samedi 1 décembre 2018

Le Vlaams Belang quitte ou double



[RésistanceS.be – Samedi 13 octobre 2018, 8 h 24]

DOSSIER SPÉCIAL ÉLECTIONS 2018 (épisode 8/9)Il a été l'un des plus importants partis en Flandre pendant plus de quinze ans. Le Vlaams Belang a dicté l'agenda politique sur ses thèmes. Son ascension était constante. Jusqu'à l'arrivée de le N-VA de Bart De Wever. Depuis, ses intérêts chutent avec l'érosion de son électorat, la désertion d'une série de dirigeants opportunistes et la diminution de ses listes – de plus en plus incomplètes - déposées aux élections. A la veille des communales et provinciales du 14 octobre quel est l'état de santé de ce parti d'extrême droite ?Et quel est son avenir immédiat – RADIOSCOPIE avec les médias flamands Verzet-AFF et Apache.be.




Des élections législatives de 1978, année de sa création, sous le nom de Vlaams Blok, aux élections communales de 2006, le Vlaams Belang (VB) est le parti nationaliste flamand qui va le mieux s'incruster dans le paysage politique et médiatique de notre pays. Très vite, le VB est représenté à tous les niveaux de pouvoir. Il a des élus dans les communes, dans les conseils provinciaux, au Parlement régional, à la Chambre des représentants, au Sénat et au Parlement européen. Ce parti nostalgique de l'an 40 siège encore au conseil d'administration de la télévision publique flamande et d'universités. Dans les années nonante, il devient même en Europe, l'une des plus performantes formations d'extrême droite, après le Front national français de Jean-Marie Le Pen, avec qui il est allié depuis toujours.

L'ascension du Blok / Belang est vertigineuse. Ici et là, ses scores aux élections rivalisent et dépassent même ceux des partis traditionnels. Plus de 24 % en Flandre, des montées jusque 20 % dans plusieurs villes et jusque 33 % à Anvers, son bastion historique. Malgré un cordon sanitaire établi contre lui, dès 1988, c'est le VB qui dicte l'agenda politique de l'ensemble des partis flamands sur ses thématiques à succès électoraux : l'immigration, la sécurité, les transferts financiers flamands vers la Wallonie, l'identité flamande...

Jusqu'aux succès de la Nieuw-vlaamse alliantie (N-VA), une nouvelle formation électorale fondée en 2001, par l'aile conservatrice de la Volksunie, le vieux parti nationaliste pluraliste flamand, actif depuis 1954 et qui va disparaitre après les législatives de 1999. Groupusculaire à ses débuts, la N-VA, conduite par un jeune politicien charismatique, Bart De Wever, petit à petit, se rapproche d'abord des résultats du Vlaams Belang, les croisent ensuite et les dépassent pour finir. Si le VB avait écrasé sous son poids politique l'ex-Volksunie, la montée en puissance de la N-VA a fait chuté le pouvoir d'influence du Belang. Comme le démontrent l'érosion de son électorat et la réduction massive de sa représentativité.

Aux communales de 2012, le partid'extrême droite perd partout systématiquement en faveur de la N-VA. Les défaites du VB sont sanglantes. Dans son fief anversois, il passe de 33 % à 10 %. Avec la migration très importante d'une bonne partie de son cheptel électoral vers le parti nationaliste de Bart De Wever, le VB est encore frappé par le départ d'une série de ses dirigeants. Sa mort clinique est dès lors annoncée. Mais, comme l'avait pronostiqué le chef de son « canal historique », l'anversois Filip Dewinter, une partie des premiers déçus de la N-VA semblent revenir vers le Vlaams Belang, selon les derniers sondages. Ce constat sera - ou ne le sera pas - confirmé aux élections communales et provinciales du 14 octobre prochain. Pour l'heure, la capacité du parti d'extrême droite peut être évaluée, en comparaison avec les précédentes élections du niveau local.


Que représente aujourd'hui le VB ? 

Aux communales de 2006, le Vlaams Belang fait élire 807 conseillers communaux. Six ans plus tard, sa représentation s'érode comme les icebergs victimes du réchauffement climatique : plus que 212 de ses candidats sont élus. Dans la région bruxelloise, le VB n'a plus qu'un conseiller communal contre quinze en 2006. Au niveau des élections provinciales, l'observation de sa régression est identique : de nonante conseillers provinciaux élus il y a douze ans, il passe à trente élus en 2012.

Si la plongée est généralisée, le parti arrive tout de même a sauver quelques meubles en récoltant aux dernières communales des scores de plus de 10 % dans ses zones historiques : 10 % à Anvers, près de 12 % à Sint-Niklaas, près de 13 % à Denderleeuw, plus de 13 % à Temse, 14 % à Deurne, près de 16 % à Ekeren et Hoboken, plus de 17 % à Merksem et à Berendrecht-Zandvliet-Lillo, et plus 26 %à Ninove où le Belang se présente sous l'appellation de Forza Ninove. Cependant, ces succès limités ne peuvent pas camoufler le Waterloo électoral subi partout ailleurs en Flandre et dans la capitale par l'ex-champion poids lourds de l'extrême droite.


ça passe, ça monte ou ça casse 

Sachant que son avenir est en jeu, pour les élections du 14 octobre, le Vlaams Belang, fortement diminué, tente le tout pour le tout. Avec difficulté, des listes ont été déposées dans 149 communes flamandes et dans cinq de la Région de Bruxelles-capitale. Un premier constat peut directement être fait : dans beaucoup d'endroits, ses listes sont incomplètes. C'est le cas àVilvoorde, à Genk, à Leuven, à Schaerbeek et pour le district d'Anvers. Se présenter pour le compte du VB n'est plus une garantie d'être élu et font passer ses candidats pour des marginaux politiques. Ils sont donc de plus en plus rares a accepter de figurer sur ses listes.

Face au mastodonte que représente la N-VA en Flandre, le 14 octobre prochain sera pour le Vlaams Belang un quitte ou double. En cas de nouvelles défaites, son appareil politique sera définitivement cassé. Si, il passe au-dessus des 10 %, dans plusieurs communes phares, voire même s'il double dans celles-ci ses scores d'il y a six ans, le parti d'extrême droite flamand pourra revenir sur la scène politique et médiatique. De manière à nouveau imposante. Et certainement à la défaveur de la N-VA qui paiera cash sa collaboration dans le gouvernement fédéral du francophone libéral Charles Michel.


MANUEL ABRAMOWICZ

Journal RésistanceS.be
[avec les médias flamands Verzetet Apache.be]




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