Comment l’extrême droite tente de manipuler les antifas

RésistanceS|Observatoire belge de l’extrême droite  |Vendredi 26 mars 2021  |16 : 25

Manifestation antifasciste à Bruxelles en 2014 © Photo Alternative libertaire


NE PAS TOMBER DANS LE PIÈGE – Le cordon sanitaire politique et médiatique limite la visibilité des partis, des groupes et des personnalités de l’extrême droite en Belgique francophone. Pour exister cette dernière doit provoquer. Dans ce but, elle tend des pièges aux antifascistes pour en faire des « idiots utiles » – DÉMONSTRATION ET CONTRE-RIPOSTE

 

Depuis plusieurs jours circule sur les réseaux sociaux une mobilisation pour une « Fête du Travail contre la racaille » (sic). Sur fond rouge vif, illustré d’un mégaphone, son visuel de promotion est très « looké » à la manière des tracts de l’extrême gauche. Cette « fête » devrait avoir lieu au centre-ville de Liège, place Saint-Lambert, à l'occasion du Premier Mai prochain.

 

L'initiateur est le Mouvement Nation. Ce groupuscule d’extrême droite national-solidariste, identitaire et belgicain tente de récupérer les orphelins du Front National belge depuis sa disparition définitive en 2017. Ce n'est pas la première fois qu’il se manifeste de la sorte en organisant un Premier Mai nationaliste.

 

CONTRE-MANIF AU SERVICE DE L’EXTRÊME DROITE ?

Quel est son but ? Organiser une fête pour les travailleurs ? Perdurer une tradition nazie et fasciste ? Après l'URSS pour la première fois, la Fête du travail a été instaurée en Allemagne nazie le 1ermai 1933. En France, le FN lepéniste défilait également chaque année dans les rues de Paris à cette occasion. 

 

L'objectif de Nation est tout autre. Ce micro-mouvement - redevenu groupusculaire depuis 2019 - veut secouer les antifascistes sur leur propre terrain. Boycotté par la presse via le cordon sanitaire médiatique, l'extrême droite doit provoquer, créer des buzz, pour apparaître sur la scène médiatique. Une de ses tactiques est d'organiser un événement dans l’espace public pour y provoquer une contre-manifestation antifasciste. Les médias y viendront pour relater cette dernière, pas le premier. Du coup, c’est bingo. La presse évoquera néanmoins l'événement fasciste.

 

Pourquoi à Liège ? Dans le passé, le même mouvement d’extrême droite avait convoqué ses quelques nervis à Charleroi à la même occasion. Ce fut un cuisant échec. Dans la Cité ardente, il existe encore un Front antifasciste local actif (notamment constitué des ultras du Standard de Liège), certes pour le moment en hibernation. L'objectif de Nation est justement de le réveiller à l'occasion de l'annonce de l'organisation dans sa propre zone d'un Premier Mai nationaliste. De plus, les quelques « gros bras » (dont des hooligans et des voyous d’extrême droite) doivent - après l’hiver et les longs mois de confinement - se remettre en action. Pour exister, comme les drogués, ils ont besoin de montée d’adrénaline. 


RENVOYONS LES FAFS DANS LEUR BUNKER 

Face à l'extrême droite les muscles sont très nécessaires. Cela a encore été démontré voici quelques jours à Lyon lors de la lâche attaque d’une librairie anarchiste par une quarantaine de crânes rasés néonazis. Mais la stratégie et le pragmatisme doivent être en premier lieu mis d'abord en avant. Pour ne pas tomber dans les pièges des fafs. S’il n’est possible que d’organiser une toute petite mobilisation, avec une dizaine de personnes et quelques punks à chien, il serait mieux de ne pas y aller. Afin de ne pas tomber dans ce piège et devenir ainsi les « idiots utiles » de la bête noire.

 

Par contre s’il est possible de les empêcher de racketter le Premier Mai des travailleur·se·s, alors oui, il faut y aller. À la seule condition d’être plus du quadruple des fascistes qui y seront. S’ils y mobilisent 30 gars, il faudra y être à plus de 120 contre-manifestants. Pour faire un barrage antifasciste. Permettant d’humilier l’extrême droite, de démontrer le rapport de force en faveur des antifascistes et de ne plus donner envie aux fafs présents de sortir la prochaine fois de leur zone de confort. Il faut continuer à les « bunkériser » chez eux. CQFD. Dont acte.

 

 

MANUEL ABRAMOWICZ

RésistanceS|Observatoire belge de l’extrême droite 







QUELLE EST LA TACTIQUE DE L’EXTRÊME DROITE

POUR MANIPULER LES ANTIFAS ?

 

Pour sortir de leur réserve et briser le cordon sanitaire médiatique, les groupes d’extrême droite doivent créer des événements provocateurs. Pour y parvenir, ils ont élaboré une stratégique précise. La voici :


  1. Une manifestation est annoncée dans une ville où il existe des antifascistes, des mouvements de gauche et des délégations syndicales actifs, dynamiques et réactifs.
  2. La manifestation d’extrême droite est annoncée plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à l’avance. Permettant sur les réseaux sociaux une promotion virale, y compris chez les antifas.
  3. Provoquer la mobilisation pour l’organisation d’une contre-manifestation.
  4. Si jamais rien de bouge dans le camp d’en face, par des comptes anonymes, l’organisateur de la manif d’extrême droite fait envoyer des messages à des organisations antifascistes pour la dénoncer en se faisant passer pour des antifascistes. Il y a quelques jours, le journal RésistanceS a ainsi reçu un message via Facebook à propos du Premier Mai prochain organisé à Liège par le Mouvement Nation, mentionnant juste : « Bonjour merci d'organiser un grand rassemblement anti Nazi ». Un mode opératoire déjà utilisé depuis belle lurette.
  5. La mobilisation antifasciste pour contre-manifester fera indirectement la promotion de la manifestation fasciste.
  6. Le jour venu, les médias se déplaceront pour couvrir la contre-manifestation. Et les incidents prévisibles. La presse mainstreamadore les infos qui captivent ses « clients ». Par exemple, après une manifestation syndicale normale, le commentaire suivant conclut systématiquement la séquence télévisée la couvrant : « la manifestation s’est terminée sans incidents ». Comme si d’office un défilé syndical est synonyme de violence ! Le climat insécuritaire est aussi un bizness médiatique.  
  7. Résultat : la manifestation d’extrême droite aura une couverture médiatique permettant à son organisateur de gagner un peu plus de leadershipdans la fachosphère. Après avoir utilisé les antifas comme des « idiots utiles » de leur plan de com’. [M.AZ | RésistanceS] 





Depuis sa création en 1997, le journal RésistanceS propose une réflexion et des stratégies pour des victoires antifascistes




































Retrouvez Résistancesur 




© RésistanceS | Observatoire belge de l’extrême droite | asbl RésistanceS | N° 478574442 | Bruxelles | Vendredi 26 mars 2021