Les liens maintenus du dirigeant du VB avec les purs et durs

[RésistanceS.be – Mercredi 16 octobre 2019]

Filip Dewinter, dans le sud de Paris, avec Jean-Marie Le Pen.
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RIEN N'A CHANGÉ – Filip Dewinter était ce week-end en déplacement en France. Le chef de file du « canal historique » du Vlaams Belang (VB) participait au rassemblement « Bleu-Blanc-Rouge » des radicaux de l'extrême droite française. Avec d'autres orateurs, dont Jean-Marie Le Pen en personne. Le parti nationaliste flamand à toujours l'ambition de conduire la Flandre à son indépendance et de se hisser à son sommet – QUI SONT LES AMIS POLITIQUES DE DEWINTER ?

Aujourd'hui, le Vlaams Belang (VB) tente de se faire passer pour un parti nationaliste quasi de centre-droit. Il se présenter comme une alternative crédible dans un paysage politique flamand atomisé. C'est sa stratégie pour dépasser la N-VA dirigée par le trio formé par Bart De Wever, Jan Jambon et Theo Francken. Dans sa marge, le « canal historique », issu de sa mouvance nazie, reste toujours très actif. Comme le démontre une énième fois, le déplacement outre-Quiévrain, ce week-end, de son leader, l'anversois Filip Dewinter(57 ans). Le député régional flamand du VB était présent à Rungis, une petite ville dans le sud de Paris,à la tribune « du rendez-vous Bleu-Blanc-Rouge », un rassemblement annuel organisé depuis douze ans par Synthèse nationale.

FANAS DE L'HISTOIRE FASCISTE FRANCAISE - Le mouvement Synthèse nationale (SN) est issu d'un micro-parti, la Nouvelle droite populaire(NDP), formé en 2008 par des dissidences régionalistes du Front national français. Si la NDP est devenue bien vite une coquille vide, SN a poursuivi son objectif d'unifier les différentes tendances de la droite nationaliste, opposées à l'hégémonie frontiste et aux « dérives » du Rassemblement national (RN) sous la présidence de Marine Le Pen. Pour Synthèse nationale, il faut en revenir aux fondamentaux du nationalisme français. Dans ce cadre, il s'est lancé dans une entreprise éditoriale en publiant « Les Cahiers d'histoire du nationalisme », reprenant ainsi l'héritage de la « Revue d'histoire du fascisme » du négationniste frontiste François Duprat, et des livres consacrés aux principaux épisodes de cette saga politique.

Les publications de Synthèse nationale sont consacrés à la mémoire des principaux mouvements fascistes historiques (Ordre Nouveau, Parti populaire français, Parti des forces nouvelles, Mouvement social italien...), à ses dirigeants et idéologues français (Jacques Doriot, Pierre Drieu la Rochelle, Maurice Bardèche, Dominique Venner, Jean-Pierre Stirbois...). Des publications de SN sont également consacrées à des « héros » de l'extrême droite européenne, tels que le roumain Corneliu Zelea Codreanu, le portugais Antonio de Oliveira Salazar, l'espagnol José Antonio Primo de Rivera, le britannique Oswald Mosley ou le belge Léon Degrelle. Tentant de blanchir la plupart de ceux-ci de leur complicité directe ou par succession avec les crimes de masse commis par l'Allemagne nazie, le catalogue de Synthèse nationale comporte le livre « Menteurs et affabulateurs de la Shoah » d'Anne Kling, autrice encore de « La France licratisée » préfacé par le « national-socialiste » Alain Soral. Le dernier « cahier d'histoire du nationalisme » sorti de presse est consacré à la Fédération d'action nationale et européenne (FANE) et les ultras de la droite nationaliste française des années 1960-1980. Cette FANE était un groupuscule néonazi, négationniste et antisémite. Elle reste, en 2019, une référence pour les amis français de Filip Dewinter.


Le néofasciste italien Gabriele Adinolfi (au centre), une bonne connaissance de
Filip Dewinter, lors d'un enterrement d'un de ses « camarades de combat ».
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ANNÉES DE PLOMB, DESINTOXICATION IDÉOLOGIQUE ET RACE BLANCHE - Le leader du Vlaams Belang n'était pas le seul venu de Belgique au week-end « Bleu-Blanc-Rouge ». Également annoncé à son programme, il y avait Robert Steuckers (63 ans). Avec l'ex-idéologue du VB, Roeland Raes, celui-ci est l'un des meneurs de la Nouvelle Droite dans notre pays. Depuis le milieu des années 1980, Steuckers est à la fois lié au Vlaams Blok (le nom jusqu'en 2004 du VB) et au Parti des forces nouvelles(PFN), en passant par le FN belge, le front AGIR, le mouvement Bruxelles-Identité-Sécurité (BIS) ou la branche jeune du Hertog Jan van Brabant, une « communauté d'anciens combattants du Front de l'Est ».

Autre belge qui s'y trouvait : Alain Escada(49 ans). Ex-secrétaire du lieutenant-général Émile Janssens (1902-1989), une des figures de proue du colonialiste belge et de la mouvance belgicaine d'extrême droite, Escada est passé, dans les années 1990, tour à tour, par les directions des partis Belgique-Europe-België (BEB), d'Unie, du Front nouveau de Belgique, avant de se rapprocher du Front national belge de Daniel Féret avec son association intégriste Belgique & Chrétienté. En 2009, Escada est devenu le secrétaire général de l'Institut Civitas, le bras politique des nationaux-catholiques de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Comme le dirigeant du Vlaams Belang Filip Dewinter, d'autres figures marquantes de l'extrême droite se sont également retrouvées à Rungis. Citons pèle-mêle : Yvan Benedetti du Parti nationaliste français (paravent du mouvement dissout par le gouvernement français L'Œuvre française), Jérôme Bourbon, directeur de Rivarol, un hebdomadaire obsédé par le « pouvoir juif », Daniel Conversano, publiciste de la « Race blanche », Pierre Gillieth, du magazine de « désintoxication idéologique »en faveur d'un renouveau nazi Réfléchir & Agir, Vincent Vauclin, président-fondateur de la Dissidence française, Serge Ayoub, fondateur des mouvements interdits Troisième Voie et Jeunesses nationalistes révolutionnaires, Jean-François Touzé, membre du bureau politique du Parti de la FrancePierre Vial, ancien dirigeant du Groupement de recherche et d'études pour la Civilisation européenne (GRECE), la plateforme faitière de la Nouvelle Droite, du FN, du Mouvement national républicain (MNR) et président-fondateur du mouvement völkisch(racialiste) franco-européen Terre & Peuple, Gabriele Adinolfi, ancien des « années de plomb » italiennes, actuel leader de l'institut romain Polaris et des Lansquenet, un réseau européen de formation d'une « élite identitaire pour la Nation européenne »,... et last but not least, Jean-Marie Le Pen en personne pour y présenter le second tome de ses « Mémoires ».


Filip Dewinter, lors de son
discours au « Bleu-Blanc-Rouge »
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DEWINTER TOUJOURS PERSONA GRATA Les liens du Vlaams Belang, via Dewinter (et encore d'autres), avec l'extrême droite identitaire, radicale, racialiste et fidèle à l'histoire du nationalisme intégral restent d'actualité, toujours en 2019. Ce côté obscur du VB est le plus souvent révélé dans le web-journal Apache par les journalistes flamands antifascistes issus du journal Verzet, en partenariat avec RésistanceS.be. Au grand dam du « nouveau Vlaams Belang » présidé par Tom Van Grieken (33 ans). Ce cadre dynamique aux allures de beau-fils idéal a reçu pour mission de camoufler le passé sulfureux du parti nationaliste flamand. Avec un résultat à atteindre bien défini : le hisser à la première place aux prochaines échéances électorales, avant la N-VA. Ensuite, une majorité sera proposée à la formation du trio De Wever-Jambon-Francken, mais sous la conduite du Vlaams Belang exclusivement.

Pour y parvenir, Tom Van Grieken tente de transformer son parti, depuis octobre 2014, sous les traits d'un parti nationaliste respectable et adapté aux nouveaux Temps modernes. Dans son livre-manifeste, « L'avenir entre nos mains. Révolte contre les élites» (éditions Egmont, 2018), à la page 210, il écrit ceci : « Tous les autres partis politiques restent cramponnés aux schémas du passé. Le monde change, et si nous ne voulons pas disparaître politiquement, économiquement et culturellement, nous devons nous adapter et évoluer ». Voilà pour le discours et la ligne de conduite officiels. Dans le fond, rien n'a changé : le Vlaams Belang reste le Vlaams Blok d'antan. Avec le même but final : l'indépendance de la Flandre.

Pour Filip Dewinter, fidèle indéfectible du nationalisme völkisch, le Nouvel État rêvé ne pourra être basé que sur une « communauté homogène ». Traduction de ce concept de la novlangue d'extrême droite : une race pure. Le meneur des fondamentalistes est toujours persona grataau Vlaams Belang. Parce qu'il y représente un important courant. Ce qui lui permet de défiler outre-Quiévrain dans les rangs de l'extrême droite toujours partisane de la France et de l'Europe blanche.



ALEXANDRE VICK
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