Quand le futur nouveau chef de la Flandre dirigeait un club d’extrême droite (4/9)

[RésistanceS.be – Mardi 13 août 2019. Première publication in « LE JOURNAL de résistance(s) », n°1, mai-juin 2019, page 13. Titre de l'article modifié en fonction de l'actualité].

Conférence de Jean-Marie Le Pen en 1996 au Vlaams-Nationale
Debatclub. L'un des dirigeants de ce groupe d'extrême droite était ...
Jan Jambon (à droite sur la photo) –
Archives RIDAF.

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SÉRIE N-VA (épisode 4/9) – Avant la première publication de cet article dans notre journal papier, en mai dernier, Jan Jambon - d'octobre 2014 à décembre 2018 - avait été le ministre fédéral de l'Intérieur et de la Sécurité du gouvernement de Charles Michel (MR), soit son numéro deux. Egalement numéro deux de la N-VA, il vient d'être choisi pour former le nouveau gouvernement de la Région flamande. Voici l'article de RésistanceS qui rappelait sa militance précédente dans les rangs de l'extrême droite pure et dure UN PASSÉ QUI FAIT TACHE NOIRE !


En décembre 2014, tous les députés de l'opposition, à l'exception de ceux du Vlaams Belang, ont quitté l’hémicycle du Parlement. Suite au scandale suscité par les révélations de deux petits journaux d'investigation, le flamand Verzetet son partenaire francophone, RésistanceS. Le passé politique - dans les rangs des nostalgiques du fascisme flamand - du numéro deux du gouvernement fédéral conduit par Charles Michel y fut dévoilé au grand jour. Retour sur un événement majeur de la politique belge dont nous sommes les responsables.


Membre du Bloc flamand


Levice-premier ministre et ministre fédéral de la Sécurité et de l’Intérieur (sur ces deux termes, vous lirez l'épisode 5 de notre série sur la N-VA), du 11 octobre 2014 au 9 décembre 2018, Jan Jambon, entame sa carrière politique, il y a plus de trente ans, auprès des jeunes de la Volksunie (VU), le parti historique du mouvement nationaliste flamand né après la Seconde Guerre mondiale (relire le premier épisode de notre série). En 1988, Jambon quitte la VU par mécontentement à la suite d’une opération d’élargissement de celle-ci.

Durant cette même période, il contribue dans sa commune, Brasschaat, à la naissance du Vlaams Blok (VB). Ce petit parti formé dix ans plu tôt, par le courant d'extrême droite de la VU, est encore plus radical que lui sur la question de l'avenir institutionnel de la Belgique. Le VB veut sa fin pour fonder à sa place un État indépendant flamand, dont Bruxelles devrait être sa capitale et sa base une « communauté homogène », soit un peuple ethniquement pur. Lui-même ne va pas figurer sur les listes électorales du VB afin de ne pas compromettre sa carrière professionnelle dans le secteur privé. Jan Jambon est alors account managerchez IBM, l'entreprise informatique américaine déployée dans le monde entier. Cependant, dans l'ombre, ilcontinue de militer pour la cause national-flamande. 


Combattants flamands

Depuis au moins 1994, ce nationaliste de droite siège dans le conseil d’administration du Vlaams-Nationale Debatclub (VNDC, Club de débat national-flamand) qui organise régulièrement des conférences dans la région anversoise. Ce cercle de réflexion et de débat idéologique est fondé par un ancien collaborateur notoire de l'époque de l'Occupation allemande et comporte parmi les membres de sa direction plusieurs figures connues, toutes issues du nationalisme flamand, exclusivement de son courant d'extrême droite. L'un de ses présidents est carrément un dirigeant du Vlaams Blok. Durant la participation de Jan Jambon au conseil d’administration du VNDC, seront invités des orateurs bien marqués politiquement, comme Jean-Marie Le Pen en 1996 et le négationniste britannique David Irving en 1998, dont les travaux historiques visent à dédouaner le Troisième Reich hitlérien dans sa responsabilité pour le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

Jan Jambon s’engage également auprès du Vlaamse Volksbeweging (VVB, Mouvement populaire flamand), un groupe de pression visant lui aussi à l'indépendance de la Flandre. En tant que représentant du VVB, Jan Jambon s’exprimera en 2001 lors d’un jubilé du Sint-Maartensfonds (SMF, Fonds Saint-Martin), l'amicale centrale des anciens combattants flamands du Front de l’est, partis combattre l'Armée rouge soviétique sous l'uniforme vert-de-gris nazi durant la Guerre 39-45. En Flandre, le SMF fut un lieu important de rencontre informelle entre l'extrême droite anti-belge et des politiciens de partis dits « démocratiques ». Suite aux révélations faites dans la presse concernant sa présence lors de cette même fête, le ministre régional flamand de l'époque, Johan Sauwens de la VU, devra démissionner.


Jan Jambon en 2001 à la tribune du SMF,
une amicale d'anciens collaborationnistes
pro-nazis flamands – Archives RIDAF.
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Jan Jambon a menti

Lorsqu’en 2014, quelques mois après sa désignation comme vice-premier ministre du gouvernement du libéral francophone Charles Michel, paraît une photo de Jan Jambon en compagnie de Jean-Marie Le Pen, invité en 1996 pour une conférence du Vlaams-Nationale Debatclub (la première photo de cet article), Jambon minimise son rôle. Il n’y était venu, déclare-t-il, que pour écouter le président du Front national français. Une enquête révèle que Jambon, comme mentionné plus haut, n’y assistait pas que comme auditeur, mais également comme membre du conseil d’administration du Club de débat national-flamand. Après queVerzet, le journal électronique de l’Anti-Fascistisch Front (AFF) et le web-journal RésistanceS.be aient révélé ce fait, le quotidien La Libre Belgiquedu 4 décembre 2014 titre en « Une » : « Extrême droite : Jan Jambon a menti ».

Le même jour, l’opposition politique demande au premier ministre Charles Michel dans quelle mesure il accorde encore sa confiance au vice-premier ministre N-VA Jan Jambon. Face au refus du chef du gouvernement fédéral de répondre, tous les membres de l’opposition, à l’exception du Vlaams Belang, quittent alors l’hémicycle. Un départ historique du Parlement suscité par les révélations de deux petits journaux militants sur le passé noir du numéro deux du gouvernement fédéral.



ILSE LEBERGUE


[Correspondante de RésistanceS.be en Flandre. Article en néerlandais inédit traduit en français pour LE JOURNAL de résistance(s) par Chris Verboom].



La Une du quotidien La Libre après les révélations de RésistanceS.be
et de Verzet, deux journaux indépendants. 
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L'article de RésistanceS.be que vous venez de lire a été
publié une première fois
dans notre périodique
papier  « LE JOURNAL de
résistance(s) », n°1,
mai-juin 2019, page 13.
Seuls ont été modifiés son
titre, son chapeau et ses photos.










PROCHAIN ÉPISODE DE NOTRE SÉRIE SUR LA N-VA 

Les deux mots idéologiques de la N-VA: Sécurité et immigration (5/9)




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