliantie. Se revendiquant comme un « N-VA francophone sans le confédéralisme », Alain Destexhe souhaite établir une stratégie commune avec le parti nationaliste flamand pour la Région de Bruxelles-capitale. Selon lui, il faudrait tout faire pour éviter de se marcher sur les pieds en entrant en concurrence électorale, lors du scrutin du 26 mai. Destexhe envisage même de faire cause commune avec la N-VA, selon certains témoignages, en ne présentant pas de listes aux régionales et aux fédérales pour laisser le champ libre à ses amis politiques flamands. En échange, l'ex-MR figurera en très bonne place sur la liste bruxelloise pour le Parlement fédéral. L'estimant « trop gourmand », l'Alliance nouvelle flamande mettra fin aux pourparlers avec le leader libéral francophone.



AU MILLIMÈTRE PRÈS

Sans accord avec les néerlandophones de la N-VA, le bruxellois Destexhe, d'origine liégeoise, décide tout de même au final de quitter le MR. L
e plan de communication prévu pour annoncer son départ du MR, le ralliement d'autres bleus à sa cause et de diverses personnalités de la société civile déjà conquis depuis belle lurette par ses saillies médiatiques contre la gauche, le libéralisme social, les syndicats, les immigrés, les belges d'origine étrangère, les journalistes « tous de gauche » ... est mis au point au millimètre près.

Enfin prêt pour sa sortie, Alain Destexhe s'adresse à la presse et bénéficie dès le 27 février d'une couverture optimale. La rupture est claire et nette avec son parti d'origine. Dont les dirigeants sont du coup groggy.



UNE UNION DES DÉMOCRATES, VRAIMENT VRAIMENT ?



Pour présenter une honorable face, il met en avant, au cours de la conférence de presse annonçant la présentation des « Listes Destexhe », trois personnes quasi bien sur tout rapport : Laurence Genot, Benoît Legros et André-Pierre Puget. Les deux premiers arrivent en droite ligne, même si leur passage fut éphémère contrairement à leur nouveau chef, du Mouvement réformateur. Le troisième est un député wallon aux allures de cadre dynamique d'une petite entreprise quelconque. Politiquement, pas de soucis, il vient de l'Union des démocrates, un micro-parti déjà évoqué plus haut. Destexhe, jour après jour, sera rejoint par d'autres individus qui représentent pour lui le pays réel, celui du bon sens.

Pour constituer un éventail très large, Alain Destexhe aimante de futurs potentiels candidats dont la singularité lui permettra d'étoffer son électorat au delà des forces vives du libéralisme ambiant. Pro-sioniste ultra, il est rallié par Betty Dan, l'ex-patronne de radio Judaïca et de son Cercle Ben Gourion, sis à Ixelles, et connus à l'époque par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (aujourd'hui le centre interfédéral Unia) suite à des dérives 
bordelinesen matière de xénophobie anti-arabes. Obsédé par le terrorisme, qui tue pourtant beaucoup moins que le réchauffement climatique, il s'adjoint les services de Claude Moniquet qui sera sa tête de liste aux régionales à Bruxelles. Ancien journaliste et ex-agent des services de renseignements extérieurs français, la DGSE, le Moniquet en question est devenu spécialiste du contre-terrorisme pour le compte d'entreprises privées, de RTL-TVi ou encore du Palais royal marocain. Dans les jours qui suivront, le politicien ultra libéral annoncera encore de nouvelles adhésions, dont des élus de DéFI. Lui permettant de se présenter comme une droite large et du centre.

Effectivement, les partisans des Listes Destexhes se caractérisent comme appartenant à une droite libérale bien droitiste mais très plurielle. La droite destexheïste à la taille XXL.




Alain Destexhe, un dirigeant libéral qui fut toujours
opposé à la gauche socialiste et à l'immigration abusive...
© Photo : Tractothèque 

Pas étonnant dès lors d'observer qu'AD reçoit également l'appui médiatique du site conservateur national-belge « Infobelge » qu'anime un condisciple politique de Destexhe, le philosophe identitaire Drieu Godefredi. Chaque semaine, le journal d'ultra droite PAN republie comme un second édito, en page deux, un article d'« Infobelge ». Et depuis un certain temps déjà, le philosophe conservateur libéral produit des vidéos de propagande, diffusées sur Facebook, en compagnie du sénateur Destexhe. Sur des thèmes d'actualité traités à la sauce zemmouro-mariniste. Une sauce qui arrache. Cependant, Drieu n'ira pas chez Alain, sur la base de grosses divergences concernant la question européenne et la crise climatique. Godefredi est fondamentalement sceptique à leur sujet, quand Destexhe reste un partisan convaincu d'une unité européenne et d'une nécessité de répondre aux questions climatiques.



Exit les « chapelles d'extrême droite » ?



Officiellement, tous les droitistes ne sont pas les bienvenus sur les listes d'AD. Les personnes ayant milité ou ayant été candidats à la droite de la droite et à l'extrême droite sont persona non grata. Le 6 mars, leur « Secrétaire Général » transmet en interne une directive intitulée « chapelles d'extrême droite / casting candidats ».

Le journal RésistanceS.be a pu prendre connaissance de l'e-mail reprenant cette missive. Dès ses premières lignes, la directive du nouveau parti en devenir précise que « tout candidat ayant un lien passé ou présent avec les ''chapelles'' suivantes est à blacklister : NWA, Nation, Agir, Wallonie d’abord, Front National, Front Nouveau de Belgique, LEPEN, Faire place Nette, Force Nationale, Nouvelle Alliance Francophone, Agir Ensemble, Front Wallon, Parti des pensionnés, REF, Front d’Union Wallonne, Identitaires Ardennais, Alliance Nationale Wallonne, Bloc National, Parti Wallon, Droite Nationale (et) Démocratie Nationale ». Le secrétaire général des Listes Destexhe termine sa directive ainsi : « Merci de faire preuve de la plus grande RIGUEUR et PRUDENCE à ce sujet ».


Le 13 mars suivant, la direction des Listes Destexhe émet un « code de bonne conduite » qui va encore plus loin parfois de celui d'autres partis en matière de pratiques politiques, des mandats, des fonds publics ou d'avantages quelconques qu'un mandataire pourrait bénéficier après son élection. Ces candidats doivent s’engager à respecter à la lettre la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la loi antiraciste et la loi antinégationniste.

Adhérer aux listes Destexhe se fait de manière scrupuleuse sous le contrôle de son secrétaire général. 
Le numéro deux du nouveau parti, officiellement de centre-droit libéral, n'est pas n'importe qui. Derrière le titre ronflant de son titre se cache un pro de la communication politique. Il s'agit de Baudouin Peeters, l'ancien rédacteur en chef de l'ex-Tribune de Bruxelles, alors édité par le groupe de presse qui publie le quotidien La Libre Belgique. A l'époque, Peeters est lié à l'hebdomadaire satirique poujadistePère Ubu, puis deviendra le « RP » en Belgique du pamphlétaire identitaire français Eric Zemmour. En février, il fonde une asbl du nom d'« Oxygène », avec le conseiller communal MR de Woluwe-Saint-Pierre Aymeri de Lamotte et Alain Destexhe. Destexhe-Zemmour-Peeters, la boucle est bouclée.

Dans sa 
blacklist transmise le 6 mars aux premiers cadres des Listes Destexhe figurent donc – certes, avec quelques erreurs d'appellation - l'ensemble des « chapelles d'extrême droite ». Si Peeters avait voulu une liste exhaustive, il aurait dû y rajouter le Vlaams Belang qui dans la Région bruxelloise est quasi exclusivement constitué de fascistes francophones, dont beaucoup militèrent au Front national. Mais également les membres du Cercle Pol Vandromme qui fricotent sans retenue avec des figures de proue de l'extrême droite traditionnelle.

Quant au Parti populaire et à ses deux principales dissidences, La Droite et Valeurs citoyennes libérales, ils ne figurent pas dans la « liste noire » établie par le secrétaire général du parti en devenir. C'est normal, ces micros-partis nationaux-libéraux font partie de la même famille politique que celle de Destexhe et de sa bande. Avec une exclusive : une alliance électorale avec eux n'est pas au programme, seul le recrutement de ses cadres est prévu dans le plan de siphonnage de l'essence de la droite musclée.

Dans le
« code de bonne conduite » du 13 mars, les candidats et les futurs mandataires souhaités doivent s'engager à respecter les législatures contraires aux programmes d'origine des formations d'extrême droite. Nullement, il est mentionné qu'ils ont le devoir de déclarer leur appartenance politique passé.

Résumons : Alain Destexhe s'affirme, sérieusement, comme étant un libéral de centre-droit. Il rejette les vocables de « 
libéralisme conservateur », de « droite décomplexée » et d'« ultra droite ». Se positionnant en pouls position de la droite démocratique, AD se revendique autant de Nicolas Sarkozy que de feu Jean Gol. Il a établi un « cordon sanitaire » pour interdire l'accès de ses listes à des extrémistes de droite ou à des populistes ayant des sympathies affichées pour le lepénisme. C'est bien. Écrit noir sur blanc sur le papier.



DES EX-LEP
ÉNISTE CHEZ DESTEXHE

Dans les faits, la réalité est toute autre. Après avoir mené une enquête journalistique fouillée
dans la galaxie destexheïste, récolté des informations à droite et à droite, que peut constater le web-journal RésistanceS.be ? Si les ralliements venant du MR sont réels, des anciens de chapelles de l'extrême droite ou de la droite musclée belge francophone sont également passés avec armes, bagages et sans encombres chez l'ancien député et sénateur libéral.

L'un des piliers des LD (Listes Destexhe) est comme déjà évoqué plus haut, André-Pierre Puget. Son ancien parti d’appartenance est l'Union des démocrates (UDD). Quel beau nom, juste un peu ronflant. Sous le radar de notre vigilance, l'homme en question se révèle tout de même comme étant issu de l'ultra droite. II fut élu en 2014 pour le compte du Parti populaire (PP), la micro-formation poujadiste et populiste de l'avocat d'affaires bruxellois Mischaël Modrikamen, dont l'un des modèles européens est carrément Marine Le Pen. Juste avant son adhésion au projet d'AD, André-Pierre Puget avait fondé cette UDD, une structure acceptable visant à remplacer, après une enquête de RésistanceS.be sur lui, son Mouvement Jexiste, dont la connotation historico-idéologique était trop similaire, comme par hasard, avec le Mouvement Rexiste de Degrelle. Nulle personne faisant de la politique en Wallonie ne peut ignorer l'existence de ce dernier.

Mais Puget n'est pas seul. Il y a bien pire que lui. Nous trouvons dans le Hainaut, une certaine Isabelle Roosens. Elle provient du parti La Droite (Puget y fut aussi, certes pour un cours instant). Pas de soucis jusque-là pour les cadres de la formation d'AD. Mais avant, la même dame avait fait ses classes politiques au Front national de Daniel Féret. En 2006, elle est élue conseillère communale pour ce parti d'extrême droite à Quaregnon. Cette Roosens
a aussi été l'une des attachées parlementaires du député régional frontiste Jean-Pierre Borbouse, un ancien activiste de l'extrême droite « nationaliste-révolutionnaire » aujourd'hui passé au Mouvement Nation. N'ayant pas le niveau intellectuel requis, elle pourrait ne pas figurer pour finir sur une des Listes Destexhe. A la mi-mars, Isabelle Roosens était cependant bien présente à une réunion d'organisation qui s'est tenue dans une grande brasserie de la capitale du pays noir.

Autre frontiste lepéniste passé chez AD (il a été présent lors de plusieurs réunions dans la région de Liège, comme lundi dernier), un dénommé Daniel  Simon d'Esneux. Il est présenté comme un transfuge du PP de Modrikamen. Tête de liste pépéïste aux communales en octobre 2018, il était même adhérant voici plus de vingt du parti libéral et partisan acharné de son ancien dirigeant, le liégeois Jean Gol. Après la prise du pouvoir au MR par le « centre-gauche conduit par les Michel », Daniel Simon quitte ses rangs pour adhérer au national-libéralisme.

A défaut de ce grand rassemblement de droite qu'il souhaite voir émerger, il adhère au Front national, toujours sous la houlette de son « président-à-vie », le docteur Daniel Féret. En 2003, Daniel Simon est propulsé à la deuxième place de la liste sénatoriale frontiste déposée pour les élections législatives. Juste derrière l'avocat du parti, Michel Delacroix, bien connu des réseaux confidentiels s'agitant, depuis les années septante, derrière les paravents officiels de la « droite nationale » (Forces nouvelles, Front national, Front nouveau de Belgique...). Six ans plus tard, le même Simon est la tête de liste dans sa commune de Force Nationale (FNationale). Avec quelques autres de cet énième FN bis, il fonde une Union pour un mouvement populaire (UMP) qui se revendique être le pendant belge du parti de Nicolas Sarkozy. Rien de moins. Constitué de bric et de broc, l'UMP-Belgique rejoindra - pour disparaitre – le Mouvement Nation, carrément issu du national-solidarisme. Contacté par téléphone, Daniel Simon a confirmé au web-journal RésistanceS.be sa période passé à l'extrême droite.





LEADER DE LA TENDANCE LEPÉNISTE DU PP


Dans un document interne que nous avons pu consulter, le premier responsable des Listes Destexhe dans le Hainaut se nomme Jérôme Munier. Pas de soucis pour la « police interne » du parti d'Alain Destexhe en charge d'empêcher une infiltration d'extrême droite. Il s'agit même d'un gros poisson puisqu'il vient en droite ligne de la direction du Parti populaire (PP). Vraiment, pas un problème ? Le Munier en question était pourtant le contact direct au PP du Front national français, rebaptisé depuis en Rassemblement national. Le 18 janvier 2017, alors responsable des Jeunes populaires, Jérôme Munier, participe ainsi à un forum à Paris organisé par le Front national de la jeunesse (FNJ), alors banche des jeunes du FN. C'est encore Jérôme Munier qui avait recruté au PP Emanuele Licari. Membre de la direction du FN belge durant de longues années, ce baron bruxellois belgo-italien avait participé à la création du CBSJMLP, soit le Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen à la Présidentielle de 2007. Dans le carnet d'adresses politiques de Jérôme Munier se trouvent encore bien d'autres contacts d'extrême droite. 


En été 2017, le même homme de l'ombre participe à une conspiration visant à dégommer l'avocat d'affaires Modrikamen et son épouse de leur siège présidentiel du PP. Objectif : la création d'un nouveau parti en vue d'une « union des droites », devant englober les populaires, les populistes, les identitaires wallons et bruxellois, et les autres nationalistes belges aux tendances lepénistes affirmées. Orchestrée dans la pénombre avec l'avocat de Marine Le Pen en Belgique et ancien responsable du FN belge, Maitre Ghislain Dubois, l'opération avorta cependant quand le plan des conjurés fut dévoilé. Dubois retourna à ses dossiers judiciaires et Jérôme Munier fut blacklisté au PP. Son rêve de mettre sur pied, pour en devenir le directeur, un centre d'études au service du Parti populaire, s'évapora en quatrième vitesse. Mis au placard par la « terrifiante »Yasmine Dehaene-Modrikamen, épouse et vice-présidente de la formation de Mischaël Modrikamen, Jérôme Munier n'avait plus aucun avenir au sein du parti populiste.

Alain Destexhe donne désormais le cafard à ses
anciens compagnons politiques du
Mouvement libéral réformateur
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FOLIE MÉGALOMANIAQUE

Alain Destexhe et ses transfuges jurent leurs grands dieux qu'ils s'intègrent dans un courant libéral totalement acceptable, démocratique et de centre-droit. Le secrétaire général des Listes Destexhe, a affirmé au journal RésistanceS.be, à plusieurs reprises au téléphone, que les activistes d'extrême droite sont chez eux « 
no way ».

Notre enquête journalistique révèle le contraire. Certes, les ex-frontistes et autres lepénistes, dont le CV idéologique le prouve, sont en minorité dans le mouvement politique conduit par l'ex-sénateur Destexhe. Mais combien d'autres partagent de mêmes idées ? D'ailleurs, indirectement, Alain Destexhe lui-même a affirmé soutenir un programme sur l'immigration s'influençant de celui du Vlaams Belang.

En effet, dans les colonnes des journaux de Sud Presse, le 18 mars dernier, il a dit : « Sur l'immigration, je soutiens la politique de [Theo]Francken ». Or, l'ex-secrétaire d'Etat à l'asile et à la migration N-VA du gouvernement fédéral de Charles Michel (MR), de 2014 jusqu'à sa démission en décembre 2018, avait personnellement reconnu puiser en la matière dans le programme du parti d'extrême droite flamand. Une revendication faite lors d'un débat commun, en novembre dernier, avec Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang, organisé par un cercle de débat d'extrême droite dont l'un des dirigeants - jusque dans les années 2000 – était ... Jan Jambon, leader avec Francken de l'aile radicale de la Nieuwe-Vlaamse Allientie. Une alliance flamande dont veut être le pendant francophone Alain Destexhe. Vraiment.

Autre source indirecte d'extrême droite : Destexhe se réclame aussi « du Sarkozy de 2007 » sans plus de précision, lors de son interview avec Sud Presse. A nous de rappeler alors que le Sarkozy de cette époque avait pour conseiller idéologique Patrick Buisson. Un pur produit de l'extrême droite radicale lorsqu'il s'était chargé de la communication de Jean-Marie Le Pen en personne. C'est Buisson qui organisa pour le compte de Nicolas Sarkozy le siphonnage des voix lepénistes utiles à son élection à l'Elysée. Et pour séduire des frontistes, il faut leur parler la langue frontiste. Idem pour Theo Francken dont la mission aux élections fédérales de 2014, selon le quotidienL'Echo, était identique pour les suffrages des électeurs du Vlaams Belang. Francken, la référence flamande de Destexhe sur l'immigration, pour mémoire.

Comme vous l'aurez compris, si Alain Destexhe dénonce à 
tue-têtele vieux monde politique, sa langue de bois et ses tabous, en fondant son propre parti, il reproduit les mêmes tares. A l'entrée, il proclame que les extrémistes de droite sont interdits d'accès, mais certains de ceux-ci rentrent tout de même chez lui, par la porte de derrière. Destexhe permet à des anciennes petites « gloires » locales du Front national et des admirateurs sans bornes du lepénisme de se recycler dans son entreprise idéologique. Un processus que même le populiste Mischaël Modrikamen avait quasi réussi a éviter pour sa propre boutique électorale. La folie des grandeurs d'Alain Destexhe sont, elles, sans bornes. Digne du cursus de ce politicien prêt à tout, dans sa démarche mégalomaniaque, pour rester au sommet de la pyramide.


MANUEL ABRAMOWICZ
web-journal RésistanceS.be
Observatoire belge de l'extrême droite





PLUS D'INFOS SUR LE DESTEXHE NATIONAL ?


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