La Droite populaire peut-elle devenir un PTB de droite ?

[RésistanceS.be – Dimanche 8 septembre 2019]


Meeting du PTB à Liège en 2012. La droite dure rêve d'un leader charismatique
pour concurrence le MR sur sa droite 
© Photo RésistanceS.be

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NOUVEAU PARTI – Cela bouge, à la droite de la droite. Après son fiasco aux élections du 26 mai, une nouvelle formation unitaire apparaît. Mais ne fait pas l'unanimité. Les Libéraux démocrates, issus des ex-Listes Destexhe, refusent cette union. La Droite populaire devra encore convaincre le petit peuple de droite qu'il peut jouer face au MR le même rôle que joue le PTB face au PS – MISSION IMPOSSIBLE ?

Les initiateurs du nouveau parti, baptisé la Droite populaire, sont, pour l'essentiel, des anciens cadres et militants du Parti Populaire (PP) et de La Droite, ainsi que quelques transfuges des ex-Listes Destexhe. Leur discours est résolument unitaire. Ils veulent rompre avec la cacophonie qui a causé l'échec des « petites droites ». 

La Droite populaire peut-elle devenir un Parti du Travail de Belgique de droite ? Autrement dit, bousculer le parti libéral, le MR, sur sa droite, comme le PTB bouscule le PS sur sa gauche ? Ils ne l'expriment pas de cette façon, mais telle est l'ambition des promoteurs de la Droite populaire, dont la naissance a été annoncée il y a quelques jours. Le nouveau parti revendique un profil « libéral conservateur ». Il annonce une rupture avec le passé des « petites droites ». Principal changement, la Droite populaire se centrera essentiellement, non plus sur les questions identitaires en rapport avec l'immigration et à l'islam, mais sur les thèmes socio-économiques : pouvoir d'achat, pensions... Exactement comme... le PTB qui a commencé à percer dans l'opinion publique quand il a abandonné les grandes envolées marxistes ou les revendications en faveur de « frontières ouvertes », mais sur ce qui préoccupe les citoyens au quotidien, à savoir la défense de leur niveau de vie.

Dès le lendemain des élections du 26 mai, l'ex-député du Parti populaire (PP), Aldo Carcaci, a multiplié les contacts avec les différentes chapelles de la « petite droite » (voir notre article du 27 juillet dernier), généralement en duo avec Aldo-Michel Mungo, président-fondateur de La Droite. Le but : construire l'union des droites non-MR. Le traumatisme du 26 mai a été à ce point profond que beaucoup de militants attendaient une initiative « unioniste » de ce type, histoire de préparer les prochains scrutins dans de meilleures conditions. Un troisième homme a été à la manoeuvre, André Antoine, ex-attaché parlementaire de Carcaci. Les démarches de ce dernier ont été d'autant mieux perçues qu'il ne peut être suspecté de rouler pour lui-même : désormais pensionné, l'ex-député du PP a prévu d'aller vivre en Sicile.


« Pas de ligne dure sur l'immigration »

Les trois hommes - Carcaci, Mungo et Antoine - ont donc foncé pour créer la Droite populaire, « désormais le parti unique et unitaire à la droite du MR ». Ils ont jeté les bases d'un programme prônant notamment « une rationalisation des institutions, la suppression du Sénat, des provinces et de la Communauté française, la réduction drastique des dépenses publiques afin de pouvoir baisser les impôts, une pension minimale à 1450 euros dès 65 ans, la fin du matraquage fiscal  et l'inscription de la neutralité dans la Constitution ». Le nouveau parti n'aura « pas de ligne dure sur l'islam ou l'immigration (ndlr : il prône néanmoins une ''politique stricte''). Il ne souhaite pas monter les gens les uns contre les autres. Cela c'est pour l'extrême droite », a précisé André Antoine, secrétaire général et porte-parole de la Droite populaire, qui sera dirigée par deux coprésidents, Aldo-Michel Mungo et Vanessa Cibour, conseillère communale ex-PP à Herstal.


Moniquet fait cavalier seul

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour la droite de la droite, enfin réunie ? Pas vraiment. Car Claude Moniquet, le président « provisoire » des anciennes Listes Destexhe, rebaptisées Libéraux Démocrates (LD), veut faire cavalier seul. Pas question pour lui de s'inscrire dans une perspective d'union des droites, « un vocable qui selon lui, sert en réalité à désigner l'extrême droite. Or nous ne sommes pas l'extrême droite ». La guerre des chapelles n'est donc pas terminée. Les choses se compliquent encore quand on sait qu'au sein des LD, Claude Moniquet à fort à faire pour s'opposer à la fronde interne d'un courant radical, actif surtout à Liège et à Verviers, qui campe sur des positions de type « musulmanophobe », pas vraiment compatibles avec le nouveau look – à confirmer – de La Droite populaire. Visiblement, la droite de la droite n'a pas encore tourné le dos à ses vieux démons.

Scission du Parti populaire (PP), La Droite vient de fusionner avec des ex-PP,
pour fonder la Droite populaire, un nouveau parti libéral conservateur 
© Photo Tractothèque

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Trouver son Raoul Hedebouw

Sous réserve de réussir à convaincre Claude Moniquet de ne pas jouer en solo, la Droite populaire peut-elle devenir un « PTB de droite » susceptible de piller le fonds de commerce du MR comme les marxistes ont commencé à piller celui du PS ? C'est loin d'être gagné. Le parti marxiste 2.0 a mis plusieurs décennies à sortir de la marginalité électorale. Par ailleurs, la Droite populaire devra trouver son Raoul Hedebouw, une personnalité charismatique capable de faire bonne figure dans les médias.

Enfin, le passé a montré que tout nouveau parti à la droite de la droite est, tôt ou tard, quasi systématiquement infiltré par des personnages flirtant avec les slogans de l'extrême droite. La Droite populaire échappera-t-elle à la règle ? Si c'est le cas, et si le nouveau parti sort un lapin charismatique de son chapeau, peut-être parviendra-t-il à jeter quelques peaux de bananes sous les pas d'un MR pas vraiment fringuant depuis quelques mois. 

CLAUDE DEMELENNE


web-journal RésistanceS.be
Observatoire belge de l'extrême droite




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