L'extrême droitisation de la société


[RésistanceS.be – Vendredi 29 novembre 2019]


Manifestation contre l'extrême droite en Europe devant le parlement européen
de Bruxelles le 28 mai 2019, calicot du journal RésistanceS © Photo William Breyne
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DU NET AU TERRAIN –Ce samedi débutent nos Forums en résistance au théâtre de Poche à Bruxelles. À l'occasion ce premier rendez-vous, nous aborderons un thème essentiel : la société belge est-elle en train de s'extrême droitisée ? - EXPLICATION

Officiellement, en démocratie, l'extrême droite est représentée par des partis politiques et des groupes d'action issus du fascisme italien (1922-1945) et/ou du nazisme allemand (1933-1945). Pourtant, cette droite radicale à des métastases qui s'expriment ailleurs. Notamment, dans le courant national-catholique à la base des dictatures salazariste au Portugal (1934-1974) et franquiste en Espagne (1939-1975), dans le nationalisme intégral théorisé par l'idéologue françaisCharles Maurras (1868-1952), dans le mouvement national-flamand guidé par Joris Van Severen (1894-1940), dans le nationalisme catholique belge conduit par Pierre Nothomb (1887-1966), puis par le lieutenant-général Émile Janssens(1902-1989), dans le rexisme dirigé par Léon Degrelle (1906-1994), mais, également au sein de la mouvance libérale musclée qui a émergée sous la dictature pinochetiste (1973-1990) et sous l'ère thatchero-reaganienne (1979-1990).

Il existe encore des tendances internes liées à l'extrême droite dans des partis démocratiques. Quant à la programmation de points électoraux, pour s'accaparerun électorat xénophobe, populiste et poujadiste, certains ont également été touchés par cette contagion.

Sur la scène médiatique des organes de presse et des intellectuels, le plus souvent mondains (dont des ex-disciples du président Mao) ayant des relations « incestueuses » avec la classe politique et le monde des affaires, ont encore fait monté les enchères en la matière. Surtout, depuis le 11 septembre 2001.

En vertu de cela, la question capitale est de savoir qui porte aujourd'hui le discours de l'extrême droite classique, en dehors de sa propre zone de combat. 

Y-a-t-il une fascisation de l'espace public ? - La rue, le paysage médiatique, les relations sociales, les établissements d'enseignements et d'autres lieux de socialisation ont-ils été contaminés par les idées portées jadis par le fascisme et de nos jours par des forces politiques nouvelles agissant sous le masque de démocrates ? Le raciste, le sexiste, l'homophobe... n'est plus pour nous un « étranger ». Il peut être notre voisin, notre collègue, un prof, un élève, un camarade de notre syndicat, un membre de notre famille ! Quel est l'état de cette situation exceptionnelle ? Force est de constater que la fascisation de l'espace public est une réalité gangrenée. 


La classe politique affectée ou infectée ? - Les électeurs – comme les consommateurs (qui sont les mêmes) – ont toujours préféré l'original à la copie. Avec l'émergence de « nouveaux produits politiques » au coeur des crises économiques à répétition, depuis le milieu des années 1970, les citoyens protestataires – issus de toutes les catégories sociales – se sont engagés dans une voie électorale contestant le monde politique traditionnel. Touché de plein fouet par la captation d'une partie de son cheptel de votants, ce monde a parfois perdu tout rapport au réel.

Suivant à la lettre, le principe machiavélique que tous les moyens sont bons pour se maintenir au sommet du pouvoir, des tendances de partis démocratiques ou des personnalités à la tête de l'État reprennent à leur compte le logiciel d'exploitation des bas instincts xénophobes de ceux qui se trompent de colère. Pour séduire les électeurs du Vlaams Belang ou du Rassemblement national en France, il faut leur parler en « vlaamsbelanguisme » et en « rassemblementisme » (ou toujours en « frontisme »). Pour les attirer, dans leur communication politique, leur storytelling et leur tactique du clash, desdits « démocrates »adoptent dès lors la grammaire de l'extrême droite. Avec des échecs (Sarkozy en 2012) et des réussites (Thatcher en 1979, Sarkozy en 2007, Netanyahou en 2009, Orbán en 2010 ou Trump en 2017).

Quand est-il en Belgique francophone ? Telle sera la question de notre premier Forum en résistance. 


MANUEL ABRAMOWICZ
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