vendredi 13 avril 2018

Le MR tente-t-il de récupérer l'électorat d'extrême droite ?


[RésistanceS.be – Vendredi 13 avril 2018]




CONSTAT - La Une du quotidien La Dernière Heure de ce vendredi, nous confirme que l'immigration pourra être un des thèmes principaux des prochaines campagnes électorales du parti libéral francophone, le MR, au pouvoir au fédéral et à la Région wallonne.


Comme pour la N-VA en 2010 et 2014 en Flandre, pour le candidat Sarkozy en 2007, outre-Quiévrain, puis le président Sarkozy en 2012, le sujet de l'immigration sera-t-il pour le MR un bonus utilisé pour s'accaparer les voix des électeurs d'extrême droite ?

La situation est encore plus interessante chez nous, en Belgique francophone : le Front national belge a disparu de la scène politique et son électorat se retrouve du coup orphelin d'un réel parti d'extrême droite. Et ce n'est pas le Parti populaire (PP), malgré ses accents de plus en plus lepénistes, qui bénéficiera de cette disparition, comme nous l'avions analysé en janvier dernier dans notre dossier sur le PP.

Par contre, vu la popularité enregistrée en Wallonie, dans divers sondages d'opinion, des personnalités de l'aile radicale de la N-VA, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Jan Jambon et le secrétaire d'Etat Theo Francken, c'est le partenaire francophone du parti nationaliste flamand qui pourrait en profiter aux communales d'octobre prochain d'abord, aux élections fédérales et régionales en 2019 ensuite.

A suivre ...

MANUEL ABRAMOWICZ

Journal RésistanceS.be



PLUS D'INFOS ?
Quelques liens vers des articles du journal RésistanceS.be




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Vandalisme et croix gammées : le fils Jambon interrogé




[RésistanceS.be – 31 mars 2018]

BREVE –Une oeuvre d'art placée dans une église désacralisée du Limbourg a été détruite. Les auteurs ? Sans doute des intégristes catholiques. Connu pour ses liens avec une mouvance politico-religieuse radicale, le fils du Ministre fédéral de l'Intérieur et de la Sécurité, Jan Jambon (N-VA), a été interrogé par les enquêteurs.

Wouter Jambon a été interrogé pendant plusieurs heures par les autorités judiciaires, à propos d’actes de vandalisme dans l’église de Kuttecoven (Province du Limbourg) qui n'est plus en fonction. Une œuvre de qualité y a été détruite. Il s'agit de « La vache sacrée » de l'artiste Tom Herck. Plusieurs personnes, toutes membres d’associations catholiques, nationalistes et ultraconservatrices – wallonnes et flamandes –, ont été interpellées puis relâchées.

Sur les murs intérieurs de l’église, des graffitis ont été peints « Vive la croix », « Rex vaincra », et le nom de l'artiste en question accompagné d'une étoile de David et d'une croix gammées. La référence au mouvement d'extrême droite fondé et dirigé par Léon Degrelle, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, est évident. Ainsi qu'avec le nazisme et l'antisémitisme.


JEAN-PIERRE DE STAERCKE
Journal RésistanceS.be

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Siegfried Debbaudt condamné à deux ans fermes



[RésistanceS.be – 15 mars 2018]

ECHOS DE LA COUR D'APPEL DE BRUXELLES – Le petit-fils d’un lieutenant de Léon Degrelle avait frauduleusement organisé son insolvabilité, après avoir été déjà condamné pour violation du secret de la délibération d’un jury d’assises 
 PAR JEAN-PIERRE DE STAERCKE


Jean-Robert Debbaudt est le premier activiste négationniste qui s’est manifesté en Belgique, dans les années ’70. Ses écrits seront d’ailleurs censurés. Cet ancien lieutenant de Léon Degrelle, qui avait combattu à ses côtés dans la légion SS Wallonie, intégrée à l'armée allemande sur le front de l'Est, avait reçu la Croix de fer, décernée par le Troisième Reich.

En 2003, son petit-fils, Siegfried Debbaudt, né en 1967, fut le sixième juré dans un procès d’assises qui, contre toute attente, s’était conclu par un acquittement. Les preuves réunies contre l’accusé étaient légion. Dans un contexte passionnel, un homme était accusé d’avoir occis son ancienne petite amie. Son empreinte ADN avait notamment été relevée sur le couteau maculé du sang de la victime. Malgré tous ces éléments matériels, la relaxe de l’accusé avait triomphé.



Jury manipulé


Deux ans et demi plus tard, Siegfried Debbaudt se lâchera devant Douglas De Coninck, journaliste au quotidien De Morgen. Et ce fut le tollé. Avec une arrogance peu commune, il avait avoué, sans détour, qu’il avait manipulé le jury pour prononcer l’acquittement de l’accusé. Le score avait été de six – six, cette parfaite égalité se concluant pas un acquittement. Au cours de l’interview, Debbaudt avait méprisé les autres jurés et il était fier de leur avoir fait avaler ses couleuvres.

En regard du secret auquel il était tenu et qu’il avait pourtant violé, il fut condamné à une peine d’emprisonnement de trois mois avec sursis et à une amende ferme de 1.375 euros. Pour expliquer son geste, il disait avoir voulu venger son grand-père qui avait subi les foudres de la Justice.

L’intéressé s’était déjà fait remarquer en 2003, par un ignoble canular. Lors du décès de Jean-Robert Debbaudt, il avait fait publier des avis nécrologiques dans la plupart des journaux, indiquant que le disparu fut un héros pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’il avait notamment été décoré par la croix de fer. 


Sinistre canular

Les jeunes soiristes, de permanence dans les rédactions, n’avaient pas relevé le sinistre bobard. Il faudra vingt-quatre heures pour rétablir la vérité dans les colonnes des différents journaux.

Mais, au début des années 2010, Siegfried Debbaudt se manifesta à nouveau par des délits de droit commun, comme des chèques sans provision, l’organisation frauduleuse de son insolvabilité, le dépouillement de sociétés en faillite comme la SA Château Lambert, des détournements et d’autres infractions liées à la faillite de ses entreprises, se moquant bien des curateurs et des créanciers !...

Le tribunal correctionnel l’avait condamné à douze mois d’emprisonnement avec sursis et, immédiatement après ce prononcé, l’une des sociétés grugées ainsi que le procureur du Roi avaient relevé appel.


Changement de ton

Cette fois, les juges du deuxième degré de juridiction ont frappé fort, ce 14 mars, en condamnant le prévenu à deux ans de détention ferme et à une amende de 5.500 euros, sans davantage de sursis.

Le « sixième juré » n’était présent ni devant le tribunal, ni devant la cour d’appel. S’il le souhaite, il pourra tenter de faire opposition à sa condamnation pour être rejugé en sa présence, mais depuis l’arrivée du ministre Koen Geens à la Justice, les conditions pour recevoir l’opposition sont devenues draconiennes.


A suivre.



JEAN-PIERRE DE STAERCKE

Journal RésistanceS.be


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L'extrême droite au plus bas, merci le PTB ?


[RésistanceS.be – 12 mars 2018]


REFLEXION – En Belgique francophone, l'extrême droite est au plus bas. Les marchands de haine ne séduisent pas l'électorat protestataire. Celui-ci se tourne vers une gauche « de rupture ». Merci le PTB ? – PAR CLAUDE DEMELENNE


Un peu partout en Europe – tout récemment encore, en Autriche, en Allemagne et en Italie - le rejet des partis au pouvoir se traduit par une percée électorale de l'extrême droite. Le vote anti-système profite aux marchands de haine. Ceux-ci jouent sur les peurs, principalement des immigrés et des migrants. Ils capitalisent aussi sur les horreurs de la mondialisation capitaliste, qui a accouché, selon l'expression du sociologue et altermondialiste suisse, Jean Ziegler, d'un « ordre cannibale du monde ».

L'extrême droite marque des points en proposant des recettes simplistes. En résumé, rendre les très pauvres encore un peu plus pauvres, afin de redistribuer quelques miettes au « petit peuple » blanc. Les travailleurs sont incités à se révolter contre leurs voisins de palier, et non contre les banquiers, financiers et oligarques de tous poils, vrais responsables du malheur des peuples. Et cela marche ! Parfois maquillée sous les traits d'un populisme gouailleur, l'extrême droite se porte bien, merci pour elle.


Une poignée d'élus fantomatiques

La Belgique francophone fait partie des rares (demi)pays où l'extrême droite est quasi inexistante. Le bilan est vite dressé : aucun élu francophone d'extrême droite au parlement fédéral, aucun élu francophone d'extrême droite au parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, aucun élu d'extrême droite au parlement wallon. A peine une poignée d'élus dans les conseils communaux, dont deux élus fantomatiques à Charleroi – ils font de la figuration - un élu à La Louvière, ainsi qu'à Fleurus et Pont-à-Celles, aucun ne pesant réellement dans le débat politique. 

Les prochaines élections communales d'octobre 2018 ne devraient pas changer la donne pour l'extrême droite. Sauf surprise que rien à ce jour n'annonce, elle restera groupusculaire. Les derniers fidèles se regrouperont sans doute autour du micro-parti « Nation », mais pas de quoi enflammer les foules. En Belgique francophone, les déçus des partis traditionnels, les partisans du vote protestataire ou « de rupture », lorgnent vers le Parti du Travail de Belgique (PTB). Formation anti-capitaliste, située à la gauche de la gauche, le PTB avance des propositions à l'opposé du programme de l'extrême droite. Pour faire court, les travailleurs sont incités à s'unir pour réclamer des comptes au 1% de très riches, des prédateurs à la cupidité sans limites. Et cela marche. Dans les sondages, le PTB talonne le PS. Il cartonne auprès des citoyens en quête d'une autre politique.


Le PTB est-il le meilleur antidote contre le poison de l'extrême droite ?

L'encéphalogramme plat qui caractérise cette extrême droite en Belgique francophone s'explique-t-il par l'affirmation d'un petit parti marxiste atypique flirtant, selon ses détracteurs, avec un populisme de gauche décomplexé ? L'explication est plus complexe, même si dans les faits, le PTB occupe sur le terrain – et demain dans les urnes ? - la place occupée ailleurs en Europe, par l'extrême droite, avec un programme diamétralement opposé.


« Affreux, sales et méchants »

Le meilleur ennemi de l'extrême droite, en Belgique francophone, ce n'est pas le PTB... mais l'extrême droite elle-même. Celle-ci n'a jamais fait son unité. Minée par les querelles intestines, les exclusions et les détestations claniques, elle n'a pas su faire émerger dans ses rangs un vrai leader tant soit peu charismatique. Dans les années 1990, Daniel Feret, à l'époque patron du Front National belge, a tenté de s'imposer comme tribun, mais sa tentative a fait long feu.

Dans la plupart des pays voisins, les partis d'extrême droite racolent avec plus ou moins d'habileté. Manipulateurs, ils masquent leur vrai visage sous un mince vernis de respectabilité. Le contenu – haineux – ne change pas, mais la façade est – timidement mais habilement – rénovée. 

En Belgique francophone, les – maigres – troupes se partageant le paysage nationaliste / identitaire, se contrefichent de la façade. Bruts de décoffrage, les militants frontistes belges et leurs avatars s'exhibent sans maquillage, peu gênés d'apparaître « affreux, sales et méchants » même aux yeux d'une partie de leur électorat potentiel. 

L'enterrement du lepénisme en Belgique

Au fil du temps, le FN belge est devenu un tel rassemblement de pieds nickelés qu'il a carrément tapé sur les nerfs de... Marine Le Pen. En pleine opération séduction /dédiabolisation pour élargir sa base électorale, celle-ci a considéré que les « mauvaises manières » du FN belge, résolument dans la ligne de Le Pen père, risquaient de nuire au prétendu « nouveau » FN light qu'elle appelle de ses voeux. Marine Le Pen a donc tenté – et a réussi – de faire interdire, par voie judiciaire, l'utilisation en Belgique du nom « Front National » et de son sigle « FN », reconnu comme une marque déposée. Une première décision de justice en ce sens a été rendue en septembre 2012, confirmée en octobre 2016 par la Cour d'Appel de Liège.

L'enterrement du lepénisme en Belgique francophone est un coup dur pour l'extrême droite locale qui capitalise essentiellement sur le signe FN et le nom de Marine Le Pen. En Wallonie et à Bruxelles, « Marine » et « son » FN disposent d'un potentiel de sympathie non négligeable. Même s'il faut en analyser les résultats avec prudence, un sondage réalisé en avril 2015 par l'institut IPSOS a révélé que 32% de Wallons et 25% de Bruxellois seraient prêts à voter pour Marine Le Pen si celle-ci était candidate en Belgique. Ces scores sont à prendre avec des pincettes, pour deux raisons au moins. D'une part, ils se réfèrent non à une intention de vote, mais à une possibilité de vote. D'autre part, ce sondage a été réalisé alors que Marine Le Pen, dont le parti venait d'effectuer un grand bond en avant lors des élections départementales françaises, atteignait un pic de popularité, jusqu'à devenir la présidente du potentiel « premier parti de France ». On en est loin aujourd'hui depuis l'échec cuisant de Martine Le Pen au scrutin présidentiel.

Privée de sa seule marque porteuses – le sigle FN – l'extrême droite, belge francophone paie le prix de son amateurisme sur le marché de la haine. Même les frontistes dans l'âme n'arrivent pas à prendre au sérieux les groupuscules qui la composent. Pire, ceux-ci représentent à leurs yeux un véritable repoussoir. L'extrême droite belge francophone, c'est le hara-kiri permanent.


Merci le PS ?

Le second « meilleur ennemi » de l'extrême droite, en Belgique francophone, c'est le Parti socialiste. Une affirmation qui peut paraître paradoxale, notamment parce que le PS, usé par des décennies au pouvoir, a été impliqué dans plusieurs retentissants scandales politico-financiers, ceux-là même qui, chez nombre de nos voisins, font le jeu de l'extrême droite et de tous les démagogues populistes. Pourtant, à l'opposé du cas français, le PS d'Elio Di Rupo n'a pas « perdu le peuple ». Avec des hauts et des bas, il a conservé la confiance des masses populaires.

En France, les anciens bastions du Parti communiste, et les fiefs historiques des socialistes, se sont quasiment tous effondrés. Beaucoup sont passés à droite, voire à l'extrême droite. Rien de pareil en Wallonie. Lors du dernier scrutin communal de 2012, en province de Hainaut, le PS a obtenu pas moins de 22 majorités absolues en voix (La Louvière, Ath, Mons, Chatelet...). Dans une dizaine de communes (Chapelle, Quaregnon, Farciennes...),le PS dépasse la barre des 60%. A Charleroi, Fleurus, Thuin, Frameries, notamment, le PS frôle la barre des 50%. En province de Liège, le PS a obtenu 10 majorités absolues en voix (Waremme, Andenne, Herstal, Seraing, Saint Nicolas, Flémalle...). Dans six autres communes (Oupeye, Dison, Ans, Awans, Wanze, fléron), le PS réussit des scores supérieurs à 40%. 

Les quelques exemples mentionnés ci-dessus le montrent : le PS reste le parti de la classe ouvrière au sens large. Les banlieues rouges de Liège et de Charleroi sont, jusqu'à ce jour restées fidèles au PS. Ce parti n'a rien cédé à l'extrême droite, qui dans d'autres pays a siphonné une partie des voix de gauche. L'explication de ce qui fait figure d'exception européenne : par-delà ses fautes, ses renoncements, ses mauvais compromis parfois, le PS pratique un socialisme de proximité qui fait sa force. Pas besoin d'être un fan de ce parti pour reconnaître que la plupart des élus socialistes – notamment sur le plan local – sont des militants dévoués, à l'écoute des citoyens, omniprésents sur le terrain, où ils font souvent office de super assistants sociaux.


Un populisme de gauche?

Historiquement, le PS francophone a été un barrage globalement efficace contre la montée de l'extrême droite. Les études d'opinion montrent qu'il pourrait être rejoint, sur ce terrain, par le PTB. La formation de Raoul Hedebouw semble séduire une majorité de déçus de la gauche traditionnelle qui, en d'autres lieux, se laissent parfois arnaquer par l'extrême droite.

Le PTB a t-il jeté les bases d'un populisme de gauche, efficace pour dissuader une partie du peuple de tomber dans les bras des populistes d'extrême droite ? La recette du PTB ne se situe pas vraiment sur ce terrain là. Le PTB pourrait être catalogué « parti populiste de gauche » s'il mythifiait « le peuple » face aux « élites », en ce compris notamment les élites médiatiques, à l'instar d'un Jean-Luc Mélenchon, sans doute la figure de la gauche européenne qui a le mieux ébauché une posture populiste contestable mais progressiste. « Dans les discours populistes, le mot 'camarade', ce nom qui identifie la gauche, est abandonné. Comme est délaissé le mot 'citoyen'. Eliminé au soir du premier tour de l'élection présidentielle d'avril 2017, Jean-Luc Mélenchon s'adresse aux électeurs en ces termes : 'Mon beau pays, ma belle patrie, et vous tous les gens, nous pouvons être fiers de ce que nous avons entrepris et réalisé. Vous tous les gens, patrie bien-aimée, vous êtes un matin tout neuf qui commence à percer » (1).

Le PTB n'est pas un parti populiste de gauche, opposant le peuple aux élites, mais un parti marxiste qui effectue une analyse « classiste » de la société. Le moteur de l'histoire, pour ce parti, reste la classe ouvrière au sens large. Si le PTB attire aujourd'hui un nombre non négligeable de déçus la politique – les empêchant de lorgner vers l'extrême droite – c'est essentiellement parce qu'il renoue avec les méthodes d'action des pionniers du socialisme, privilégiant le mouvement social, la présence sur le terrain, aux portes des usines et des entreprises, sans oublier son action pour des soins de santé gratuits, au sein des maisons médicales de « Médecine pour le Peuple ».



Gauche radicale de proximité

La plupart des électeurs ne croient plus aux grandes idéologies mais jugent les hommes et les femmes politiques sur leurs actes. Le fait que les élus et les cadres du PTB refusent de gagner davantage qu'un salaire moyen d'ouvrier, n'est sans doute pas pour rien dans la percée d'un parti davantage populaire que populiste. Un parti qui a inventé une gauche radicale de proximité, utile pour contrecarrer l'extrême droite et ceux qui, au Parti Populaire de Modrikamen, en copient sans trop d'états d'âme les harangues et les slogans les plus réducteurs.


CLAUDE DEMELENNE

Journal RésistanceS.be



(1) Dominique Rousseau, Le Nouveau Magazine littéraire, février 2018


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White go home ?


[RésistanceS.be – 4 février 2018]



ANTIRACISME PIRISTE – 
Des organisations politiques - en Belgique également - prônent une lutte antiraciste non-mixte qui exclue les « blancs » parce que représentants de la « majorité dominante », « paternaliste » et « néocolonialiste » ! C'est le cas du Parti des indigènes de la République (PIR), dont le corpus idéologique est aussi repris par des mouvements d'extrême gauche et écolo-progressistes. Y compris chez nous, en Belgique 
 - UN DANGER ?


Pour la mouvance PIRiste, regroupant les membres et sympathisants du Parti des indigènes de la République (PIR), le combat contre le racisme ne pourrait être porté que par ses principales victimes, voire uniques : les étrangers et les nationaux issus des « immigrations de couleur ».

Cette approche de la lutte antiraciste doit être repoussée parce que :

1. Elle racialise les rapports sociaux.

2. Ce que divise plus encore les populations des quartiers populaires. Au profit des pouvoirs, cette division avait été combattue par le sociologue et travailleur social Saul Alinsky (1909-1972), dans les quartiers pauvres de Chicago.

3. Elle nie le racisme dont sont aussi les victimes des blancs, par exemple les travailleurs des pays de l'Est au Royaume-Uni au moment du Brexit.

4. Elle représente une grave erreur de stratégie : sans l'engagement de blancs démocrates, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, en Australie, l'apartheid et la ségrégation auraient encore régné longtemps. Les exemples sont nombreux pour le démontrer.

L'antiracisme non-mixte favorise l'apartheid. C'est un racisme détourné. Nous devons le repousser et le combattre par les arguments. Sans cesse.


MANUEL ABRAMOWICZ

Rédaction de RésistanceS.be


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mercredi 31 janvier 2018

Le Cercle Pol Vandromme au coeur des réseaux de la droite dure



[RésistanceS.be – Mercredi 31 janvier 2018 - 15h02 - Motif. 18h56]



PROJECTEUR - Depuis sa création au printemps 2016, le Cercle Pol Vandromme a organisé à Bruxelles onze conférences. Point commun de la majorité de ses orateurs : ils sont quasi tous des anciens responsables d'organisations ou de publications d'extrême droite. Focus sur ce curieux cercle, très mondain et sélect, qui reçoit ce mercredi soir, Patrick Buisson, ex-spin doctor de Nicolas Sarkozy, stratège du siphonnage de l'électorat frontiste et qui reste actuellement l'un des idéologues préféré de la droite dure
- PAR CLAUDE DEMELENNE


Le Cercle Pol Vandromme porte le nom d'un journaliste-écrivain belge (1927-2009) qui fut chroniqueur à l'hebdomadaire Pourquoi Pas, éditorialiste, rédacteur en chef puis directeur du quotidien wallon Le Rappel, de tendance social-chrétienne. Brillant critique littéraire, Pol Vandromme est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, dont de nombreux essais consacrés à des « écrivains maudits » d'extrême droite : Louis-Ferdinand Céline, Robert Brasillach, Drieu la Rochelle, Charles Maurras.... Leur style littéraire fascinait le publiciste belge. Mais pas leurs idées politiques qui les poussèrent après mai 1940 à s'impliquer profondément dans la collaboration pronazie.


Pol Vandromme a dénoncé par exemple « la passion antisémite, horrible et démentielle » qui habitait Céline, tout en restant néanmoins lié au Bulletin célinien, un mensuel confidentiel édité à Bruxelles par un ancien collaborateur de la presse d'extrême droite belge, du Nouvel Europe magazine au journal Polémique, en passant par Forces Nouvelles.


Pour le dédouaner, les amis de Vandromme affirmeront que c'est également en amoureux du style qu'il a consacré des essais à Françoise Sagan, Michel Déon, Roger Nimier, Georges Brassens, Jacques Brel...




Quelles « idées nouvelles » ?

Sur son mur facebook, le Cercle Pol Vandromme se définit comme « un cercle franco-belge ouvrant une fenêtre sur les idées nouvelles qui commencent peu à peu à animer les débats, en France ». De quelles « idées nouvelles » s'agit-il ?

En l'absence, à ce jour, de toute publication du Cercle, deux pistes permettent de lever un coin du voile. La personnalité de son principal fondateur, d'une part. La carte de visite des conférenciers invités mensuellement, dans un grand hôtel bruxellois, par le Cercle, d'autre part. Alain Lefebvre, son cofondateur, est un homme d'affaires français qui s'est « exilé » en Belgique il y a douze ans, pour des raisons fiscales. Il édite le magazine Victor&Juliette (V&J), destiné aux Français de Belgique, à qui il prodigue notamment des conseils fiscaux.

Dans les médias, Alain Lefebvre s'exprime peu à propos du Cercle Pol Vandromme, qu'il administre avec un autre « exilé » français, Jean-François Michaud. Le 4 mars 2017, il a cependant accordé une interview au site internet « EuroLibertés ».

Rien d'étonnant : ce média en ligne relate les conférences bruxelloises de son cercle, sous la plume du journaliste d'extrême droite liégeois Lionel Baland. EuroLibertés fait donc partie du dispositif médiatique au service du Cercle Pol Vandromme Celui-ci se présente comme un site de « réinformation européenne ». Il fait partie du groupe de presse français « Libertés », qui comprend également « RadioLibertés »  et « TVLibertés ». Cette dernière a été créée en 2014 par Philippe Millau, un ancien partisan de l'ex-frontiste français Bruno Mégret, longtemps numéro deux du parti de Jean-Marie Le Pen.

Déjà objet, il y a juste dix ans, d'une enquête d'investigation du journal RésistanceS.be, le directeur d'EuroLibertés est Philippe Randa, un ancien du Front national, resté proche de cette formation. Il écrit des billets dans le magazine Présent, issu de l'ancien courant « national-catholique » du mouvement lepéniste aujourd'hui rallié au Parti de la France, une dissidence anti-mariniste du FN. Le correspondant d'EuroLibertés pour la Belgique est également une vieille connaissance de RésistanceS.be, l'ancien député régional Patrick Sessler,un cadre multipliant les aller et retour - de 1989 à nos jours - entre l'extrême droite francophone et néerlandophone : Parti des Forces nouvelles (lié au Bulletin célinien, ici déjà cité), FN belge de Daniel Féret, Vlaams Blok, FN de l'avocat Michel Delacroix et retour au Vlaams Belang pour y animer sa section bruxelloise francophone.




Alain de Benoist superstar

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre explique que le Cercle Pol Vandromme a pour but de « propager la pensée subversive ». Il donne la parole à des personnalités qui « ont peu d'accès aux grands médias ». Le premier invité du Cercle a été, le 18 mai 2016, le philosophe et essayiste Alain de Benoist qui fut l'idéologue de ladite « Nouvelle Droite », apparue outre-Quiévrain comme réaction conservatrice à Mai 68. Militant d'extrême droite dans sa jeunesse, Alain de Benoist est, à partir de 1969, le fer de lance du Groupement de recherche et d'études pour la Civilisation européenne (GRECE) qui vise à dédiaboliser les idées du mouvement nationaliste pro-européen, peu ou prou proche de la droite extrême.

En 2018, Alain de Benoist reste le pilier central d'Eléments, lancée en 1973, dont le sous-titre « Pour la civilisation européenne » sert de marqueur d'appartenance idéologique. Longtemps bulletin officiel du GRECE, cette revue a officiellement coupé tout lien organique avec l'extrême droite d'antan. Alain de Benoist reste un partisan du dialogue avec toutes les droites, en ce compris les plus radicales. Ainsi, lors de sa conférence, le 18 mai 2016, au Cercle Pol Vandromme, sur le thème « Les droits de l'homme en question », plusieurs cadres historiques du Vlaams Belang et de l'ex-FN belge étaient présents dans la salle, comme le dévoile l'article de RésistanceS.be du 30 mai 2016 consacré à cette conférence.

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre ne tarit pas d'éloges envers Alain de Benoist, soulignant que « ce qu'il dit depuis cinquante ans s'avère juste ». Le fait qu'il y a un demi-siècle, le leader incontesté du GRECE défendait ouvertement les idées de la droite extrême ne semble guère perturber le fondateur du Cercle Pol Vandromme.


Une curieuse Avant-Garde

Un mois après Alain de Benoist, le Cercle Pol Vandromme invite à sa tribune le géopolitologue Pascal Gauchon sur le thème « Demain, la guerre civile ?». Universitaire, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, celui-ci a créé, en 2014, la revue de géopolitique Conflits. Il a abandonné toute action politique au début des années 1980, après avoir milité à l'extrême droite : il fut membre d'Ordre Nouveau (ON), à la base de la création du FN, puis, jusqu'en 1981, dirigeant du Parti des forces nouvelles, fondé après le départ d'ON du FN. Dans ses écrits, Gauchon ne témoigne plus d'aucune proximité avec l'extrême droite. Il est fréquemment interviewé par Radio Courtoisie, qui prône l'union de toutes les droites et est réputée proche de la diplomatie russe.

Le 29 septembre 2016, le Cercle Pol Vandromme met à l'honneur l'entrepreneur et homme politique français, Charles Beigbeder, qui flirtera un temps avec l'extrême droite. L'an dernier, il s'est déclaré prêt à voter Marine Le Pen, avant de se rétracter, face au tollé suscité par ses déclarations dans les milieux patronaux qu'il fréquente. Finalement, il soutiendra la candidature de François Fillon. Beigbeder a créé le mouvement « l'Avant-Garde », situé à la droite de la droite. Militent notamment dans ce mouvement, Charles Millon, ex-président de la région Rhône-Alpes qui, en 1998, avait accepté les voix du FN pour conserver son siège, et l'ex-député Christian Vanneste, exclu de l'UMP française pour ses propos visant les homosexuels. Lors des élections présidentielles de 2017, Vanneste a voté Fillon au premier tour, et Le Pen au second.

L'invité suivant du Cercle Pol Vandromme, le 23 novembre 2016, est Hervé Juvin, homme d'affaires français et auteur de plusieurs essais essentiellement dans le domaine de l'économie et de la géopolitique. Il collabore avec la revue Eléments d'Alain de Benoist, tout en étant chroniqueur à « TVLibertés » et à « Realpolitik-TV », site  de géopolitique créé en 2010 par l'ancien député européen FN Aymeric Chauprade.


Des conférenciers très typés

Le profil des sept conférenciers accueillis en 2017 par le Cercle Pol Vandromme est fort semblable. Ils sont tous extrêmement typés, appartenant à une droite très activiste : Robert Ménard a été élu maire de Béziers avec le soutien du FN (sur celui-ci lire le dossier de RésistanceS.be ici). François Bousquet, le biographe de Patrick Buisson (voir plus loin), est le rédacteur en chef-adjoint d'Eléments. Le journaliste Michel Marmin est l'une des figures historiques du GRECE. Le journaliste Eric Branca a été, jusqu'en 2016, le directeur de la rédaction du très droitier hebdo Valeurs Actuelles . L'historien africaniste Bernard Lugan fut membre de l'Action française dans sa jeunesse. Il a abandonné tout militantisme d'extrême droite. Jusqu'en 2005, il a animé une émission mensuelle sur Radio Courtoisie. Il accorde des interviews à Minute et Présent, classés à l'extrême droite. Xavier Raufer, essayiste spécialisé dans les questions de sécurité et de terrorisme, a milité dans sa jeunesse au sein du mouvement d'extrême droite « Occident ». Et fut l'orateur d'une conférence du Valais Belang, comme l'avait révélé en 2010 RésistanceS.be. L'essayiste François Rouvillois fut l'un des activistes du mouvement nationaliste « Action française ». Depuis septembre 2017, il est membre du comité éditorial de L'Incorrect, nouvelle revue « à droite toute », selon le Figaro.




Vieux fonds de marmite

Ce mercredi soir, le Cercle Pol Vandromme accueille son douzième conférencier, Patrick Buisson. Comme la plupart de ses prédécesseurs à la tribune de ce cercle sélect, Buisson a un passé très fourni à l'extrême droite (il fut l'un des boss du journal Minute).

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, il a officiellement coupé tout lien organique avec cette dernière (notamment avec le FN, dont il fut l'un des conseillers de son président-fondateur, Jean-Marie Le Pen). Comme la plupart de ses prédécesseurs, il véhicule des idées le classant à la droite de la droite (véritable spin doctor de Nicolas Sarkozy, il est le stratège du siphonnage de l'électorat frontiste pour son compte et reste actuellement l'un des idéologues - de l'ombre - préféré de la droite « républicaine », dans sa version « pure et dure »).« Des idées nouvelles », promettait Alain Lefebvre, le fondateur du Cercle Pol Vandromme. Et s'il s'agissait, ni plus, ni moins, des vieux fonds de marmite de la droite radicale la plus classique ? Qui a fait de Bruxelles, son nouveau bastion ...


CLAUDE DEMELENNE

Journal RésistanceS.be




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lundi 15 janvier 2018

Pourquoi le Parti populaire ne décolle pas (DOSSIER 1/3)



[RésistanceS.be – Lundi 15 janvier 2018]




ANALYSE – Huit ans après sa création, le Parti Populaire (PP) de l'avocat d'affaires Mischaël Modrikamen fait toujours du rase-motte. Malgré un essor de la droite pure et dure ailleurs en Europe, le PP ne décolle même plus. Ses dirigeants mettent en cause le « boycott » des médias. C'est un peu court. De nombreux facteurs expliquent sa stagnation PAR CLAUDE DEMELENNE


Ce mercredi, aura lieu le conseil des cadres du Parti populaire. L'ambiance devra être morose. L'année 2017 n'a pas été une bonne année pour la formation de Michaël Modrikamen. Malgré une réelle présence sur le net - notamment via son journal en ligne Le Peuple.be - le PP vivote. Il peine à convaincre l'opinion. Les sondages confirment les scores insuffisants des élections de mai 2014, bien en dessous du seuil des 5%, le sésame permettant d'avoir au moins un élu.

A première vue, le rase-motte dans les sondages du PP peut surprendre. Un peu partout en Europe, la droite dure prospère sur les scandales politico-financiers, l'exclusion sociale et le terrorisme islamique. Un peu partout... sauf en Belgique francophone, où le Parti populaire semble voué à une relative marginalité, loin des ambitions de son président-fondateur, Mischaël Modrikamen.

En fait, le sur-place du PP n'est pas vraiment étonnant. Ce parti s'est plus d'une fois tiré une balle dans le pied. Il a multiplié les mauvais choix. Depuis son apparition dans le paysage politique, à l'automne 2009, il a connu un état de crise existentielle pratiquement permanent. Analyse en quinze points des raisons d'un échec.



Raison 1 - Rudy Aernoudt, le péché originel
Premiers pas, premiers couacs. Le 26 novembre 2009, Mischaël Modrikamen fonde le Parti populaire (PP), avec Rudy Aernoudt, économiste et intellectuel flamand de renom, qui devient coprésident. Très vite, il apparaît que les deux dirigeants ne sont d'accord sur presque rien. Rudy Aernoudt se dit « choqué » par les propos anti-roms de Laurent Louis, unique député du PP élu lors du scrutin de juin 2010. Modrikamen, pour sa part, soutient Louis. Par ailleurs, Aernoudt dénonce le « projet séparatiste » de Modrikamen, qu'il accuse de vouloir transformer le PP en version francophone de la N-VA. Les portes claquent.

A la fin de l'été 2010, moins d'un an après le lancement du PP, Rudy Aerrnoudt est exclu du parti pour « déloyauté ».


Raison 2 - « Votez Ecolo ! »
Avant son exclusion, Rudy Aernoudt avait été l'auteur d'un véritable gag, donnant de son parti une image folklorique. En avril 2010, à l'époque toujours coprésident du PP, il avait appellé l'électeur à « voter pour Ecolo, Groen ou le PP », parce que ces trois partis défendent la création d'une circonscription fédérale.

Un président de parti faisant campagne pour des formations concurrentes, c'est du jamais vu !


Raison 3 - Aldo-Michel Mungo, le départ du stratège
Dans la foulée de ce curieux appel à voter Ecolo, le PP perd l'un de ses pions essentiels, Aldo-Michel Mungo, en fait le principal stratège politique du parti. Mungo, coordinateur du PP pour Bruxelles, démissionne... avant d'en être officiellement exclu. Il compare le PP à « un bateau ivre, immature et irresponsable ».

Par la suite, Mungo lancera « La Droite », parti concurrent du PP. Aujourd'hui actif sur ses terres sous le nom de « La Droite citoyenne ».



Raison 4 - Laurent Louis, un premier élu repoussoir
Aux élections fédérales de juin 2010, le PP compte un seul élu, Laurent Louis. D'emblée, celui-ci se comporte en cheval fou. Il multiplie les déclarations à l'emporte-pièce, sur les roms, tous assimilés à des voleurs, la peine de mort, la création d'un permis à points pour la nationalité belge. Laurent Louis n'accepte aucune discipline de parti, il est incontrôlable. Il sera exclu du PP en janvier 2011, moins d'un an après son adhésion. Modrikamen s'excusera auprès des électeurs d' « avoir mis sur les listes une personne qui n'a pas la carrure et est indigne d'être élu ». Pour le PP, les dommages collatéraux de la « saga Louis » sont considérables.

Privé de son seul élu – Louis siège désormais comme indépendant – le PP perd sa dotation publique. Et sa réputation de parti radicalement à droite mais sérieux en prend un fameux coup.


Raison 5 - L'hémorragie des cadres
En février 2013, après Aernoudt, Mungo et Louis, le PP perd à nouveau un pion important. L'avocat Philippe Chansay-Wilmotte, vice-président du parti, démissionne. Il entraîne avec lui plusieurs militants. Parmi eux, Jean-Pierre Larose, l'un des trois élus du PP lors du scrutin communal d'octobre 2012 (Larose siège au conseil communal de Trooz). Fin 2015, le PP perd son unique élu au parlement wallon, Pierre-André Puget, qui démissionne d'un parti dont il critique la place trop importante qu'il accorde au discours anti-immigration.

Trois petits tours et puis s'en vont, tel est souvent le parcours des cadres et des élus du Parti populaire.

Raison 6 - Des « coups politiques » sans lendemain
Le PP a souvent tenté d'attirer à lui des personnalités atypiques, non issue du sérail politique. Rarement avec bonheur. Ce fut le cas avec Rudy Aernoudt, qui sera un éphémère coprésident d'un parti dont il sera exclu. C'est le cas également du météorologue Luc Trullemans, présentateur vedette du bulletin météo de RTL-TVi. En novembre 2013, il adhère au PP et, un an plus tard, se présente comme tête de liste au scrutin européen. Malgré un bon score personnel (près de 80.000 voix), il ne sera pas élu. En juin 2016, il quitte le PP en déclarant « ne pas être fait pour la politique ». Autre coup  médiatique sans lendemain du PP : il a convaincu l'ancien joueur de foot et diable rouge, Michel Renquin, d'être tête de liste pour le PP, aux élections de mai 2014 dans la province de Luxembourg. Renquin ne sera pas élu et ne poussera pas plus loin son engagement au PP.

Raison 7 - Des erreurs de casting en série.
C'est presque devenu une marque de fabrique du PP : ce parti ne met jamais la bonne personne à la bonne place. Les erreurs de casting se sont succédées. Elles étaient évitables. Pas besoin d'être un grand stratège pour deviner que Rudy Aernoudt, sorte de professeur Nimbus égaré en politique, ne ferait pas de vieux os au PP et retournerait rapidement à ses chères études. Il en va de même de Luc Trullemans bon scientifique mais dépourvu de toute culture politique. Quant à Laurent Louis, il était peu raisonnable de placer cet ancien militant MR sans aucune expérience, à une position éligible en Brabant wallon.

Ces erreurs de casting se sont payées cash. Elles ont brouillé le positionnement du PP.





Raison 8 - Aucun élu MR ne rejoint le PP
Partisan d'une « droite décomplexée », Mischaël Modrikamen rêve depuis toujours d'attirer au PP l'un ou l'autre élu MR appartenant à l'aile droite de ce parti. Espoir déçu. Jamais le plus petit poisson libéral n'a été pris dans les filets du PP.

C'est un revers pour son ambitieux président qui, lorsqu'il s'est lancé en politique, imaginait pouvoir rapidement jouer dans la cour des grands, notamment en phagocytant une partie du MR.



Raison 9 - La tentation Marine Le Pen
Le flirt de Mischaël Modrikamen avec la patronne du Front national français exclut pour l'avenir tout transfert d'élus ou de cadres déçus du MR vers le PP. La radicalisation de Modrikamen – qui a appelé à voter Le Pen au second tour des présidentielles – condamne le PP à l'isolement.

Sans lui faire miroiter un potentiel apport en voix aux prochains scrutin de 2018 et 2019, car Marine Le Pen traîne désormais l'image d'une loser, après sa campagne ratée du printemps dernier.



Raison 10 - La droitisation du MR nuit au Parti populaire
La route aurait sans doute été un peu moins ardue pour le PP si le MR avait continué à gouverner avec le PS à l'échelon fédéral. L'actuelle alliance avec la N-VA, par contre, ne lui permet guère de briller. Et pour cause, le MR applique en matière de sécurité et d'immigration – deux priorités du PP -, un programme plutôt musclé, dicté par la formation nationaliste flamande de Bart De Wever.

Difficile pour le PP de reprocher une quelconque mollesse au MR, désormais scotché à Théo Francken et Jan Jambon... probablement les deux hommes politiques les plus admirés par la base du PP.


Raison 11 - La guerre des chapelles
Le PP subit la concurrence de la Droite citoyenne, parti fondé par Aldo-Michel Mungo, un ancien dirigeant du parti de Modrikamen. En 2016, un cartel avait été envisagé par les deux partis, mais les négociations ont échoué. Pareil cartel aurait permis au PP et à la Droite – sous le sigle « La Droite Populaire », bien plus porteur auprès de l'électorat protestataire – d'envisager franchir la barre des 5% aux prochaines élections. Au contraire, la guerre des chapelles a repris. Elle a même monté en intensité, La Droite condamnant la radicalisation du PP, comparé au « parti Rex, créé par Léon Degrelle dans les années 30 ».

Lors des prochains scrutins de 2018 et 2019, la Droite citoyenne concurrencera la formation de Modrikamen



Raison 12 - L'ogre PTB
Une grande partie de l'électorat populaire déçu du PS visé par le PP s'est tourné vers le Parti du Travail de Belgique (PTB). En Belgique francophone, c'est ce parti de gauche radicale qui incarne désormais le vote anti-système, pas le PP. Sur le marché du vote alternatif, le PTB est devenu un ogre, d'autant plus glouton que contrairement au PP, il ne doit pas faire face à une guerre des chapelles.

A la gauche de la gauche, l'unité est faite autour du PTB, seuls subsistant, à l'écart de la mouvance ptbiste, quelques groupuscules trotskistes pesant tout au plus quelques centaines de voix aux élections.



Raison 13 - Le profil Calimero
Le PP adopte une attitude victimaire globalement contre-productive. C'est un leitmotiv dans le discours de Mischaël Modrikamen : il se plaint d'être « l'homme à abattre » et d'être « boycotté par les médias ».

L'homme à abattre ? On en doute. A vrai dire, le patron du Parti populaire ne gêne pas grand monde. Il ne représente plus un concurrent – en fait, il ne l'a jamais été - pour le MR, parti qui aurait eu a priori le plus à craindre d'une spectaculaire percée du PP.

Boycotté par les médias ? Il est exact que le PP est de moins en moins présent sur les plateaux télé, mais qu'a-t-il encore à mettre en vitrine ? Après la valse des démissions-exclusions et bisbrouilles internes, le PP ne compte plus dans ses rangs qu'un parlementaire à la Chambre et deux conseillers communaux. A titre de comparaison, le PTB aligne huit parlementaires et quinze conseillers communaux.



Raison 14 - Un sigle peu porteur ?
Là n'est certainement pas l'essentiel, mais après moins de dix ans d'âge, le sigle « Parti Populaire » paraît déjà usé. « La Droite Populaire » – un temps envisagé comme nouveau nom – serait sans doute plus porteur.

Les dirigeants du PP devraient se pencher très vite sur la question, mais à dix mois des élections communales, il est déjà bien tard pour choisir une nouvelle appellation.


Raison 15 - Le cas ModrikamenOrateur brillant parait-il dans son métier d'avocat, Mischaël Modrikamen n'a pas le charisme de l'homme politique « proche du peuple ». Il n'a ni la gouaille, ni l'humour de Raoul Hedebouw, son rival PTB à l'autre bout de l'échiquier politique. Il n'a pas davantage la truculence d'un Louis Michel, ou le sourire charmeur d'un Elio Di Rupo. Maladroit dans ses rapports avec les journalistes, le président du PP, semble perpétuellement évoluer dans le registre « moi contre le reste du monde » qu'affectionnait également Yvan Mayeur, bourgmestre déchu de Bruxelles.

L'alchimie Modrikamen n'a jamais vraiment pris sur la scène politique francophone. C'est peut-être cela aussi, la cause de l'échec populaire du Parti populaire.


Claude DEMELENNE
Membre de la rédaction de RésistanceS.be




Qui est l'auteur de cet article ?

Claude Demelenne est licencié en Information et Arts de diffusion de l'Université de Liège. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, principalement sur la vie politique belge et l'évolution de la gauche : « Le socialisme du possible » aux éditions Labor, « Le cas Happart. La tentation nationaliste » avec Bénédicte Vaes, chez Luc Pire, « Pour un socialisme rebelle » aux éditions Vista, « Dictionnaire du PS de A à Z » chez Labor, « Pour ou contre la Belgique française » aux éditions parisiennes Le Cherche midi...
Il a également été le rédacteur en chef du Journal du Mardi. Il intervient régulièrement dans le débat politique, notamment via des cartes blanches publiées dans les colonnes de différents médias : Le Vif, Le Soir, La Libre Belgique, le Standaard... Membre du comité de soutien du journal RésistanceS.be dès sa création, il vient désormais de rejoindre officiellement son comité de rédaction.



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