RésistanceS | Observatoire belge de l'extrême droite | Lundi 20 janvier 2020
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Au stade stade Joseph Marien, lors d'un match de l'Union saint-gilloise en
novembre dernier © Photo Manuel Abramowicz
novembre dernier © Photo Manuel Abramowicz
SUR LE TERRAIN – Le racisme n'a pas sa place dans les stades de football. Des supporters de l'Union saint-gilloise sont là pour empêcher que ce mal de société s'y diffuse. Ils sont réprimés par les autorités du célèbre club – RÉACTIONS EN PERSPECTIVE
Le racisme dans le football est une triste réalité. Il s'exprime aux différents niveaux de ce sport, le plus populaire de tous les temps. Un sport universel. Multiculturel. Sans frontières. Fraternel. Et pourtant, dans les tribunes de nos stades, des supporters – souvent quand leur équipe est défaite – s'adonnent à tue-têteà des « cris de singes », pour cibler un excellent joueur de l'équipe adversaire, « mais » d'origine africaine. Un joueur de couleur. La haine raciste sedistille dans la déroute. Le racisme est exutoire. En politique, comme dans le football hélas aussi. Et ceci, à tous les échelons : des matchs provinciaux à ceux de la première division. Ce racisme de série B est le plus souvent introduit, cultivé et exploité dans le foot par des nervis d'extrême droite, au crâne rasé ou portant une moustache de gaulois. L'histoire anglaise de ce sport le démontre : dans les années 1970, le National front a infiltré les tribunes pour y diffuser ses slogans politiques et y recruter des gros-bras. Ce que fera à nouveau l'English defence league dans les années 2010.
Carton rouge au racisme !
Face à cette dérive et ce détournement des idéaux sportifs, des organisations antiracistes ont toujours réagi. En Belgique, dans les années 2000, c'est le très officiel Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (aujourd'hui Unia) qui a lancé, partout en Belgique, des campagnes pour lutter contre le racisme dans le football : « Carton rouge au racisme » en 2003, « Ne faites pas le singe – Dites non au racisme ! » en 2006... Des campagnes alors soutenues directement par l'Union belge de football et de célèbres joueurs de D1, comme Mbo Mpenza. Chez les supporters la réaction ne s'est pas fait attendre non plus. Des fanas du ballon rond se sont organisés pour interdire de stade le racisme. Parce qu'il ne s'agit pas d'une opinion mais d'un délit. C'est le cas en Flandre, comme en Wallonie, avec par exemple les actions dans ce sens des Ultra inferno, les supporters dynamiques duStandard de Liège. À Bruxelles, au sein des Bhoys, les supporters de l'Union saint-gilloise (USG), l'historique et mythique club, il existe depuis plusieurs années un noyau de supporters qui ont crée les Unionistes antifascistes.
Responsables d'aucun incident dans - et en dehors - du stade, tolérés jusqu'à présent par tous les autres supporters et la direction de l'USG, cette dernière a néanmoins décidé, samedi dernier, lors de la rencontre contreLeuven, d'interdire leur drapeau dans les gradins. Exit le fanion des Unionistes antifascistes. Avec à la clé, l'intervention en plein match de la police de la zone Midi, sous les ordres de ses autorités politiques, composée par les communes d'Anderlecht, de Saint-Gilles et de Forest. Cette décision, sans réel motif (des incidents par exemple entre supporters antifascistes et des racistes), a suscité de vives réactions.
Le Diable rouge Mbo Mpenza en 2006, lors de la conférence de presse de lancement de la campagne antiraciste du Centre pour l'égalité et de l'Union belge de football © Photo Manuel Abramowicz
Interpellation au Parlement
La première réaction, dès le lundi 13 janvier, s'est exprimée d'abord dans un média italien. Le site Eunews-L'Europa in italiano relate dans un article ce qui s'est déroulé deux jours plus tôt au stade Joseph Marien de l'USG, installé sur le territoire de la commune de Forest. Trois jours plus tard, la presse belge annonce qu'une députée socialiste flamande, supportrice du club saint-gillois, Els Rochette, projette d'interpeller au Parlement bruxellois le ministre-président socialiste de la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort. Vendredi, à la tribune de l'enceinte parlementaire, le jeune député écologiste Kalvin Soiresse Njall, monte à la tribune et brandit l'écharpe de l'USG. Il mentionnera ensuite sur sa page Facebook : « En tant que supporter du Standard de Liège, club antifasciste et antiraciste, j'apporte mon soutien depuis la tribune du parlement aux supporters de l'Union saint-gilloise. Un club exemplaire en matière de lutte contre le racisme. Nous avons pu débattre de l'interdiction de la banderole antifasciste à l'Union suite à mon interpellation sur la lutte contre le racisme et l'homophobie dans le sport et le football ».
Au même moment, après une discussion à la Brasserie de l'Union, sur le PSG (Parvis de Saint-Gilles) avec Fabrice, l'un des principaux et historiques serveurs de cet autre lieu mythique de la commune bruxelloise, l'échevin socialiste Jean Spinette va vigoureusement lui aussi réagir sur son réseau social. Militant du Front antifasciste bruxellois à l'époque de ses études universitaires, il écrit : « La mesure visant à interdire toute expression politique dans les stades qui se traduisait par l'interdiction d'afficher les drapeaux et calicots anti fascistes (...) pose à tout le moins question. L'antifascisme et l'antiracisme sont des principes supérieurs consacrés dans les fonds baptismaux de nos démocraties modernes et non de simples conceptions politiques opposées à d'autres dérives brunes qui reprennent malheureusement du poil de la bête. L'union belge et les noyaux durs des clubs entendraient défendre le principe de la neutralité politique du foot. J'ai toujours été fier d'être supporter occasionnel de l'Union et invité à ne jamais faire de politique dans les tribunes. J'avoue que l'antifascisme des historiques Bhoys a toujours été pour moi le ferment de : 'Ici c'est Saint-Gilles !'. Peut-être que la politique va devoir s'investir pour défendre leurs/nos valeurs ! ».
Au même moment, après une discussion à la Brasserie de l'Union, sur le PSG (Parvis de Saint-Gilles) avec Fabrice, l'un des principaux et historiques serveurs de cet autre lieu mythique de la commune bruxelloise, l'échevin socialiste Jean Spinette va vigoureusement lui aussi réagir sur son réseau social. Militant du Front antifasciste bruxellois à l'époque de ses études universitaires, il écrit : « La mesure visant à interdire toute expression politique dans les stades qui se traduisait par l'interdiction d'afficher les drapeaux et calicots anti fascistes (...) pose à tout le moins question. L'antifascisme et l'antiracisme sont des principes supérieurs consacrés dans les fonds baptismaux de nos démocraties modernes et non de simples conceptions politiques opposées à d'autres dérives brunes qui reprennent malheureusement du poil de la bête. L'union belge et les noyaux durs des clubs entendraient défendre le principe de la neutralité politique du foot. J'ai toujours été fier d'être supporter occasionnel de l'Union et invité à ne jamais faire de politique dans les tribunes. J'avoue que l'antifascisme des historiques Bhoys a toujours été pour moi le ferment de : 'Ici c'est Saint-Gilles !'. Peut-être que la politique va devoir s'investir pour défendre leurs/nos valeurs ! ».
En mars dernier, les Unionistes antifascistes de l'USG manifestaient avec les jeunes de l'association DécliK et le journal RésistanceS contre le racisme dans les rues de Bruxelles © Photo RésistanceS | Theo Poelaert
Tous au stade samedi prochain
Face aux protestations contre l'interdiction de brandir les couleurs des Unionistes antifascistes, ceux-ci ont également décidé de sortir du bois. Vendredi dernier, ils ont diffusé un communiqué (à lire ici, après l'article) pour répondre à la décision des autorités du club.
Le football est un sport de toutes les couleurs. L'extrême droite qui prône la division et des valeurs contraires à celles du sport en général n'y a pas sa place. L'antifascisme est là pour le rappeler et faire respecter les idéaux sociaux et populaires de ce sport qui se pratique sur les cinq continents. Le sport se joue et se regarde tous ensemble. C'est la raison pour laquelle, dimanche prochain, à 16 h, au stade de l'Union saint-gilloise, à l'occasion du match à domicile contre Lommel United, ils et elles seront nombreux à porter les couleurs des Unionistes antifascistes.
MANUEL ABRAMOWICZ
RésistanceS | Observatoire belge de l'extrême droite
Communiqué des Unionistes antifascistes
Nous ne prétendons pas parler ici au nom de tous les supporters antifascistes de l'Union. Nous n'avons fait que créer et animer cette page et imprimer drapeaux et t-shirts « Toute ma vie, unioniste, antifasciste ». Nous ne prétendons d'ailleurs pas avoir amené la culture antifasciste aux sein du stade, elle y était solidement ancrée avant nos drapeaux. L'un de ces drapeaux a donc été enlevé par la police à la demande de la direction du club.
Voici ce que nous avons à répondre à la direction :
- Qu'elle méprise ou ignore (quel est le pire ?) la magnifique tradition antifasciste du club, qui remonte au temps où seule l'Union boycottait les matches de propagande organisés par l'occupant nazi.
- Qu'en affirmant vouloir enlever ce qui pourrait choquer certains supporters, et en appliquant cela au message antifasciste, elle décide en fait de ménager les seuls que cela heurterait, les fascistes.
- Que si les directions vont et viennent, la tradition antifasciste du club sera maintenue, tradition d'autant plus précieuse que les idées fascistes et racistes s'imposent dans tant d'autres stades, et s'y affichent bien souvent sans provoquer un tel émoi de la part de la police.
En outre, de nombreux supporters prévoient d'afficher fièrement l'antifascisme aux couleurs de l'Union ce dimanche 26 janvier, nous en serons également et appelons ceux et celles qui suivent cette page à faire de même !
NO PASARAN !
PS : Le visuel que nous avons créé et que nous utilisons sur notre page Facebook, sur les t-shirts et drapeaux, est libre d'utilisation.
Bruxelles, vendredi 17 janvier 2020.
PLUS D'INFOS ?
Quelques liens vers des articles du journal RésistanceS.be sur le football
-
(11 juillet 2019)
-
- Hooligans : l’extrême droite au stade
(28 mars 2016)
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