Au Brésil et ailleurs, c'est quoi un régime d'Ordre nouveau ?

[RésistanceS.be – Dimanche 8 septembre 2019]


 SPÉCIAL  BRÉSIL (4/4) – Depuis janvier dernier, Jair Bolsonaro préside la république brésilienne. Ancien officier de l'armée, son modèle est la dictature militaire. Transformant son pays sous la coupe d'un régime autoritaire, il veut instaurer l'Ordre nouveau. Quelle est la forme de cette référence ?

Le « Dictionnaire de l'extrême droite » de l'Observatoire belge RésistanceS rappelle que l'Ordre Nouveau est un modèle autoritaire pour l'instauration d'un État fort, nationaliste et liberticide. Pour ses théoriciens, face au « chaos » qui sévit dans les démocraties parlementaires et pour maîtriser l'opposition de la gauche considérée comme un danger subversif pour l'Occident chrétien, il faut rétablir l'ordre et la sécurité. Seule l'armée est reconnue capable de le faire. Le recours à celle-ci est alors demandé et l'organisation d'un putsch militaire est fomenté, comme cela fut le cas en Espagne en 1936, au Brésil en 1964, en Grèce en 1967, en Argentine en 1976 ou encore en Turquie en 1980. Un régime d'« Ordre Nouveau » peut également être instauré après la victoire d'un parti nationaliste aux élections, comme au Brésil en 2019.


Ce vocable est repris du vocabulaire utilisé dans les organisations, mouvements ou partis nationalistes de la droite radicale européenne. L'Ordre Nouveau est un mode de régime autoritaire revendiqué officiellement par des organisations néofascistes italiennes durant les années 1950. Pino Rauti (1926-2012), le dirigeant du courant radical du Movimento sociale italiano (MSI), le parti national fasciste reconstitué après la Libération,fonde en 1956 le cercle de réflexion Centro studi Ordine Nuovo.


Le mentor idéologique de ce centre d'étude Ordre nouveau est Julius Evola (1898-1974), le philosophe italien de la contre-révolution traditionaliste fasciste. En 1969, des membres de celui-ci créent le Movimento Politico Ordine Nuovo qui sera, durant les « années de plomb » en Italie, un des groupes armés d'extrême droite.


Pour un Ordre nouveau


Ce modèle étatique est ensuiteexporté, à la fin de cette décennie, en France avec la création du mouvement d'extrême droite Ordre nouveau (ON) qui succède au Mouvement Occident, lié aux militaires putschistes de l'Organisation armée secrète (OAS), durant la guerre d'indépendance de l'Algérie française. Abandonnant l'option militariste pour s'engager dans la voie électorale, le mouvement ON crée en 1972 le Front national français, au sein duquel Jean-Marie Le Pen – aussi un ancien militaire, il fit la guerre en Indochine et en Algérie - est choisi pour en devenir le président présentable. L'organe de presse du mouvement ON avait pour titre Pour un Ordre nouveau.

Au milieu des années 1970, en Belgique, il existe, également influencée par l'expérience italienne, l'APON, acronyme de l'Association politique pour un Ordre Nouveau, dont les initiateurs proviennent du Front de la jeunesse (FJ). Comme le FJ, l'APON est liée au Nouvel Europe magazine, un mensuel carrefour entre l'extrême droite, la droite conservatrice catholique et libérale dirigé par Émile Lecerf, un autre partisan de l'Ordre nouveau. Et du coup d'État pour y parvenir.


ALEXANDRE VICK

Nos illustrations : deux publications d'extrême droite des années 1970, la première est française, la seconde belge. Elles préconisent l'Ordre nouveau et le coup d'État militaire contre la démocratie [documents : Archives RIDAF-RésistanceS].



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Cet article est paru une première fois dans notre périodique papier 
 LE JOURNAL de résistance(s)  n°1, mai-juin 2019, page 25. Voir ici




© Article du journal en ligne RésistanceS.be|asbl RésistanceS|N° 478574442|Bruxelles|– Dimanche8 septembre 2019. Première publicationin « LE JOURNAL de résistance(s) », n°1, mai-juin 2019, page 25, périodique papier de notre web-journal| info@resistances.be | Archives (1997-2014) : www.resistances.be