samedi 13 octobre 2018

Des ex-frontistes belges se revendiquent toujours en octobre 2018 de Marine Le Pen



[RésistanceS.be – Jeudi 11 octobre 2018]



DOSSIER SPÉCIAL ÉLECTIONS 2018 (épisode 6/9) – Par décisions judiciaires, à la demande de sa patronne française, la « marque FN » est interdite d'utilisation en Belgique. Son nom de famille également. Pourtant, le mouvement Nation, constitué d'ex-frontistes, est derrière le groupe « Les Belges aiment Marine Le Pen ». Dans le but de récupérer les électeurs orphelins wallons et bruxellois du Front national – RÉVÉLATION SUR UNE USURPATION


Fin 2016, les derniers frontistes belges arrêtent le combat politique de leur parti, sous l'appellation du « Front national ». Cinq années auparavant, Marine Le Pen, la cadette des filles de Jean-Marie Le Pen, accède à la présidence du FN français. Elle hérite d'une formation électorale transformée, dès sa création en 1972, en petite entreprise familiale qui-ne-connaitra-pas-la-crise sur la scène politique et médiatique.

Membre d'une génération militante post-soixante-huitarde, la nouvelle patronne voit les choses bien différemment que son paternel, question stratégie, pour la prise du pouvoir. Pour y arriver, son objectif est d'ouvrir le FN aux leaders nationaux et régionaux de partis de droite qui partagent des visions identiques sur la sécurité, l'Europe, l'immigration, la défense impérative de l'identité française et de sa Nation millénaire. Pour aboutir au grand rassemblement national qu'elle projette, il faut d'abord dédiaboliser le parti que son père a rendu infréquentable par ses « détails » et autres points de vue bornés, sur l'occupation nazie de la France et la colonisation française de l'Algérie.

Bras levé et cas belge

En interne, des opérations de grands nettoyages sont lancées. Des membres de la vieille garde du parti lepéniste, restés de fidèles lieutenants de Jean-Marie, sont dirigés vers la trappe. Non loin des oubliettes de la forteresse frontiste. Les jeunes radicaux du FN qui s'expriment encore de façon visible – sur les réseaux sociaux notamment, avec des photos les montrant le bras droit se lever vers le ciel, à la manière hitlérienne – sont purgés. 

Informée de la situation de ses alliés à l'étranger, la big-boss du « nouveau » Front décide aussi de faire du tri sélectif, pour faire bonne figure auprès de la droite conservatrice et national-libérale qu'elle continue de séduire. Les rapports d'activités que Marine Le Pen reçoit sur le cas belge démontrent une réalité qui la rend folle : bénéficiant d'un potentiel électoral important, les frontistes du plat pays sont incapables de faire grossir les intérêts du business politique florissant que représente le sigle FN. Pour la raison qu'ils ne cessent pas de se diviser en clans rivaux. Celui avec lequel elle a signé une convention de collaboration transfrontière, le Front national belge dit « rénové », conduit par Charles Pire, un ex-notable local du Parti social-chrétien (l'ancêtre de l'actuel Centre humaniste démocrate, le CDH), ce qui fait bonne figure sur un CV politique, s'est pourtant adossé, sur le terrain, à Nation avec le projet de se présenter ensemble aux élections à venir. Or, ce mouvement d'extrême droite, version identitaire et national-solidariste, est le contact politique en Belgique des principaux opposants internes dans le « camp national » de Marine Le Pen. Une réalité des plus paradoxales.

La sanction est immédiate : la convention entre le FN français et ce FN belge est rompue en 2012. Marine Le Pen frappe encore plus fort en se lançant dans des actions judiciaires devant les tribunaux pour empêcher l'utilisation en Belgique de l'appellation et de l'emblème de son parti. Y compris même de son propre nom de famille qui, mis en avant dans la propagande électorale, rapporte des voix.



Une liquidation au profit du Vlaams Belang

Tour à tour, de 2012 à 2016, des frontistes belges passent devant des juges qui leur signifient, en brandissant de grosses menaces financières, l'arrêt de l'exploitation de la « marque FN ». Entamée en 1985, avec la création à Bruxelles du Front national belge, l'aventure frontiste cesse dans le pays qui a vu, dans les années trente, la montée vertigineuse - mais éphémère - du parti Rex de Léon Degrelle, un des modèles politico-stratégique de Jean-Marie Le Pen.

La liquidation du frontisme à la belge a également été orchestrée pour satisfaire le principal parti collaborateur du FN français chez nous et au Parlement européen, le Vlaams Belang. Née sous le nom de Vlaams Blok en 1978 à Anvers, cette formation nationaliste prône la fin de la Belgique et la création d'une Flandre indépendante, avec Bruxelles pour capitale. Pour y parvenir, la première étape est d'arriver en tête sur le podium des partis flamands aux élections régionales bruxelloises. Dès lors, il faut coûte que coûte éliminer toute concurrence. Le FN belge en est une. Pour le compte de ses amis flamands, Marine Le Pen va donc le trainer devant les pieds de Dame Justice. 

Exit donc le FN du paysage électoral à Bruxelles et en Wallonie. Pour assurer sa survie politique, son « canal historique » a fondé, en février 2017, un « nouveau » parti politique, AGIR (voir l'épisode 4 de notre dossier Elections 2018). Des anciens du FN « rénové » s'agitent encore dans la Nouvelle Wallonie alternative ou tentent de rester en vie politiquement derrière le Front wallon (comme cela est expliqué dans l'épisode 5).

Résultat : le nom « Front national » - et ses dérivés : FN-Belge, Front-Nat, Fédération des nationalistes wallons - FNW, LEPEN, FuN, Rassemblement Bleu Marine - RBM ... - n'apparaitra plus jamais sur les bulletins de vote, ni aux élections communales et provinciales du 14 octobre 2018, ni aux régionales et législatives du 26 mai 2019. Le coup judiciaire répressif ne semble néanmoins pas avoir été compris par tous les franco-fachos du pays. Un exemple, le nom « Marine Le Pen » continue à être mis en enseigne en Belgique pour attirer les voix de la clientèle électorale orpheline de feu le frontisme.



« I love Marine » en cadence accélérée

Sur Facebook, des fans belges de la cheffe du FN d'outre-Quiévrain s'expriment toujours. Il existe même un groupe dénommé « Les Belges aiment Marine Le Pen ». Dans la rubrique « 
À propos » de ce groupe, on lit : « Réveil patriotique en France : à quand en Belgique ? », précédé des coordonnées e-mail du mouvement Nation. Le 7 décembre 2015, un post de celui-ci proclamait : « Vous pensez que cette femme a raison ? Rejoignez-nous ! », suivi de l'adresse URL du site de Nation. Ce mouvement national-solidariste avait, en 2010, conclu un accord politique avec le Front national « rénové ». Deux membres de sa direction se retrouvèrent au sein de celle de ce FN bis. Des candidats solidaristes et identitaires de Nation devaient se retrouver en bonnes places sur les listes électorales de ce clan frontiste, avant que sa convention avec le parti de Marine Le Pen fut rompue.

Le mur du groupe numérique « Les Belges aiment Marine Le Pen » sert, toujours de nos jours, uniquement de promotion des produits de propagande du mouvement d'extrême droite Nation. En cette période de campagne électorale, l'animation de ce groupe est passée en cadence accélérée. Il permet aussi aux membres et sympathisants de Nation de s'exprimer en laissant des commentaires sans langue de bois. Florilège : « Oui Marine nous vous aimons » (Philippe O.), « Elle a plein de tord mais plein de bons sens aussi et surtout le courage de ses idées » (Pascaline N.), « J'adore marine domage quel n'est pas belge je voterais pour elle avec les 2 mains » (Josette J.), « Vive les frontières. Gouvernement européen de MERDE » (Alain J.) ...





Après le coup de balai, le karcher ? 

L'existence - toujours à la date de cet article - du groupe « Les Belges aiment Marine Le Pen » démontre que, question nettoyage, Marine le Pen n'est pas une femme de ménage efficace, comme le fut sa mère, le temps d'une séance photo dans le magazinePlayboy. Mise désormais au courant, elle chargera certainement, dans les jours qui viennent, un « domestique » judiciaire belge pour donner un nouveau bon coup de balai dans la ménagerie belge.

Comme en 1936, à la manière du chef du parti Rex, Léon Degrelle. Cette fois-ci, non pas contre les « politiciens corrompus » et les « banksters » (mot-valise inventé par ledit « Beau Léon »), mais contre ses derniers disciples du pays de la frite et de Tintin. Et si le balai ne suffit pas, devra-t-il utiliser à la manière sarkozyste un karcher ?


ALEXANDRE VICK

Journal RésistanceS.be













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